Blog de mes curiosités
9 Juin 2018
Étrange sensation pour le spectateur qui n’a pas lu le synopsis aux premières images de Transit, nouveau film de Christian Petzold : tous les éléments du décor sont indubitablement contemporains, des voitures à la tenue réglementaire des forces de police mais le propos tient davantage des rafles de la Seconde Guerre Mondiale. Cette balade anachronique dans les spirales du temps n’est pas nouvelle. Dans son film Le Havre en compétition au Festival de Cannes en 2011, Aki Kaurismaki avait déjà établi le parallèle entre les deux époques et sur le même thème : la chasse aux étrangers.
Comme dans Le Havre, la scène se déroule dans une vile portuaire mais Christian Petzold a choisi Marseille. Comme dans Le Havre la police traque les étrangers, les réfugiés, les migrants et un héros ordinaire leur vient en aide. Deux éléments distinguent cependant les deux films. Transit est sans doute plus touffu que Le Havre car il multiplie les histoires dans l’histoire au risque de perdre le spectateur et Transit fonctionne avec un narrateur en voix off.
Chose curieuse, la voix off est celle de Jean-Pierre Darroussin qui campait dans Le Havre le commissaire Monet. Si la voix est clairement identifiable, la fonction du narrateur est clairement cachée jusqu’à la fin du film. Si peu de spectateurs y ont prêté attention, la fonction du narrateur est très importante y compris dans la forme du film : elle valide la discordance temporelle, elle sous-tend la confusion, elle explique les digressions qui font penser aux digressions de Jacques le Fataliste de Denis Diderot.
Et si d’aventure, ceux qui ont vu le film sont passés à côté, ils peuvent tenter à nouveau leur chance en se polarisant sur le narrateur. Quant à ceux qui ne l’ont pas vu, il ne leur reste plus qu’à le visionner pour trouver la clé du mystère.
« Transit » - Drame de Christian Petzold avec Jean-Pierre Darroussin, Franz Rogowski, Paula Beer – Allemagne, France - Date de sortie : 25 avril 2018 – Durée 1h 41’