Blog de mes curiosités
15 Juin 2013
Trente-cinq spectacles. Difficile de faire entrer dans des boîtes les spectacles proposés par le théâtre de Grasse tant ils font appel à la pluridisciplinarité des arts mais à très gros traits, nous pourrions dire dix-neuf en théâtre, six en danse, sept en musique et trois en arts du cirque.
Commençons par la mauvaise nouvelle, mais elle est de taille, la scène conventionnée de Grasse succombe aux marchands du temple … entendez, les représentations en direct du Metropolitan Opera de New-York. Est-ce la mission d’une scène conventionnée qui nous a fait découvrir tant de nouveaux créateurs dont James Thierrée, de se lancer dans des captations vidéos fussent-elles réussies de spectacles fussent-ils de qualité dans un temps fut-il en direct ?
Le reste est conforme aux objectifs de la scène conventionnée. Huit spectacles de compagnies dramatiques ou chorégraphiques régionales, deux spectacles (un en danse un en théâtre) faisant appel aux arts numériques, un projet européen transfrontalier « Terres communes – terri comuni » associant Théâtre de Grasse, Théâtre du Briançonnais, Théâtre Durance de Château-Arnoux et Fondazione Teatrio Ragazzi e Giovani Onlus de Turin et deux événements : les désormais traditionnelles Musiques sacrées et le projet « Terre, eau, territoire » subventionné par la Lyonnaise des Eaux et mené par Dynamo Théâtre qui s’interrogera sur l’eau qui a coulé sous les ponts « de 1914 à 2014, histoire d’un siècle ».
Quelques têtes d’affiches se déplaceront au Théâtre de Grasse : Yvan Attal pour le spectacle Race, Ariane Ascaride pour le dernier Jour du jeûne de Simon Abkarian, Zabou Breitman pour une mise en scène de la Compagnie des spectres de Lydie Salvayre, Fellag pour Petits chocs de civilisation, François Morel qui nous annoncera la terrible nouvelle La Fin du monde est pour dimanche, Anouk Grinberg pour Molly Bloom d’après Ulysse de James Joyce et les Bohringer père et fille pour un spectacle de clôture de saison évoquant les brigades rouges : J’avais un beau Ballon rouge. Pour ceux qui me connaissent, ce n’est pas ce que j’irai voir en priorité.
Deux spectacles présentés mettent en jeu des non-professionnels : c’est le cas de Croisades de Michel Azama créé par la compagnie 100°C Théâtre avec les collégiens du pays grassois et Illuminations de Madani Compagnie avec des jeunes ayant grandi au Val Fourré à Mantes la Jolie.
En revanche, je vais me faire une joie de puiser dans les découvertes ou les confirmations qui suivent ! Les scènes conventionnées ont l’art de la découverte, l’art du métissage culturel, l’art de nous surprendre. Et les heureuses surprises seront bien plus nombreuses que les déceptions.
Parmi les compagnies régionales, Catherine Marnas, avant de prendre la direction du centre dramatique de Bordeaux la saison prochaine, présentera N’enterrez pas trop vite big brother, commande d’écriture passé à Driss Ksikes, le collectif Mains d’œuvre ouvrira la saison avec son King Lear en extérieur … à deux … pour 15 personnages et la compagnie clandestine dans Carta memoria poursuivra son théâtre de papier qui rappelle l’origami. En danse, Hervé Koubi nous présentera son introspection Ce que le Jour doit à la nuit avec 12 danseurs de rue d’Afrique du Nord, spectacle très applaudi à chacune de ses apparitions que je reverrai volontiers, et Nans Martin reviendra à Grasse avec Muô pour chorégraphier trois danseuses, trois femmes en errance. Enfin, Grégory Cauvin quittera temporairement Saint Etienne pour mettre en scène Hoffmann, trois contes reprise de l’œuvre inachevée d’Offenbach avec réduction de l’orchestre pour piano et violon.
Autre compagnie régionale qui reviendra investir le pays grassois : Dynamo Théâtre pour le projet « Terre, eau, territoire » qui multipliera les formes théâtrales du théâtre d’appartement au théâtre d’itinérance.
Deux spectacles faisant appel aux arts numériques semblent immanquables : Tête haute de Joël Jouanneau mis en scène par Cyril Teste pour le théâtre et Babayaga par la compagnie TPO pour la danse déjà présente à Grasse pour deux anciennes créations.
Les spectacles du programme « Terres communes – terri comuni » seront présentés avec, en France, des comédiens italiens jouant en français et réciproquement pour l’Italie : Outre Carta memoria déjà citée, la compagnie Sarabanda avec Piccole Modifiche présentera le voyage intérieur du metteur en scène Boris Vecchio et de son double, marionnette géante manipulée à vue sur la scène, ainsi que Hansel et Gretel des frères Merendoni, relecture du conte à travers une fiction et l’histoire théâtrale des frères Merendoni, grande famille de marionnettistes italiens.
Enfin, le théâtre de Grasse étant conventionné pour la danse et le cirque, la programmation s’ouvrira largement à ces deux champs artistiques en les entremêlant : outre les incontournables Philippe Genty et Julien Cottereau pour Ne m’oublie pas et Lune Air. La danse nous emmènera explorer d’autres contrées avec Al menos dos caras de la compagnie espagnole Sharon Fridman, Swan Lake revisité avec humour par la sud-africaine Dada Masilo. Quelques spectacles absolument inclassables allieront plusieurs écritures artistiques : théâtre danse et cirque pour A bas bruit de Mathurin Bolze, danse traditionnelle capoeira et voltige pour Qaddish du nigérian Qudus Onikeku ou encore clown et hip-hop avec le collectif quatrième souffle.
J’hésite donc entre dix-neuf spectacles … et je ne vais certainement pas me plaindre que la mariée est trop belle !