Blog de mes curiosités
4 Novembre 2018
Cela semble une nouvelle mode que Pablo Larraín avait initié avec Jackie : un biopic qui n’en est pas tout à fait un car il se centre sur une problématique autre qui peut finalement faire passer le personnage éponyme ou le héros au second plan de lecture. Dans First Man consacré à Neil Armstrong, Damien Chazelle se risque à ce numéro d’équilibre. Nul besoin de rappeler l’histoire, l’événement fut suffisamment planétaire pour s’en souvenir au point de concentrer sur lui toutes les caméras, de quoi inonder la planète de la puissance américaine, de quoi, consécration suprême, susciter une théorie complotiste encore vivace aujourd’hui.
Du Biopic, Damien Chazelle garde de quoi faire pleurer dans les chaumières : la mort prématurée d’une tumeur cérébrale de la fille de Neil Armstrong. Son évocation reviendra de manière régulière sur le devant de la scène jusqu’au bout de l’aventure où Neil Armstrong enverra pour l’éternité son bracelet dans l’infini. La douleur d’un père en explication de son caractère rugueux à la limite de l’irascible, de son apparente imperméabilité aux événements à la limite d el’autisme... Sans doute un peu court comme explication et sans doute le moins convaincant, le maillon faible du film.
Pour le reste, l’aventure humaine est au rendez-vous, l’héroïsation bien présente, les joies et les drames se succèdent. Pour faire entrer le spectateur dans la cabine de pilotage, pour en faire un Buzz Aldrin ou un Michaël Collin au plus proche de l’événement, la caméra bouge, suit le rythme bringuebalant fort inconfortable d’un voyage spatial. Pire, claustrophobes s’abstenir, Damien Chazelle filme en gros plan ses personnages, les enferme dans des endroits étriqués, renforce l’impression d’étouffement que le visage imperturbablement fermé de Ryan Gosling renforce.
Si First man est un biopic dans sa forme, il s’en éloigne dans son fond car il décentre le point de vue. Le film se centre moins sur la singularité de la personne que sur la singularité de l’événement et de sa préparation. A ce titre il est dans le droit fil du Jackie de Pablo Larraín qui finissait pas s’effacer, par disparaitre devant le rouleau compresseur de la communication politique ; C’est la force de ces deux films.
First Man - Drame, Biopic de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke – États-Unis - Date de sortie 17 octobre 2018 – Durée 2h 22min