Blog de mes curiosités
17 Mai 2013
Pour l'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, Édouard Waintrop est allé chercher Ari Folman qui avait fait sensation tout en repartant bredouille avec son Valse avec Bachir en 2004 en compétition officielle. Valse avec Bachir travaillait sur la mémoire des jeunes soldats israéliens dont le réalisateur lui-même ayant participé à la guerre au Liban de 1982.
The Congres est d'un autre type. Reprenant un roman d'anticipation Le Congrès de futurologie de Stanislas Lem, Ari Folman questionne le cinéma et les nouvelles technologies. Le sujet ? La société Miramount (la concentration touche également les milieux de la production) propose à une actrice en fin de carrière d'être scannée pour créer autant de films virtuels que possible. Côté communication, elle doit disparaître pendant vingt ans pour revenir en star du congrès du cinéma virtuel.
Le film fait partie des films coupés en deux : la première partie met en jeu des personnages de chair et d'os, la deuxième partie a recours à la forme animée avec incrustations de quelques scènes du réel. Robin Wright, joue le rôle de ...Robin Wright sans être tout à fait la même. C'est elle l’actrice en fin de carrière qui va être scannée.
La première partie du film tient toutes ces promesses avec la représentation d'un panel de métiers du cinéma, de l'agent ringard au producteur odieux en passant par la princesse alias Robin Wright dont le rôle dans Princess Bride est encore dans toutes les mémoires ... les nôtres et celles des protagonistes du film. Pour ces derniers, c'est d'ailleurs la référence, celle à partir de laquelle la carrière professionnelle de la fausse Robin Wright s'est brisée. En passant ainsi de la véritable actrice qui joue son propre rôle à une carrière inventée pour la circonstance, le spectateur se trouve questionné sur la définition et le rôle d'une actrice. L'ensemble est renforcé, allégorisé, par le rôle du fils qui, en perdant le vue et surtout l’ouïe, finit par s'enfermer dans son monde virtuel beaucoup plus poétique que celui que l'on propose à sa mère.
La deuxième partie se déroule … vingt ans après ! Et c'est là que les Athéniens s'éteignirent ! La deuxième partie du film nous entraîne dans un monde animé psychédélique : le Congrès dont l'image animée de Robin Wright est l'invitée vedette. Robin Wright me fait penser à une actrice hitchcockienne (Kim Nowak dans Vertigo notamment). Le cinéma semble avoir dérapé dans ses évolutions, le film aussi. Le propos sur l’acteur, son rôle, son statut, ses paradoxes est éliminé au profit d'un discours manichéen, binaire (pour rester dans le ton du film), entre le réel, le virtuel, le bien, le mal, etc. Le pessimisme ambiant procède du même registre, tout est pourri au royaume du réel, réfugions nous donc dans un monde virtuel sans nous poser de questions.
Les références au cinéma ou à l'art fourmillent dans la deuxième partie du film alors que la première partie le faisait beaucoup plus subtilement et confine au feu d'artifice : oh un Magritte ! Oh un Picasso ! Oh ! Un Tom Cruise ! Oh ! Un Clark Gable. On en oublierait presque LA référence qui a traversé la littérature, le cinéma, la musique depuis des siècles : le pacte avec le diable.
Le Congrès - Film d'Ari Folman - Israël – Allemagne – Pologne – Luxembourg – France - Belge avec Robin Wright, Harvey Keitel, Jon Hamm - 2 h 02 - Sortie le 3 juillet 2013.