Blog de mes curiosités
12 Juillet 2015
Valoriser les archives en image et présenter une tranche d’histoire de la Principauté, telle est la proposition de Vincent Vatrican, directeur des archives audiovisuelles de Monaco et de Thomas Fouilleron, directeur des archives et de la bibliothèque du Palais princier depuis l’an dernier. Après Albert 1er en films, la présentation de Rainier III en films rend hommage au Prince dix ans après sa disparition.
Les deux paris tenus par les deux institutions monégasques se révèlent pourtant être rigoureusement inverses et répondent, ironie de l’histoire, à la problématique gaullienne du vide et du trop plein. Si le montage pour le portrait d’Albert 1er a consisté à mettre de la cohérence et de la continuité dans le quasi-vide filmique, celui de Rainier III a en revanche nécessité un tri et un choix devant le trop plein d’images. Pire, il a fallu choisir entre plusieurs types de documents introduisant la problématique du statut de l’image qui ne se posait pas dans les mêmes termes à la préhistoire de l’image animée.
Choisir des images, choisir des périodes, choisir telle ou telle source répond à une problématique initiale à laquelle le montage doit répondre. Et pour éviter la sempiternelle ronde des images officielles cent fois vues, Vincent Vatrican et Thomas Fouilleron ont choisi de recourir à des images d’archives au statut résolument différent correspondant à l’histoire du cinéma et de l’audiovisuel du XXème siècle. Non seulement, elles présentent un événement, une situation mais elles témoignent également de l’évolution de la société : les images les plus anciennement patrimoniales font figure d’essai et s’intéressant à la villégiature de la Belle-époque, les images de la télévision naissante, notamment Télé Monte-Carlo, cherchent à contrôler l’information, les images cinématographiques témoignent d’un art qui se diversifie entre la fiction et le documentaire et les images d’amateurs symbolisent l’irruption de la société de production et de consommation de masse.
En plus d’une heure et demie, les images retracent le parcours du « Prince bâtisseur » entrecoupées par les commentaires de Vincent Vatrican et de Thomas Fouilleron qui réussissent à doser leurs interventions respectives pour ne pas être redondants avec les images qui défilent, fournissant des explications courtes et précises pour ne pas détourner l’attention. La parole circule facilement de l’un à l’autre signe d’une grande complicité ou de longues répétitions ou d’un entrainement complice efficace.
Il fallait bien entendu pour satisfaire les attentes d’un public aussi varié doser les images, passer des images glamour aux images plus politiques, mêler le Monaco ancien, fantasmé par les nostalgiques au Monaco nouveau, objet de tous les fantasmes médiatiques. Le public s’en sera repu : images du Prince Rainier enfant, images inédites provenant des collections du Palais princier, images familiales, images de fictions jamais distribuées, images de la princesse Grace ; en près de deux heures, chacun dans le public aura communié avec son histoire plus ou moins récente, plus ou moins lointaine.
Loin des images convenus, des postures attendues, des anecdotes cent fois remontrées, l’œuvre artistique et patrimoniale (parler de simple montage est totalement inapproprié) créée par les archives audiovisuelles de Monaco et par les archives du Palais princier touche au cœur et remet en perspective ce long règne que chacun croyait connaître.
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