Blog de mes curiosités
30 Mars 2013
La première d’Amica à l'Opéra de Monte-Carlo date du 16 mars 1905, la dernière à l'Opéra de Monte-Carlo du … 21 mars 1905. Et hormis quelques représentations en Italie et en Argentine, au début du siècle, l’œuvre avait disparu de la circulation sans doute en raison de sa complexité scénique et vocale et de sa courte durée. Commandée en juin 1904, Mascagni termina l’orchestration début janvier 1905 puis l’Intermezzo mi-février pour une première en mars. La création s’était donc faite dans l’urgence.
Chose assez surprenante, Jean-Louis Grinda, le metteur en scène, a choisi de replacer l’œuvre dans son contexte. Mais rien n’est représenté par évocation ; tout, des costumes à la ferme alpine et ses accessoires en passant par les montagnes, est produit avec un réalisme plat que même le film de l’intermezzo ne contredit pas.
Pour parachever l’affaire, déjà fort mal engagée, l’absence de direction d’acteurs transforme les protagonistes et le chœur en plombs scéniques qui s’alignent en rang d’oignon, qui entrent à cour pour sortir à jardin, qui ne jouent pas dans le premier acte avec la verticalité du décor renforçant ainsi la platitude générale.
Si la musique est effectivement une heureuse surprise, les voix ne suivent pas : la diction est très approximative, les voix d’Enrique Ferrer (Giorgio) et de Lucio Gallo (Rinaldo) sont forcées, Annie Vavrille (Magdelone) est couverte par l’orchestre. Amarilli Nizza (Amica) livrée à elle-même pourrait s’en sortir si elle maîtrisait le français. Seul André Heyboer sauve l’honneur en campant un Camoine dynamique tant dans la voix que le jeu de scène.
Enfin, outre les effets scéniques sans utilité (le couteau, la verticalité du décor, l’interminable travelling en plongée sur les Alpes pendant l’intermezzo), d’autres effets deviennent parasites faute d’aboutissement : la liaison avec le cinéma et l’expressionnisme sur l’ouverture laissait espérer un parti pris artistique audacieux : j’ai attendu et, comme Sœur Anne, n’ai rien vu venir.
La création de 1905 avait été réalisée dans l’urgence nécessitant des ajustements, la mise en scène de 2013 semble respecter également cette réalité.
Amica : Opéra en deux actes de Pietro Mascagni (1863 – 1945) sur un livret de Paul de Choudens (sous le pseudonyme de Paul Bérel) – Coproduction : Opéra de Monte-Carlo, Opéra de Rome et Teatro Carlo Goldoni de Livourne - Mise en scène : Jean-Louis Grinda - Direction musicale : Gianluigi Gelmetti - Chef de chœur : Stefano Visconti - Décors : Rudy Sabounghi – Costumes : Teresa Ancone – Lumières : Laurent Castaingt