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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Théâtre, #Cinéma, #Littérature, #Patrimoine, #Amour
"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Une œuvre quelle que soit sa nature questionne le monde qui l’entoure. Le Barbier de Séville de Beaumarchais ne fait pas exception à la règle : il questionne la société d’ancien régime, sa nature, son déterminisme social,  ses volontés d’ascension sociale parfois contrariées, entre autres. Mis d’abord en musique en 1782 par Giovanni Paisiello, Il barbiere di Siviglia, ovvero La precauzione inutile, dramma giocoso en quatre actes sur un livret de Giuseppe Petrosellini,  est repris par Gioachino Rossini, sur un livret de Cesare Sterbini en 1816. Une œuvre aussi connue que le Barbier de Séville que cela soit en art dramatique ou en art lyrique est source de nombreuses mises en scène. Mais le souci pour un metteur en scène est au moins triple. Comment l’œuvre qu’il va créer, monter, produire, questionne les deux temps : celui de l’œuvre et celui de la production ? Comment sa mise en scène va se démarquer des précédentes voire des créations quasi-mythiques ? Quels aspects contemporains peut-il mettre en avant sans dénaturer le texte ni se lancer dans le contresens ? En un mot comme en cent, sa production doit faire sens.

A ce jeu, il semble pourtant qu’Adriano Sinivia ait perdu la boussole et se soit complètement égaré. Il avait pourtant signé en 2014 le très inspiré Elisir d’amore de Gaetano Donizetti pour lequel déjà la question était de savoir si le parti pris allait tenir ou s’il n’était que gadget. Mais fort heureusement, le parti pris esthétique l’avait alors emporté (http://un-culte-d-art.overblog.com/2014/06/musique-opera-de-monte-carlo-monaco-tout-mon-amour-dans-cet-elixir.html). Le parti pris choisi pour monter l’œuvre de Gioachino Rossini est cinématographique mais pas dans la conception de l’œuvre, Adriano Sinivia surajoute à l’œuvre une équipe de tournage dans une version Cinecittà des années 50. D’entrée, ce qui tient lieu de parti pris de mise  en scène ne fonctionne pas : le public entre dans la salle avec les studios de Cinecittà à vue, puis le rideau se ferme et rien ne se passe sur scène pendant toute l’ouverture. Pour quelle raison mystérieuse le rideau se ferme t-il ? Pourquoi ce brusque retour au spectacle vivant ? Mystère. L’équipe de tournage interviendra de manière sporadique et non en continu surajoutant des scènes aux scènes puis disparaitront quasiment du second acte comme par (dés)enchantement.

Non seulement le désenchantement intervient très rapidement  mais le contresens sur la nature même du cinéma est total. Au cinéma comme au théâtre, l’art de faire du vrai avec du faux est une constante mais elle ne se pratique pas de la même manière. Le cinéma est aussi l’art du montage. Au cinéma, un homme qui entre par une porte est immédiatement filmé des deux côtés de la porte par la magie du montage. Or dans sa mise  en scène, Adriano Sinivia se voit contraint pour maintenir son parti pris de tourner la scénographie au point d’alourdir toute l’action. Pire, comme il veut montrer toute la chaine de production, du tournage au pince-fesse en passant par la postsynchronisation, il ponctue chronologiquement la production de diverses interventions. Mais pourquoi dans ces cas-là projeter des images sur les décors dans une scène sensée filmer une action en train de se tourner ?   L’affaire devient de moins en moins crédible et le parti pris se délite.  Le cinéma représenté comme un adjuvant du spectacle vivant y perd du coup toute sa nature. Visiblement, d’un point de vue cinématographique, Adriano Sinivia a confondu captation et art.

Sur le plateau, l’ensemble est inégal. Inégal dans la durée ou inégal d’un personnage à l’autre.  Dmitry Korchak (le Comte Almaviva) semble s’être entièrement réservé pour son air final Cessa di più resistere ressemblant comme deux gouttes d’eau à l’air final de la Cenerentola. Écrit par Gioachino Rossini pour satisfaire les ténors frustrés d’être si peu honorés, il est souvent supprimé des représentations en raison de sa difficulté en fin de spectacle. Dmitry Korchak s’en sort parfaitement mais il donne l’impression de n’avoir travaillé que son final… comme s’il misait tout sur la dernière impression. Ses vocalises, amplement et copieusement savonnées, auront auparavant crispé l’auditoire.  Mario Cassi finit par redresser un peu la barre en Figaro alors qu’à ses débuts, il n’était pas en mesure avec l’orchestre faisant craindre le pire. Bruno de Simone  est un Bartolo convenu. Sa prestation est correcte mais elle est sans surprise, ne crève pas l’écran pour rester dans le ton de la pseudo mise en scène.  Annalisa Stroppa (Rosina) dans cette distribution relève largement les manques mais c’est la basse Deyan Vatchkov dont l’interprétation vocale et scénique sauve l’ensemble d’un naufrage certain qui est de loin le plus convaincant. Et à ce jeu de massacre, il faut bien dire qu’Annunziata Vestri (Berta) et Gabriele Ribis (Fiorello) tirent leur épingle du jeu.

Peut-être eût-il mieux valu que cette équipe redondante filmât Tout ça... Pour ça ! de Claude Lelouch, les Naufragés de David Charhon ou mieux ! Ridicule de Patrice Lecomte.

