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[Musique – Opéra de Monte-Carlo – Monaco] « Ariodante » de Georg Friedrich Händel : comme un écho aux questions d’actualité

Monaco - Opéra de Monte-Carlo - « Ariodante » de Georg Friedrich Händel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Monaco - Opéra de Monte-Carlo - « Ariodante » de Georg Friedrich Händel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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A l’opéra, le public est scindé en deux : il y a ceux qui écoutent l’opéra avec leurs yeux et ceux qui le regardent avec leurs oreilles ; en gros, certains ont une entrée musicale, les autres une entrées visuelle. Chacun des deux camps percevra forcément une chose différente de l’autre et pendant les entractes, les uns pourront expliquer les subtilités musicales de l’œuvre pendant que les autres reprendront un point de mise en scène non intégré.  Ariondante, dramma per musica en trois actes de Georg Friedrich Händel, inspiré de l’Orlando furioso de Ludovico Ariosto et produit par le Festival de Salzburg dans une mise  en scène de Christof Loyen en est l’exemple le plus typique. A l’apport musical des chanteurs et des Musiciens du Prince, groupe de musique baroque installé en Principauté s’est ajouté la mise en scène inventive de Christof Loyen avec un parti pris esthétique fort intelligent. 

L’opéra commence par des extraits en italien de l’Orlando de Virginia Woolf. Orlando est un roman… ou un livret qui se présente comme une biographie imaginaire et par moments parodique. Orlando courtisan favori de la reine d’Angeleterre Élisabeth Ière. Orlando tombe amoureux de Sasha, fille de l'ambassadeur de Russie puis après deux expériences de sommeil d’une semaine se réveille femme et trouve par hasard l'amour auprès de l'aventurier Lord Marmaduke Bonthrop Shelmerdine. L’idée de mettre Ariodante et Orlando en regard, en dialogue est une gageure qu’il fallait tenir de bout en bout… pari réussi de Christof Loyen qui questionne ainsi la question du genre mettant de surcroît les deux œuvres en dialogue sur les grandes questions de notre temps.

En effet, comment ne pas penser en regardant Cecilia Bartoli en homme paré de sa moustache et de son collier de barbe dans une production autrichienne au phénomène Conchita Wurst apparu il y a quelques années ? Comment ne pas penser au mythe très en vogue à l’époque baroque des androgynes, personnages constitué de deux êtres de sexes opposés couplés ensemble et qui, après avoir voulu défier Zeus , se retrouvèrent séparés, chacun cherchant sa moitié de par le monde ? Comment ne pas évoquer aussi les premiers temps du théâtre ou de l’opéra avec des personnages féminins jouées par des hommes ? L’irruption des questions d’actualité ne s’arrête d’ailleurs pas à cela car la violence masculine symbolisée par Polinesso, duc d’Albany magnifiquement incarné par Christophe Dumaux est omniprésente dans la représentation, Cecilia Bartoli en homme n’étant pas en reste de virulence machiste.

Si l’opéra baroque est généralement composé d'une succession d'airs séparés par des récitatifs, Ariodante ne fait pas exception à la règle. Rodelinda, du même compositeur fait presque figure d’exception car plus abouti, plus complexe dans sa forme. Ariodante cependant doit son succès aux deux lamenti d’Ariodante et de Ginevra au deuxième acte parfaitement interprétés dans cette production par Kathryn Lewek et Cecilia Bartoli. La présence de musiciens sur scène extirpés pour l’occasion de la fosse permet également une fluidité intéressante. Quant à la présence des danseurs baroques en costumes et perruques d’époque au milieu des gens en costumes contemporains, troupe exclusivement masculine, elle renforce l’impression de mise en abyme avec de la danse baroque représentée en costumes dans une soirée au château et renforce également la réflexion sur le genre.

Sur scène tout est perfection. Les danseurs parfaitement dirigés par Andreas Heise font mouche. Quelle que soit l’époque qu’ils incarnent ils sont dans l’extrême précision. Les chœurs sont également mis à contribution. Peter Kalman (Le roi d’Écosse) parvient à incarner un homme partagé entre son amour pour sa fille et la rigueur de son administration. Norman Reinhardt (Lurcanio, frère d’Ariondante) et Kristofer Lundin Odoardo (favori du roi) arrivent à s’imposer dans deux personnages pourtant effacés. Sandrine Piau est resplendissante de jeunesse et incarne une Dalinda de manière subtilement ambivalente, victime consentante puis repentante de son époque. Christophe Dumaux est tout simplement excellent : il campe un Polinesso, machiste et violent à souhait, il s’engage physiquement dans un rôle de séduction-domination. Cécilia Bartoli (Enfin la vraie Cecilia Bartoli !) séduit ici en homme comme en femme. Depuis le temps que la Principauté l’attendait dans le répertoire qui lui sied le mieux, elle donne la réplique à une exceptionnelle Kathryn Lewek en Ginevra. Les voix comme la direction d’acteurs sont exceptionnelles.

L’ensemble baroque Les Musiciens du Prince-Monaco sous la direction musicale de Gianluca Capuano enfin contribuent de la fosse au succès de la soirée. Est-ce un hasard d’ailleurs si Gianluca Capuano a été nommé en tant que chef principal de cet ensemble le 1er mars dernier ? L’actualité rejoint ici le spectacle. Décidément, cet Ariodante aura été de bout en bout comme un écho aux questions d’actualité, preuve de l’intemporalité des œuvres baroques… pourvu que leur dramaturgie soit subtilement pensée.

Monaco - Opéra de Monte-Carlo - « Ariodante » de Georg Friedrich Händel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Opéra de Monte-Carlo - « Ariodante » de Georg Friedrich Händel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Monaco - Opéra de Monte-Carlo - « Ariodante » de Georg Friedrich Händel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Opéra de Monte-Carlo - « Ariodante » de Georg Friedrich Händel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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