Blog de mes curiosités
12 Janvier 2018
Mougins - Scène 55 « Le Bal des Kaléidoscopes » de Béatrice Massin et « TraffffiC » de Dominique Boivin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
S’il est « des lieux où souffle l’Esprit » pour paraphraser Maurice Barrès, c’est sans doute celui de Rosella Hightower qui planait sur la scène 55 à Mougins. Que l’École du CNDC d’Angers se produise dans ce nouveau lieu dédié aux arts à proximité de l’École de Danse de Cannes-Mougins Rosella Hightower ne pouvait visiblement pas être une coïncidence… mais un sens de l’à-propos du programmateur. Si les étudiants de l’École Supérieure du CNDC d’Angers sous la direction de Robert Swinston sont habitués à fréquenter chorégraphes, esthétiques et parti pris divers, il est important qu’ils puissent se produire dans une création professionnelle dirigée par un chorégraphe renommé devant un vrai public.
Avec le Bal des Kaléidoscopes de Béatrice Massin et TraffffiC de Dominique Boivin, les vingt étudiants pouvaient donc montrer toute l’étendue de leur talent en empruntant à la fois à la danse baroque et à la danse contemporaine, à la fois à l’art chorégraphique et à l’art cinématographique. Ceux qui avaient vu en région, le Loup et l’Agneau de Béatrice Massin et sa compagnie Les Fêtes galantes dans le projet initié par La petite fabrique il y a quinze ans ou ceux qui auraient suivi Dominique Boivin et la Danse une histoire à ma façon dans une des biennales de la danse à Cannes comprendront bien les différences et les complémentarités des deux univers chorégraphiques.
Il y a du Jacques Tati ou du Monsieur Hulot chez Dominique Boivin mais le virevoltant Monsieur Hulot de la partie de tennis ou de l’inénarrable partie de ping-pong, pas l’engoncé Monsieur Hulot. TraffffiC est une relecture pour vingt danseurs d’une pièce que Dominique Boivin avait créée en 1981 au CNDC. Trafic de Jacques Tati évoque le battement d’ailes du papillon avec une Maria qui à force d’initiatives hasardeuses bouleverse l’ordre pourtant bien établi et bien huilé de la présentation de la voiture prototype dans un salon de l’auto. Petites causes, grands effets. C’est l’esprit du film qui est sur scène dans TraffffiC : les corps circulent, puis entrent en mouvement les uns par rapport aux autres. TraffffiC est une chorégraphie des encyclies. Comme elles, le mouvement se forme par impact d’un élément exogène mais comme elles, la mise en mouvement des danseurs ne se fait pas dans le heurt, le désordre mais dans la continuité et la fluidité du geste. Bel hommage.
Limiter l’univers chorégraphique de Béatrice Massin à la danse baroque est terriblement réducteur. La chorégraphe elle-même s’en défend à fort juste titre et la meilleure façon de s’en persuader est encore d’aller voir. Si elle fait autorité dans le domaine des danses anciennes, si elle en emprunte la gestuelle et le placement des bras, son approche de la danse baroque est résolument contemporaine comme une passerelle au dessus du ballet classique et romantique. Si les corps se touchent peu en danse baroque traditionnelle, il n’en va est pas de même dans l’approche contemporaine du baroque de Béatrice Massin et c’est là tout l’intérêt de la proposition de la chorégraphe. Le Bal des Kaléidoscopes résume à lui seul son parti pris. Celui de la « belle danse » comme on dénommait jadis le baroque. D’ailleurs, Kaléidoscope est composé de trois mots grec : kalos signifie beau, eidos qui signifie image, et skopein qui signifie regarder. La chorégraphie de Béatrice Massin démarre par du baroque pur qui petit à petit change de forme, de style. Marcel Proust rappelait que Pareille aux kaléidoscopes qui tournent de temps en temps, la société place successivement de façon différente des éléments qu’on avait crus immuables et compose une autre figure. Tout est dit…
Mougins - Scène 55 « Le Bal des Kaléidoscopes » de Béatrice Massin et « TraffffiC » de Dominique Boivin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
/http%3A%2F%2Fscene55.fr%2Fwp-content%2Fuploads%2F2017%2F06%2Fnoir-blanc-logo-scene55.png)
Scène 55 | Salle de spectacle de la ville de Mougins
Scène 55, c'est 3 057 m2 dédiés à la culture avec un théâtre, une école de musique, des ateliers artistiques et un lieu dédié à la marionnette sur Mougins.
Mougins - Scène 55 - Site officiel