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[Musique - Opéra de Nice] "Pelléas et Mélisande"

[Musique - Opéra de Nice] "Pelléas et Mélisande"

Reprenons nos fondamentaux. A l’époque du symbolisme, le théâtre se caractérise par des pièces, dont le rythme est lent, parfois onirique ou poétique, chargées de symboles et de signes évocateurs. La pièce de Maurice Maeterlinck, Pelléas et Mélisande, créée en 1892, est considérée comme un des sommets du symbolisme au théâtre. La mise en scène de René Koering de l’opéra de Claude Debussy à Nice a joué avec ces codes.

Les personnages sont enfermés dans cette pièce sans lendemains qui chantent, ouverte seulement sur l’extérieur par deux portes fenêtres. Ici, point de cheveux longs, point de murailles à escalader, ni d’eau sur scène, mais un châle bleu qui prolonge les cheveux, un jeu de lumière sur le mur et une vidéo qui reprend les éléments et transforme le sol en un plancher réfléchissant. La vidéo n’est pas factice ; elle est un véritable élément au service de l’enjeu dramatique et apporte les éléments de contexte : l’eau, l’étang, le ciel en furie, le jour, la nuit.

La grande intelligence de la mise en scène de René Koering est l’a-temporalité du propos : ici mise en scène contemporaine ne rime pas avec translation spatio-temporelle mais avec « longue durée » au sens où l’historien Fernand Braudel l’a définie. Les querelles de famille, les tensions, les jalousies entre frères, les amours contrariés sont le lot de toutes les familles à travers l’histoire et c’est bien ainsi que le metteur en scène nous les montre. De la même manière, Pelléas et Mélisande s’aiment : ils parcourent ensemble la campagne à vélo comme ils le feraient à d’autres époques à pied, à cheval ou en voiture. L’image du petit Ygniol dans ce spectacle nous renvoie inconsciemment à Poil de Carotte mais en même temps, le jeu auquel il joue est de notre temps ; lui aussi devient intemporel.

Les artistes évoluent dans cet espace, jouent avec le décor. Les voix sont belles malgré les prises de rôles, les acteurs sont convaincants et comble du luxe, Willard White reprend au pied-levé le rôle d’Arkel à qui il donne un aspect tout en sagesse.

Je me souviens d’un film présenté à la « Quinzaine des Réalisateurs » du belge Gust Van den Berghe L’Oiseau bleu d’après une pièce de Maeterlinck qui reprenait les mêmes codes et le même traitement de l’image. A se demander si l’œuvre de Maeterlinck, comme certains acteurs qui « prennent la lumière », n’est pas écrite pour être visuelle.

« Pelléas et Mélisande » - Drame lyrique en 5 actes et 12 tableaux de Claude Debussy - Livret tiré de la pièce de Maurice Maeterlinck - Direction musicale : Philippe Auguin - Mise en scène et costumes : René Koering - Décors : Virgil Koering - Lumières : Patrick Méeüs - Orchestre Philharmonique de Nice - Choeur de l’Opéra de Nice, direction Giulio Magnanini

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