Blog de mes curiosités
4 Mai 2016
Pour fêter dignement la renaissance des Ballets de Monte-Carlo il y a trente ans, Jean-Christophe Maillot a fait appel à Jiří Kylián pour qu’il confectionne une soirée « à son image ». Le chorégraphe a donc puisé dans sa malle chorégraphique trois œuvres emblématiques : Bella Figura, créée le 12 octobre 1995, Gods and Dogs, pièce créée en 2008 et Chapeau dont la création remonte à 2005. Anniversaire oblige toutefois, nos facétieux chorégraphes ne pouvaient oublier le gâteau avec Oskar, film réalisé entre mars et avril de cette année dans les ateliers des Ballets de Monte-Carlo.
Bella Figura est une variation chorégraphique de Paradoxe sur le comédien de Denis Diderot. La pièce questionne le statut des danseurs, son positionnement par rapport à l’œuvre, aux coulisses, à la scène, au public. Une représentation commence-t-elle dans les coulisses, dans les loges ou dans la salle ? S’achève-t-elle au dernier pas ? Bella Figura s’interroge sur le vrai et le faux et, pour mieux renforcer le propos, la scène est déjà animée lorsque le spectateur entre dans la salle. Échauffement ? Début de représentation ? Les interprètes à vue sèment le trouble chez le spectateur devant qui les danseurs doivent faire Bella Figura, bonne impression.
Non seulement Gods and Dogs questionne aussi le vrai et le faux mais en joue. Gods and Dogs appuie là où ça fait mal : sur nos peurs. Peur de notre ombre, le début de la représentation joue avec les ombres et les lumières pour symboliser une sorte de combat contre les forces obscures, joue également sur les échelles pour une version chorégraphique avec ombre portée de David contre Goliath. Peur du loup, peur ancestrale, le spectateur la voit informe tout d’abord cette projection vidéo qui commence à se dessiner au dessus de la scène : elle apparait, floue, disparaît, revient lancinante tandis que les danseurs en dessous semblent sous sa coupe. Elle semble un dieu, elle finit par un loup, Gods and Dogs, charmant palindrome pour décrire notre humanité faite d’angoisses souvent créées et de dieux à inventer pour les calmer.
Chapeau est une pièce d’occasion. Créée en 2005 pour le Vingt-cinquième anniversaire du jubilé de Sa Majesté la Reine Béatrix des Pays-Bas, elle agit par métonymie. Ici point de Reine, point de palais, point de défilé mais dix danseurs qui vont évoquer la Reine sur une musique de … Prince à travers sa collection de chapeaux. Bibis tous identiques dans leur forme, ils différent dans leur couleur. Ils tournent, apparaissent, disparaissent autour d’un personnage central arborant fièrement sur sa tête une construction mobile qui ne tient qu’à un fil… comme l’épée de Damoclès, comme le pouvoir.
L’hommage enfin à la puissance invitante est un petit bijou sans doute promis à un brillant avenir. Oskar est également une pièce filmée d’occasion créée par Jiří Kylián pour les trente ans des ballets de Monte-Carlo avec pour interprètes originaux, exclusifs et absolument hilarants : Jean-Christophe Maillot et Bérénice Coppieters. Avec un parti pris burlesque absolument assumé, Oskar est un hommage déjanté aux Ballets de Monte-Carlo, à son directeur et chorégraphe actuel et à sa danseuse emblématique. Mené à grand frais d’autodérision, Jiří Kylián, Jean-Christophe Maillot et Bérénice Coppieters surprennent et rappellent au passage que l’art est aussi affaire de miroir et de détournement.