Blog de mes curiosités
4 Juin 2015
En clôture de sa saison lyrique, Marc Adam propose La Juive de Jacques-Fromentin Halévy. L’ouvrage de ce compositeur que la ville de Nice a honoré d’une rue, n’était plus honoré par l’opéra depuis longtemps. Merci à Marc Adam d‘avoir réparé cette injustice mais également, d’avoir relevé les ambitions de cette maison fort malmenée.
La scénographie, très simple (trop simple comme le microscopique palais d’Eudoxie?) alterne le porche d’une synagogue (qui deviendra calcinée), le parvis d’une église et la maison d’Eléazar. Ce monument de l’art lyrique, composée en 1835, sensé se dérouler à l’époque du concile de constance au XVème siècle, résonne toujours en nous au XXIème siècle en ces temps de recrudescence des fanatismes religieux au point d’en devenir intemporel. Le concile de Constance de 1418 met fin au grand schisme entre Rome et Avignon. Comme toute réconciliation, il a historiquement ses victimes expiatoires : le procès de Jan Hus condamné pour hérésie à être brûlé… avec les siens ce que l’opéra transfère vers un bouc émissaire encore plus intemporel : la communauté juive. Rien d’alarmant donc à voir une œuvre aussi intemporelle, même marquée de références historiques, emprunter ses références à notre époque dans ses costumes, sa scénographie ou ses postures.
A la baguette, Frédéric Chaslin qui semble habité par l’ouvrage veille aux grands équilibres entre les deux grandes communautés dont il a la charge : la fosse et les chanteurs sans négliger le chœur très en forme. Annoncé souffrant, Luca Lombardo n’en montre rien et son Eléazar trouble et séduit. Il ne nous fait pas regretter une seule seconde la vedette du dimanche après-midi, l’incontournable Neil Shicoff, bête de scène possédant le rôle mais dont le chant a été jugé assez crépusculaire par les mélomanes. Pour sa première Rachel, Cristina Pasaroiu en a tous les atouts : timbre, puissance, émotion, présence scénique, elle est merveilleusement rejointe par Hélène Le Corre en Eudoxie tout aussi convaincante et leur duo fait mouche. Roberto Scandiuzzi en Comte Brogni impressionne dans tous les sens du terme : il présente toutes les facettes du personnage historique : compréhensif et intransigeant, tortionnaire et torturé, coupable et victime ce que ses intonations et la modulation de sa voix puissante rendent parfaitement. Jean-Luc Ballestra en Ruggiero et Zoltan Nagy en Albery complètent une distribution à qui il ne peut n’être rien reproché.
La mise en scène de Gabriele Rech ne néglige aucun mouvement, les chœurs sont pleinement intégrés à ces mouvements de foule inquiétants. Gabriele Rech travaille à la retenue de ses personnages ce qui rend les mouvements de foule, les exactions encore plus inquiétants car inscrits dans la normalité, l’habitude, la banalisation et c’est bien là que le bât blesse.
Olivier Py travaille en ce moment sur la Juive de Jacques-Fromentin Halévy programmée à l’opéra de Lyon en mars 2016… et comme les bouchons ne me font pas peur… irai-je ? irai-je pas ?
Opéra de Nice - La Juive de Jacques-Fromentin Halévy ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com - Roberto Scandiuzzi - Thomas Paul