Blog de mes curiosités
17 Avril 2016
C’est en ressassant cette maxime de Sébastien Roch Nicolas dit Chamfort, qu’une partie du public est sortie de la salle Garnier le lundi 11 avril 2016. Car à l’évidence, il y avait deux public ce soir là, ceux qui venaient écouter « Renée Fleming (…) l’une des plus grandes stars du monde lyrique » ainsi que le site de l’opéra de Monte-Carlo présentait l’événement et ceux qui venaient pour écouter des œuvres.
Or ceux qui venaient pour les œuvres s’étaient fiés au programme initial de l’opéra de Monte-Carlo qu’elle avait rodé avec Philippe Jordan au piano à l’opéra Garnier quelques trois semaines avant annonçant une soirée centrée sur les Frauenliebe und leben op.42 de Robert Schumann, des mélodies de Sergueï Rachmaninov (dont Dans le secret de la nuit paisible), des lieder de Richard Strauss et enfin, Le Temps l’horloge d’Henri Dutilleux dont Renée Fleming est dédicataire.
Surprise à l’entrée en salle, à la lecture du programme, seul Robert Schumann avec Frauenliebe und leben résiste à l’ouragan, il y a bien un Straus mais Oscar avec Trois valses ! Le reste est composé d’un extrait tiré des nozze di Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart, de deux airs de Georg Friderich Haendel (tirés d’Agrippina et de Giulio Cesare in Egitto), d’extraits d’œuvres diverses issues de différents compositeurs (Stefano Donaudy, Francesco Paolo Tosti , Arrigo Boito, Ruggero Leoncavallo, Jules Massenet ou Camille Saint-Saëns).
Pour qui venait écouter « l’une des plus grandes stars du monde lyrique », visiblement pas de souci, pour ceux qui étaient venus écouter des œuvres du XXème voire du XXIème, l’affaire semblaient fort mal engagée. Elle le fut davantage dès les premières mesures : la voix semble manquer de souffle, l’artiste de puissance et elle n’est pas spécialement soutenue par le pianiste Hartmut Höll qui semble déconnecté. Mal engagée sur les œuvres de Friedrich Haendel et Wolfgang Amadeus Mozart, Renée Fleming se rattrape dans Frauenliebe und leben de Robert Schumann. A la reprise, Renée Fleming semble un peu plus à l’aise mais dans un programme dont ceux qui étaient venus pour les œuvres cherchent encore la logique ou la cohérence.
Reprenant en bis, O mio babbino caro extrait de Gianni Schicchi de Giacomo Puccini, Summertime extrait de Porgy and Bess de George Gershwin en mode jazzy ou encore Somewhere Over The Rainbow extrait du Magicien d’Oz, Renée Fleming régalait ceux venus pour la star mais toujours pas ceux venus pour les œuvres.
Parmi les critiques du récital, certains incriminent le pianiste, d’autres se lancent dans une grande et vaine description de la soirée, signes d’un malaise pour ne pas qualifier une contre-performance en raison de la carrière impressionnante de Renée Fleming. Sauf qu’il faut sans doute savoir achever une carrière, aussi cruel cela soit-il, car « L'estime vaut mieux que la célébrité, la considération vaut mieux que la renommée, et l'honneur vaut mieux que la gloire » comme le rappelait Sébastien Roch Nicolas dit Chamfort auteur du sage « On ne peut être et avoir été ».