Blog de mes curiosités
19 Juillet 2015
Comme tous les ans, l’association Opus donne à Gattières en plein air sa production lyrique. L’exercice est toujours délicat car il faut prendre en compte une série de paramètres guère compatibles. En règle générale, le plein air draine un public qui n’est pas forcément un public féru d’opéra, un public familial allant de trois ans à quatre-vingt dix-neuf ans. Il faut donc se tourner souvent vers des ouvrages connus trop souvent donnés mais dont les contraintes artistiques sont énormes. Se rajoute à cette difficulté, une deuxième qui tient à l’objet social de l’association elle-même et qui vise à faire participer chœur et musiciens locaux, grands amateurs. Le tout se déroule, évidemment dans un budget contraint… doux euphémisme.
Cette année, le metteur en scène Frédéric Rey, le chef d’orchestre Bruno Membrey, la soprano Amélie Robins, le ténor Frédéric Diquero et le baryton Mikhaël Guedj sont les cinq professionnels qui ont accepté de relever le défi.
L’œuvre ou plutôt les deux œuvres de Gaetano Donizetti proposées cette année sont Betly, opéra pastoral, écrit en 1836 en italien d'après un Singspiel de Johann Wolfgang von Goethe et Rita ou le mari battu, opéra en un acte écrit en 1841 sur un livret français. Ils sont donnés à Gattières tous les deux en version française pour éviter une contrainte supplémentaire. Traitant de l’éternel sujet des amours contrariées, les deux pièces ressemblent à des pilotes de L'elisir d’amore ou de Don Pasquale pourtant postérieurs.
Le metteur en scène Frédéric Rey, directeur du théâtre de La Semeuse à Nice, a choisi de traiter ces deux œuvres du XIXème siècle en commedia dell’arte. Pour lui, non seulement les thèmes et la structure dramaturgique des œuvres s’y prêtent mais le cadre également rappelle la commedia dell’arte, jouée entre les XVIème et XIXème siècles sur les places publiques avec un rideau pour seul décor. Le parti pris est osé, il est discutable comme tous les partis pris de mise en scène mais il existe ce qui n’est pas toujours le cas dans ces expériences de plein air. Ce n’est pas la seule qualité de Frédéric Rey. Il a réussi également à mettre en espace un plateau aux origines diverses et à utiliser le chœur pour donner un cadre à ses scènes de vie à trois personnages.
A la direction d’orchestre, Bruno Membrey fait également merveille avec son orchestre réduit de seize musiciens. Il est facile d’imaginer le travail de rigueur et de précision pour faire jouer ensemble de jeunes musiciens peu habitués à travailler les uns avec les autres sur des partitions dont ils ignoraient tout il y a encore quelques mois. L’orchestre sonne, rend musicalement les facéties de Donizetti, il contribue à la réussite de l’ensemble.
Amélie Robins est la soprano colorature qu’il fallait dans ces deux rôles : elle est en voix et à l’aise sur un plateau. Tout en elle respire la rigueur et la précision : elle est Betly, elle est Rita, elle est tout simplement donizettienne. Le ténor Frédéric Diquero, qui lui donne la réplique, est en très grand forme. Après son rôle de pasteur dans Peter Grimes à l’opéra de Nice cette année, il entre dans la peau de deux benêts qu’il joue à la perfection. Pour qui le connaît, c’est évidemment un rôle de composition ! Le baryton Mikhaël Guedj, ancien pensionnaire de CNIPAL, est également vocalement en forme. Il est scéniquement le plus faible des trois, moins à l’aise dans ses déplacements, très mal à l’aise dans ses dialogues parlés que cet espèce d’accent de mauvais aloi dans Rita ou le mari battu n’arrange pas. Il est en revanche impérial dès qu’il chante, diction parfaite et voix claire.
Œuvres adaptées pour l’espace, professionnels investis, chœur dirigé scéniquement et musicalement à quatre mains de maîtres, parti pris de mise en scène intéressant et musiciens prometteurs, le cru de cet opus est de loin le meilleur depuis longtemps.