Blog de mes curiosités
27 Janvier 2016
Le film aurait pu avoir pour sous-titre Je me souviens, sorte de clin d’œil à Georges Perec pour qui ces je me souviens sont « des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'État, des alpinistes et des monstres sacrés. »
O tempora, o mores, la madeleine de Proust qui invite au rétro-voyage se transforme ici en acte administratif au retour du Tadjikistan. C’est un simple problème de passeport volé dans sa jeunesse qui va relier Paul Dedalus à ces années étudiantes dans les années 80… Paul Dedalus se retrouve dans les couloirs du temps.
Volontairement déséquilibré, le récit des trois réminiscences commence à l’adolescence, à la perte volontaire du passeport confié à un adolescent juif, refuznik soviétique, candidat au départ en Israël. Il se poursuit avec un bond dans l’enfance. La troisième partie qui se nomme Esther est de loin la plus longue, envahit l’écran comme elle envahit les souvenirs, rien que de très normal, Esther représente le premier amour, l’inoubliable !
A partir de ce moment, la voix off se fait troisième personne alors que le titre est à la première. Paul se dédouble, Paul se regarde aimer comme s’il était cet autre Paul Dedalus à qui il a donné jadis son identité.
Le film qui s’ouvre avec Mathieu Amalric se poursuit dans sa troisième partie avec une brochette de jeunes acteurs qui occupent l’écran comme les souvenirs l’histoire. Quentin Dolmaire en Paul Dedalus-étudiant est mimétique. Il adopte le phrasé, la posture de Mathieu Amalric, il est Paul Dedalus et Mathieu Amalric à la fois, l’illusion est parfaite. Il est une des révélations du film. A ses côtés, Lou Roy-Lecollinet, est l’autre révélation. Pourtant cette jeune comédienne n’a pas la partie la plus facile : elle affole son entourage doit se montrer tour à tour distante, aguicheuse, amoureuse, assurée, déjantée. Elle doit monter toutes les palettes de l’adolescence entrant dans la vie adulte et toute la palette de son talent. Elle prend des risques, et irradie le film.
Le spectateur actuel, contemporain de Mathieu Amalric, se retrouve plongé dans sa propre jeunesse, Il n’est certainement pas Paul Dedalus mais sûrement un de ses copains.
/http%3A%2F%2Fimages.telerama.fr%2Fmedias%2F2016%2F01%2Fmedia_136947%2Fle-palmares-cinema-des-lecteurs-quels-sont-vos-films-preferes-de-2015%2CM294886.jpg)
19ème Festival Cinéma Télérama - Cinéma - Télérama.fr
3,50 euros la place de cinéma du 20 au 26 janvier. Pour voir ou revoir les meilleurs films de l'année dans les salles Art et Essai.
Festival Télérama 2016