Blog de mes curiosités
9 Juillet 2017
Monaco - Théâtre des Variétés - Scenophobia - Lelie Bourgeois ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Suffit-il réellement d’un espace vide, d’une personne qui le traverse, et d’un spectateur pour que le théâtre prenne forme ? C’est sur cette interrogation de Peter Brook que Leslie Bourgeois, scénographe, pose sa performance, Scenophobia. Scenophobia est un processus de travail en cours d’élaboration entre Paris et Monaco, entre Le Lieu exact et le Logoscope et qui a fait appel à deux forces extérieures Clément Peyon (comédien/auteur/metteur en scène) et Frédéric Combe (comédien/agitateur de projets). Scenophobia signifie littéralement peur de la scène et c’est bien le problème de l’écriture scénographique qui est ici posé. Qu’est-ce qu’une écriture scénographique : est-elle plastique ou théâtrale ? En fait Leslie Bourgeois fait naître de ce premier questionnement une série d’interrogations : quelle est la frontière entre les disciplines artistiques ? Y en a-t-il une ? Les spectateurs ressentent-ils la même chose ? La performance est-elle chaque fois identique ?
Le dispositif scénique est des plus simples : l’espace est occupé par un tapis de papier kraft et par une comédienne qui entrant à cour se confronte à cette masse. Mais que fait cette femme ? Qu’elle transforme la matière, qu’elle travaille le volume, est-elle dans une démarche plastique ? Qu’elle anime la masse, qu’elle la meuve dans l’espace, est-elle dans une démarche théâtrale ? Et qu’en pense le public ? Comment réagit-il ? Si les premiers spectacles de James Thierrée en particulier La Symphonie du Hanneton ou La Veillée des Abysses avait déjà posé le problème de la confrontation des deux démarches, il était cependant clair chez lui que la dimension plastique servait la dimension scénique et surtout dramaturgique. En transformant ce simple tapis de papier kraft en costume, en sculpture puis en personnage à part entière, Leslie Bourgeois emprunte cette démarche.
Mais visiblement le public dans la salle n’est pas unanime et ceux qui ont suivi la performance depuis quelques temps si ce n’est depuis ses origines, pensent que la version proposée ce soir contrairement aux précédentes prend un tour éminemment théâtral. Si l’œuvre d’art est prétexte au questionnement et au débat, Leslie Bourgeois a fait mouche. Elle rappelle ce que disait Pierre Soulages L’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Ma peinture est un espace de questionnement et de méditation où les sens qu’on lui prête peuvent venir se faire et se défaire. Mais pour pouvoir poursuivre ce questionnement, le donner à voir, à entendre, à ressentir à un public, Nous devons préserver les lieux de la création, les lieux du luxe de la pensée, les lieux du superficiel, les lieux de l'invention de ce qui n'existe pas encore, les lieux de l'interrogation d'hier, les lieux du questionnement comme l’affirmait fort bien Jean-Luc Lagarce.
Pierre Soulages, Jean-Luc Lagarce : le dialogue Arts Plastiques et Théâtre se poursuit. Le Lieu Exact, le Logoscope : les lieux de recherche poursuivent leur quête.
Monaco - Théâtre des Variétés - Scenophobia - Lelie Bourgeois ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Le Logoscope Appareil scientifique imaginaire pour scruter le langage
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