Blog de mes curiosités
20 Avril 2019
C’est comme dans la chanson Vesoul de Jacques Brel :
J'ai voulu voir Anvers
Et on a revu Hambourg,
J'ai voulu voir ta sœur
Et on a vu ta mère
Comme toujours
Ici ça aurait pu donner « J’ai voulu voir Flaran et on a vu La Romieu ». A priori donc quelqu’un n’a pas eu voix au chapitre. Avoir voix au chapitre mais d’où nous vient donc cette expression ?
Le chapitre désigne à la fois le corps des chanoines d'une cathédrale ou d'une église importante ou l'assemblée des moines et chanoines traitant des affaires de leur communauté et le lieu dans lequel se tient cette assemblée. Celui qui avait voix au chapitre était celui qui pouvait participer aux prises de décisions, celui qui avait une voix lors des délibérations aux cours des assemblées, droit qui était ouvert aux chanoines et à leurs supérieurs comme les évêques, mais pas aux serviteurs et moinillons également présents.
Et pas un heureux hasard, ne pas avoir voix au chapitre peut conduire directement à une collégiale c'est-à-dire un bâtiment qui abrite et qui est géré par un collège de chanoines… ceux qui ont voix au chapitre justement. A La Romieu dans le nord du Gers, la collégiale Saint-Pierre est un ensemble constitué d'un cloître, d'une église, de deux tours et des restes d'un ancien palais. C’est à l’origine un ancien prieuré fondé par deux moines rentrant de pèlerinage transformé au XIVème siècle par le Cardinal Arnaud d'Aux, personnage influent de la cour pontificale de Clément V puisqu’il fut son camerlingue, c’est à dire la personne chargée des biens temporels du Pape.
Aborder la collégiale de La Romieu est tout sauf une sinécure et vous devez au départ choisir quel chanoine vous allez être : le chanoine sportif qui va partir à la conquête des tours ou plutôt de la tour octogonale qui se visite ou le chanoine moins en forme qui préférera rester à plat et il y a déjà de quoi faire.
A plat, vous aurez au XXIème siècle, l’immense privilège de pouvoir entrer dans l’église collégiale construite entre 1312 et 1318 entre deux tours de 33 mètres de haut. Elle n’a pas d’accès direct à la rue car elle était jadis fermée au peuple. L’église collégiale est à nef unique, une longue et haute nef à quatre travées. Il ne faut pas oublier de repérer la rosace triangulaire décentrée à l’entrée de l'église collégiale ainsi qu’au centre de la rosace centrale, la tête du Christ qui semble anachronique ou achronique dans ces vitraux restaurés. L’accès à l’église se fait au travers du cloître gothique dans lequel il faut prendre son temps, le lieu y invite, pour observer en détail les chapiteaux du cloître qui réservent parfois des surprises.
C’est de part et d’autre de l’église c'est-à-dire aux deux tours que les moins sportifs abdiquent. Ils peuvent voir la sacristie et les peinture restaurées au rez-de-chaussée de la tour octogonale. Avec un effort supplémentaire, ils peuvent découvrir l’escalier à double révolution et le passage secret mais là s’arrêtera leur parcours. Dans la tour octogonale, l’ascension se fait par un escalier à vis assez étroit. Au dessus de la sacristie, se trouve la salle capitulaire dans laquelle les chanoines en forme se réunissaient puis à un étage au dessus, la salle des archives. En insistant encore un peu le visiteur sportif découvrira l’envers du décor puisqu’il est sur la voûte et il voit la clé de voûte comprenant d’un coup son rôle essentiel. Enfin, en récompense, au dernier étage, un belvédère ajouré permet de contempler l’environnement.
Certes la collégiale de la Romieu est plus tardive que l’abbaye de Flaran mais le visiteur arrivé à la collégiale de La Romieu sans avoir eu voix au chapitre y perd-il au change ? Pas si sûr.
Collégiale Saint-Pierre de La Romieu (Gers) - Site officiel