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[Cinéma – Le Rialto – Nice] Les innocentes : Il était une foi selon Anne Fontaine

©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Les bonnes sœurs polonaises d’après guerre se succèdent mais leur destin ne se ressemble pas. En revanche, le questionnement de leur foi en diverses circonstances est le vrai thème de deux films différents.

Dans Ida de Pawel Pawlikowski, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, questionne sa foi … et son attirance pour un jeune musicien avant de prononcer ses vœux. Rien de tel dans Les Innocentes d’Anne Fontaine qui suit le parcours de bénédictines polonaises violées à plusieurs reprises par les soldats de l’Armée rouge lors de la « libération » de la Pologne. En prenant appui sur cette histoire vraie, Anne Fontaine rappelle non seulement que les femmes sont les premières victimes civiles des conflits mais filme également avec délicatesse la foi de ces religieuses.

Le film est parfaitement linéaire et suit le parcours des résidentes de ce couvent à travers le destin croisé de deux femmes a priori antagonistes : Sœur Maria (Agata Buzek) bras droit de la mère supérieure du couvent et Mathilde Beaulieu, interprétée par Lou de Laâge, jeune infirmière de la Croix Rouge française, résistance et athée. Le parti pris alterne toujours entre ces deux visions de la société : des religieuses pour qui montrer son corps est pécher, une soignante pour qui soulager la douleur est infiniment supérieur à Dieu lui-même.

Mais de ces tensions extrêmes ne surgiront jamais de conflits ouverts : les relations des deux personnages tiennent davantage de la complémentarité du Yin et du yang que de l'opposition. Les conflits seront plutôt l’apanage interne des bénédictines partagées entre une vie telle qu’elles l’avaient rêvée et une vie telle qu’elles doivent la subir, partagée entre leur destin religieux auquel elles s’étaient préparées et leur destin de femme et de mère que la vie leur inflige brutalement.

Chacune de ses bénédictine questionne alors sa foi par rapport à son traumatisme : certaines la perdent si d’aventure elles en avaient été convaincues un jour, d’autres en sortent renforcées par l’épreuve que Dieu leur envoie, d'autres encore sont tiraillées entre leur désir d’amour pour leur divin mari qui ne sera jamais père de leur enfant et l'amour de leur enfant dont le père est honni.

La véritable héroïne Madeleine Pauliac dont le neveu, Philippe Maynial, a publié les documents confidentiels que sa tante envoyait au Général De Gaulle, meurt accidentellement en mission le 13 février 1946 à Sochaczew près de Varsovie, peu après avoir secouru les bénédictines. Le film d’Anne Fontaine se termine par le départ de Mathilde Beaulieu et une lettre lue en voix off par Sœur Maria « Même si ça vous fait rire, c’est Dieu qui vous a mise sur notre route ». Par un retournement prodigieux de situation, le débat entre athéisme et religieux s’invite hors du film, les uns pensant que Dieu dans sa grande mansuétude a accueilli Madeleine Pauliac en son paradis, les autres répétant à l’envi que, décidément, il ne pouvait y avoir de Dieu devant cette injustice.

Les Innocentes d’Anne Fontaine avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek – Drame historique – France, Pologne - Date de sortie : 10 février 2016 - 1h 55

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