Blog de mes curiosités
24 Juin 2014
Signe des temps en Italie, après le Pape qui se carapate, le Chef de l'opposition se débine. Prévoyant le poids de sa charge, le cardinal Melville (Michel Piccoli) dans Habemus Papam de Nanni Moretti ne parait pas au balcon et s'enfuit pour faire un tour dans la ville, dans la vraie vie. Donné perdant par les sondages, Enrico Oliveri (Toni Servillo) dans Viva La Libertà de Roberto Andò disparaît de la scène publique pour aller se réfugier en France auprès de son premier amour.
Dans les deux cas, fidèles et sympathisants attendent impatiemment l’élu, la presse harcèle le staff et les cadres cherchent désespérément LA solution. Dans les deux cas, le film joue sur deux espaces : la ville de Rome où déambule l'ex futur pape et le Saint Siège où ses coreligionnaires l’attendent pour le film de Nanni Moretti, l’arène politique de Rome où sévit un remplaçant tombé du ciel et la France où le futur ex-légitime a trouvé refuge pour le film de Roberto Andò.
Car suprême recours de la comédie, Enrico Oliveri (Toni Servillo) a un avantage que ne possède pas le cardinal Melville (Michel Piccoli) : il a un frère jumeau Giovanni Ernani (Toni Servillo… évidemment), philosophe de génie, heureusement atteint de dépression bipolaire pour corser le ressort comique. Symptôme de sa dépression bipolaire, Giovanni Ernani entonnera de manière récurrente les premières mesures de la Force du destin de Giuseppe Verdi (Pour les cinéphiles non lyriquement initiés, c’est le thème de Jean de Florette de Claude Berri).
C’est l’analyse de la politique qui fait la grande différence entre les deux films : si Nanni Moretti dépeint à petites touches les coulisses de l’élection d’un pape (lutte de factions entre les différents partis cardinalices, regroupement géopolitique des cardinaux, alliances pour dégager un consensus etc.), Roberto Andò ne donne à voir de la politique que la franchise et la bonne volonté comme ressorts du processus démocratique … c’est un peu court.
Le rythme du film est une deuxième différence de taille. Nanni Moretti passe allégrement de la Chapelle Sixtine et des appartements du Vatican aux bars et aux théâtres de Rome. Roberto Andò peine davantage à jouer sur le rythme lent imprimé par Enrico Oliveri dans les scènes nostalgiques parisiennes et sur la révolution menée à Rome par Giovanni Ernani provoquant d’ailleurs l’essoufflement de son secrétaire particulier (Valerio Mastandrea).
Malgré tout, le film est jubilatoire et Toni Servillo, même laissé en roue libre, se livre à un fabuleux numéro.
Viva La Libertà – Film de Roberto Andò – Comédie – Italie – 1 h 34