Blog de mes curiosités
23 Octobre 2018
Passer à côté du sel lors d’une visite en Bourgogne-Franche-Comté alors que toute la toponymie le rappelle (Salins-les-Bains, Lons-le-Saunier, etc.) serait une histoire qui en manquerait totalement d’autant que chacun empruntant l’autoroute du Soleil aura sans doute en mémoire les pancartes vous invitant vainement à découvrir les Salines Royales d’Arc-et-Senans où peu d’entre nous ont mis finalement les pieds.
Mais découvrir Arc-et-Senans et manquer les salines de … Salins-le-Bains serait encore plus incongru. En effet, le sel du Jura devient une source de richesse vers le VIème siècle quand l'abbaye d'Agaune, dans le Valais suisse, reçoit en donation les salines de Salins. L'exploitation du sel de Salins est de moins en moins productive et la nécessité de disposer de grandes ressources de bois pour les chaudières conduit au grand projet de la saline royale d'Arc-et-Senans dont l'exploitation commence en 1779 et s'achève en 1895.
Là encore, la concurrence est déloyale entre les deux sites. S’il ne reste plus grand-chose du mur d’enceinte de la grande saline de Salins-les-Bains, c’est en sous-sol que le plus intéressant est à découvrir : la galerie souterraine accessible par un escalier de cinquante marches, endroit salutaire par temps caniculaire. Seul souci : le site n’est accessible qu’avec une visite guidée que le débit de la guide conférencière qui vient de passer devant vous peut vous faire abandonner.
En revanche, l’architecture hémi-circulaire des salines royales d’Arc-et-Senans est très impressionnante et vous pouvez y déambuler en toute quiétude. Classée Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1982, la Saline royale d’Arc-et-Senans est l’œuvre de Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), architecte du siècle des Lumières par la volonté de Louis XV.
Fonctionnant comme une usine intégrée, elle préfigure les phalanstères ou les cités ouvrières intégrées à l’outil de production qui fourmilleront aux XIXène et XXème siècles. Elle abrite effectivement, dans onze bâtiments symétriques en forme d’arc, les lieux d’habitation et de production de la Maison du Directeur aux bâtiments des commis en passant par les écuries, les bâtiments des Sels, la Tonnellerie, etc.
Devenue obsolète à mesure que l’âge industriel gagnait en nouvelles technologies de production, la Saline royale, abandonnée mais heureusement isolée ne fut pas démantelée mais rachetée par le conseil départemental du Doubs. Aujourd’hui réhabilitée, elle illustre parfaitement les prémices de la révolution industrielle qui positionnera la France au niveau des grandes puissances économiques au XIXème.