Blog de mes curiosités
16 Août 2017
Yves Morvan dans Des témoins ressuscités publié dans Monuments historiques en 1995 disait qu’au Moyen Âge, [...] une église... n'était jamais considérée comme achevée tant que la pierre, matériau terrestre, n'avait pas été masquée par un revêtement peint digne de la « Maison de Dieu ». Toutes les églises étaient recouvertes intérieurement de peintures murales ou autres fresques, contrairement aux églises à pierre apparente ou à enduit de l’époque contemporaine. Dans la Sarthe, l’église d’Auvers-le-Hamon a été parmi les premières en 1903 à dévoiler ses fresques retrouvées sans doute à la faveur de travaux de rénovation. Depuis dans d’autres églises, des fresques ont été également retrouvées, restaurées, conservées et l’église d’Asnières sur Vègre abrite sans doute les plus anciennes.
Retrouver des fresques, c’est aussi entrer en collision avec les mentalités collectives ancestrales. Contempler des fresques du XIIIème siècle ou du XVème siècle nous replonge dans le quotidien des habitants de la paroisse qui, ne sachant fort majoritairement ni lire ni écrire, avaient besoin de décrypter un certain nombre d’informations sur les frontons, sur les tympans, sur les chapiteaux, sur les murs. Ainsi étaient-ils prévenus des affres de l’enfer, de la vie édifiante des saints, martyrs de préférence ou du fonctionnement normal de la société que le Très Haut leur avait imposée.
Visiblement, le parti pris des artistes de l’église d’Auvers-le-Hamon s’est porté sur l’hagiographie voire la martyrologie : aux côté de Saint-Martin sur son cheval ou de Saint-Cénéré en habit cardinalice, Saint-André succombe sur sa croix Saint-Mamès se tient les entrailles tandis que Sainte-Apolline fait face à ses arracheurs de dents. Belle tentative d’embarquer les fidèles dans la voie édifiante des Saints sans leur masquer le risque lié à la mission.
Autre option pour les artistes de l’église d’Asnières sur Vègre, le mur du fond de l’église, celui qui est visible lorsque les fidèles quittent l’édifice présente trois visions de l’enfer : le Cerbère à trois têtes menace les âmes, le Léviathan avale les autres tandis que d’autres encore cuisent à petit feu dans un gros chaudron. Sur le mur de droite, la société médiévale idéale selon Adalbéron de Laon représentée dans l’ordre de lecture : les Oratores (ceux qui prient), les Bellatores (Ceux qui combattent) et les Laboratores (ceux qui travaillent) rappelle à chacun sa place… son ordre.
Si d’aventure certains fidèles remontés contre cette société imposée avaient eu quelques fugaces idées de révolte, la lecture du mur du fond était sensée les ramener à coup sûr à des pensées plus…chrétiennes.