Blog de mes curiosités
20 Juillet 2018
Grâce au soutien indéfectible de Barbara Begelsbacher qui les a fait découvrir il y a quatre ans, les Profeti della Quinta sont de retour sur la Côte d’Azur aux Musicales du Trophée de La Turbie (http://un-culte-d-art.overblog.com/2014/11/musique-theatre-des-varietes-monaco-crescendo-a-la-recherche-de-salomone-rossi.html). Cet ensemble vocal masculin, fondé en Israël par Elam Rotem, est actuellement basé à Bâle en Suisse où ses membres ont fréquenté la célèbre Schola Cantorum Basiliensis. Les Profeti della Quinta se sont spécialisés dans le répertoire de la musique ancienne et baroque, profane et religieuse, a cappella ou avec instruments d’époque. En fait, les Profeti della Quinta nous font explorer les débuts de la musique en langue vulgaire, les débuts de la musique imprimée, celle qui, plus conservable, est devenue plus transmissible.
Si l’ensemble musical est à géométrie variable agrégeant des artistes supplémentaires autant que de besoin, ce sont cinq chanteurs et un instrumentiste qui se sont produits à La Turbie : deux contre-ténors Doron Schleifer et Roman Melish, deux ténors Lior Leibovici et Dan Dunkelblum, une basse Elam Rotem et Ori Harmelin au Chitarrone ou au Théorbe. Le programme de ce soir est consacré à la musique profane de Cipriano de Rore à Claudio Monteverdi, essentiellement aux madrigaux qui marquent l’intrusion de la langue dite vulgaire dans le chant. En l’absence d’Annick Fiaschi-Dubois, Silvia Origlia, la Présidente d’Ars Viva a montré au public une autre facette de son talent en présentant les œuvres.
La première partie du concert est consacrée aux musiciens italiens de la fin du XVIème siècle ou du tout début du XVIIème siècle, époque qui correspond en France aux Guerres de Religion et au règne d’Henri IV : Luzzascho Luzzaschi (1545-1607), compositeur, organiste et pédagogue italien de Ferrara, Carlo Gesualdo (1566-1613) ou plutôt Don Carlo Gesualdo di Venosa dans le sud italien ou l’énigmatique Scipione Lacorcia dont on ne connait à peu près rien sauf ses célèbres madrigaux. La première partie est essentiellement a cappella avec quelques intermèdes d’Ori Harmelin au Chitarrone.
La seconde partie du concert est essentiellement réservée à deux lamenti : le Lamento della ninfa et Le Lamento d’Arianna de Claudio Monteverdi entrecoupés par la Passacaglia d’Alessandro Piccinini (1566-ca. 1638). A l'exception du lamento connu sous le nom de Lamento d'Arianna, toute la musique de L'Arianna (SV 291), deuxième opéra de Claudio Monteverdi, sur un poème d'Ottavio Rinuccini, créé à Mantova le 28 mai 1608, est perdue ; cela lui confère un statut d’autant plus important.
Si Saint-Michel patron du lieu semble avoir une dent contre le piano (cf. http://un-culte-d-art.overblog.com/2018/07/musique-18emes-musicales-du-trophee-ars-viva-la-turbie-le-retour-de-shani-diluka-sur-ses-terres.html), il faut reconnaître qu’il semble plus sensible à la musique ancienne et aux contre-ténors. Même profane, la musique des XVIème et XVIIème siècles, colle au lieu, emplit l’espace, résonne dans les chapelles puis enroule les spectateurs. Le public sent le son l’envelopper. Plus que tout autre, même si tous les artistes de l’ensemble confinent à l’excellence, la voix de Doron Schleifer semble parfaitement faite pour le lieu : elle envahit petit à petit l’espace, roule sur l’architecture et provoque chez le spectateur une réaction épidermique fort agréable. Il aurait fallu goûter un peu au silence après chacun des airs mais le public dans son enthousiasme débordant n’en a pas laissé le temps préférant l’ovation méritée et immédiate au silence de recueillement.
Pour renouer avec ce qui a contribué à leur notoriété, les Profeti della quinta ont interprété en bis un kaddish de Salomone Rossi en hébreu rappelant à notre mémoire ce musicien de la transition, transition entre le chant profane et le chant religieux, transition entre la langue latine et la langue hébraïque, ce musicien surfant sur les frontières comme le font merveilleusement bien les Profeti della quinta, véritables prophètes de la paix et de la sérénité.
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Saison 2018 - Festival de Musique à La Turbie, les Musicales du Trophée
Les Musicales du Trophée Saisons 2017, Festival de musique à la Turbie
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Profeti della Quinta - Site officiel
Profeti della Quinta - vocal ensemble. Renaissance and Early Baroque music.
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