Blog de mes curiosités
21 Janvier 2016
Ironie de l’histoire, le film Much Loved de Nabil Ayouch ressort à nouveau sur les écrans dans le cadre du Festival Télérama en même temps que le nouveau long-métrage qu’il produit Les Chevaliers blancs de Joachim Lafosse. Il semblerait que Much Loved ait suscité quelques remous au royaume chérifien. Pourquoi donc l’histoire de quatre jeunes filles dans le Marrakech actuel pourrait-elle mettre en colère les autorités marocaines ?
Le moins que l’on puisse dire est que le Maroc et le Marrakech décrits par Nabil Ayouch sont très loin des cartes postales et des thématiques classiques. Suivant le quotidien de quatre jeunes filles, la caméra de Nabil Ayouch les suit en plan rapproché, voire très rapproché, les piste, ne les quitte jamais plus d’une semelle. La camera explore le quotidien selon le procédé des documentaires donnant à l’ensemble une impression d’hyperréalisme qui quittera petit à petit le film à mesure de la progression de l’histoire, à mesure que les jeunes femmes sont traitées pour ce qu’elles sont : des prostituées.
Much Loved est effectivement une histoire de prostituées dans le Maroc d’aujourd’hui. Nabil Ayouch filme cette histoire sans fard, sans concession et sans voyeurisme excessif. Son parti pris d’hyperréalisme et de tension fonctionne à plein dans la première partie, rendant les rencontres festives de ces jeunes filles en sorte d’orgie étudiante certes de mauvais goût mais plutôt conviviale. Si le film abandonne cette idée et semble entrer dans le cliché et le convenu dans sa seconde partie, c’est sans doute que le film enferme à nouveau les filles dans leur condition de « vulgaires putes » qui ne trouveront alors plus grâce aux yeux des hommes.
Elles sont donc prostituées, amatrices d’alcool et de danse lascive, clientes d’occidentaux et surtout de Saoudiens, fument du shit, sniffent de la coke, fréquentent des travestis. Sans doute serait-ce largement suffisant pour expliquer les remous causés par le film mais cela ressemble à une série de leurres. Ce qui peut déranger réellement les autorités marocaines dans ce films, c’est la farouche volonté de ses femmes de trouver une issue à leur vie, de ne renoncer à rien et surtout pas aux plaisirs, de bâtir des projets d’avenir dans lesquels chacune se débarrasse d’ailleurs et du Maroc et du poids des hommes ? Et ça, à l’évidence, ça ne passe pas.
/http%3A%2F%2Fimages.telerama.fr%2Fmedias%2F2016%2F01%2Fmedia_136947%2Fle-palmares-cinema-des-lecteurs-quels-sont-vos-films-preferes-de-2015%2CM294886.jpg)
19ème Festival Cinéma Télérama - Cinéma - Télérama.fr
3,50 euros la place de cinéma du 20 au 26 janvier. Pour voir ou revoir les meilleurs films de l'année dans les salles Art et Essai.
Festival Télérama 2016
Le Rialto - Site officiel