Blog de mes curiosités
6 Juin 2016
Si vous aimez fureter, vous éloigner des sentiers battus, fuir les hordes touristiques et leurs marchands du Temple, il faut alors vous mettre dans la peau d’un moine des débuts de l’ère chrétienne, suivre la petite route sinueuse de la colline de l’Aiguille et vous rendre à l’abbaye troglodyte de Saint-Roman au nord de Beaucaire.
Réutilisant un site occupé par les chasseurs de la préhistoire en raison des nombreuses grottes et fissures qu’offre le site, des ermites y élisent domicile au Vème siècle. Ces ermites reprennent ainsi la tradition monastique orientale des Pères du Désert en Égypte. Anatole France, décidément très présent dans ce périple (voir http://un-culte-d-art.overblog.com/2016/06/patrimoine-gard-uzes-uzes-en-trois-temps-et-quelques-mouvements.html), n’est pas très éloigné avec Thaïs repris en opéra par Jules Massenet.
Ces premiers ermites s’installent dans les anfractuosités calcaires, creusent puis sans doute vers le VIIème finissent par adopter la règle de Saint Benoît de Nursie transforment l’érémitisme en monachisme sous le couvert de Saint Roman, prêtre et abbé du Jura au Vème siècle et Saint Trophime, sans doute le premier évêque d'Arles, non loin de là.
Petit à petit, années après années, décennies après décennies, siècles après siècles, les moines creusent, aménagent les cavités naturelles pour y installer une chapelle, des cellules et des salles communes transformant le site en abbaye troglodyte à l’instar des monastères orientaux de Cappadoce, du Moyen-Orient et d’Egypte.
Les moines arrivent, vivent et meurent à Saint-Roman, les nombreuses tombes creusées sur la terrasse en attestent. L’Église se structurant, l’abbaye passe d’abord sous la tutelle de l’abbaye de Psalmody (fondée par Saint-Victor de Marseille) près d’Aigues-Mortes, se transforme en lieu de pèlerinage pour les reliques de Saint-Roman et Saint Trophime puis, à l’époque de la papauté d’Avignon, devient fugacement lieu d’enseignement.
Au XVIème siècle, l’abbaye de Saint-Roman est vendue à un particulier qui la fortifie et remplace certaines constructions monastiques de la terrasse par un petit château, la sécularisant définitivement. Il est des lieux où souffle l'esprit écrivait Maurice Barrès dans son roman La Colline inspiré. Cela pourrait s’applique à l’abbaye de Saint-Roman.