Blog de mes curiosités
27 Avril 2018
Les concerts se suivent et ne se ressemblent pas au Printemps des Arts sans doute parce que les salles se suivent et ne se ressemblent pas et donc que le public se suit et ne se ressemble toujours pas. Sans doute la salle (pas assez chic) et le programme (beaucoup trop contemporain) n’a-t-il drainé que des curieux. La soirée se compose de la Sequenza VI pour alto de Luciano Berio , d’Éclair Physionomique, fantaisie symphonique après Paul Klee d’Eric Montalbetti et enfin la Symphonie n°1 en ré mineur de Charles Ives. L’Orchestre Philharmonique est dirigé pour la circonstance par son chef titulaire Kazuki Yamada.
La Sequenza VI pour alto de Luciano Berio est interprétée par la jeune lituanienne Ieva Srugyté. La Sequenza est intéressante à suivre musicalement et visuellement, l’interprète avançant tel un curseur devant une partition qui se déroule sur plusieurs pupitres. Pas de chance, un jeune couple a élu domicile à proximité et sans doute surpris par la musique n’arrête pas de rire bêtement au point de se faire copieusement enguirlander par un voisin mécontent qui leur demande de sortir. Sans doute croyaient-ils taper dans les mains en écoutant La Marche de Radetzky. Toujours est-il qu’ils ont résisté en silence à la création contemporaine avant de s’éclipser en catimini à l’entracte.
Éclair Physionomique, fantaisie symphonique après Paul Klee d’Eric Montalbetti est une commande du Printemps des arts. C’est l’une des spécificités du Printemps des Arts de donner à entendre des œuvres soit en création mondiale soit des œuvres de commande : il y en a eu 65 en treize ans, beau soutien à la création d’aujourd’hui. L’œuvre scintillante d’Eric Montalbetti repose sur la commande de Paul Klee à ses élèves. Ce dernier leur avait demandé de composer un tableau à partir d’un cercle et d’un trait, mais fut déçu car leur rencontre du cercle et du trait laissaient chaque figure inchangée. Ce que voulait le maître, comme ce que veut Eric Montalbetti, c’est que les figures se déforment sous l’impact pour créer quelque chose de nouveau. Éclair Physionomique, fantaisie symphonique après Paul Klee d’Eric Montalbetti restera sans aucun doute comme un moment fort du printemps des Arts.
La Symphonie n° 1 de Charles Ives permet de faire davantage connaissance avec ce compositeur méconnu et quelques traits de son œuvre commencent à émerger. C’est une musique très américaine, très attrape-tout mais dans le bon sens du terme. Par sa captation des différentes formes musicales des États-Unis, elle représente parfaitement le melting-pot, le creuset américain d’où sont sorties de nouvelles formes musicales à partir des formes musicales importées. S’y retrouvent des accents romantiques, des aspects nettement plus contemporains, quelques mesures de folk. La Symphonie n°1 sonne, notamment dans le deuxième mouvement, comme un hommage à Antonin Dvorak puis elle reprend immédiatement sa liberté pour être tout sauf un simple pastiche.
Ce fut donc la soirée des (heureuses) surprises avec trois œuvres pour un public qui ne demandait qu’à être bousculé.
Printemps des Arts - Site officiel