"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque contemporaine
Printemps des Arts de Monaco - Quadruple concerto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Printemps des Arts de Monaco - Quadruple concerto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Deux chefs d’orchestre, quatre compositeurs et quatre pianistes en une seule soirée, c’est le cocktail proposé par le Printemps des Arts pour son édition 2017. La soirée est dédiée à la diversité : diversité des époques des compositeurs du XVIIIème au XXème siècle, de Wolfgang Amadeus Mozart à György Ligeti, diversité des générations, de Bruno Gelber au jeune chef d’orchestre Jean Deroyer, diversité des origines chez les compositeurs comme chez les interprètes : Argentine, France, Belgique, Tchéquie, Hongrie, Roumanie, Autriche.

Si les œuvres des deux compositeurs du XXème siècle : le Concerto pour piano de György Ligeti et l’Incantation, concerto pour piano et orchestre n°4, H 358 de Bohuslav Martinů sont dirigés par le jeune chef d’orchestre Jean Deroyer et interprétés respectivement par Jan Michiels et Ivo Kahánek, les deux autres : le Concerto pour piano n°19 en fa majeur, KV 459 de Wolfgang Amadeus Mozart et le Concerto pour piano n°5 en mi bémol majeur, opus 73 « L’Empereur » de Ludwig Van Beethoven sont dirigés par Gabor Takacs-Nagy et interprétés respectivement par Jean-Efflam Bavouzet et Bruno Leonardo Gelber.

Qu’il soit question d’interprétation, de programme, de goût personnel, de réception, etc. le résultat d’une telle soirée est forcément inégal, forcément différencié, chacun étant venu dans le public comme chez les artistes avec des intentions fort différentes. Un tel programme est pour le public une véritable auberge espagnole dans son sens dérivé chacun y vient pour ce qui l’intéresse : musique contemporaine pour les uns, goût de la découverte pour les autres, notoriété des interprètes pour les troisièmes, patrimoine musical que les quatrièmes.

Jean Deroyer est un chef très expressionniste accompagnant sa direction d’amples mouvements du corps : sa direction est efficace et dans le Concerto pour Piano de György Ligeti, Jan Michiels excelle. Ivo Kahánek ne démérite pas dans l’Incantation de Bohuslav Martinů mais passant directement derrière György Ligeti et Jan Michiels, il souffre de la comparaison. La direction de Gabor Takacs-Nagy est gestuellement moins spectaculaire mais tout aussi efficace. Si l’interprétation de Jean-Efflam Bavouzet est intéressante, une partie du public lui préfère ses interprétations de la musique française en général, Maurice Ravel en particulier. Enfin, chacun attendait Bruno Leonardo Gelber : le plus impressionnant dans son interprétation est cette force qui se dégage de ce corps immobile. Il n’est certes plus aussi précis qu’auparavant mais son interprétation de Beethoven allie toujours force et grande musicalité… un monument !

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque contemporaine, #Europe
Monaco- Printemps des Arts - Deux récitals en un ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Monaco- Printemps des Arts - Deux récitals en un ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Avec une semaine de retard sur son lancement, festival Mémoires de Lyon oblige, petite incursion au Printemps des Arts de Monaco 2017. Le rendez-vous est donné salle Garnier pour un double récital avec les pianistes Ivo Kahánek et Jean-Efflam Bavouzet, précédés par cinq minutes de rencontre avec la musique contemporaine  et l’interprétation à la harpe de Stretto de Patrick Marcland par Aurélie Bouchard. Patrick Marcland, compositeur né en 1944, a composé Stretto en 1978 et le Festival du printemps des Arts s’honore à nous présenter des pièces d’auteurs encore vivants  soutenant ainsi la création d’aujourd’hui avec une interprète qui met parfaitement la pièce en valeur.

En première partie, le pianiste Ivo Kahánek nous réserve un programme consacré à l’Est européen avec trois des quatre scherzos de Frédéric Chopin (seul le Scherzo n°3 en do dièse mineur, opus 39 manque à l’appel), la Sonate 1.X.1905 From the Street de Leoš Janácek et Trois danses tchèques H154 de Bohuslav Martinů. L’interprétation des scherzos de Frédéric Chopin surprend. Le tempo est rapide et tranche nettement avec celui adopté lors d’une des soirées de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo à l’automne denrier avec celui adopté par Béatrice Rana (http://un-culte-d-art.overblog.com/2016/10/musique-auditorium-rainier-iii-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-monaco-des-parfums-d-italie-partages.html). Longtemps après sa disparition, Frédéric Chopin continue à diviser public et interprètes : la partie du public sortie fort contente de l’interprétation de Béatrice Rana n’a pu sortir que mécontente de l’interprétation d’Ivo Kahánek tant son tempo rapide peut devenir gênant à « bouffer les notes » comme un orateur trop pressé « bouffe les mots ».  En revanche ses interprétation de Leoš Janácek et a fortiori de Bohuslav Martinů pour lesquels le public a moins de références en oreille ont été nettement plus consensuelles même si le jeu rapide d’Ivo Kahánek ne s’est jamais démenti.

La seconde partie de la soirée avec Jean-Efflam Bavouzet est géographiquement et historiquement plus disparate.  Si le XXème siècle est toujours à l’honneur avec Douze notations pour piano de Pierre Boulez, En plein air, Sz. 81: Musiques nocturnes de Béla Bartók et quelques pièces de Miroirs de Maurice Ravel, le récital débute avec la Sonate n°6 en fa majeur opus 10 n°2 de Ludwig van Beethoven, comme un hommage au créateur des grandes pièces de piano adaptées à l'interprétation en salle de concert. Si l’interprétation de la sonate de Beethoven par Jean-Efflam Bavouzet est extrêmement plaisante, c’est dans le répertoire du XXème qu’il émeut le plus celui qui l’écoute et se laisse transporter. Mieux, son interprétation des quelques pièces de Miroirs de Maurice Ravel sont franchement de l’ordre de l’exceptionnel au point de rêver de ne l’entendre que dans un récital monographique qui lui serait consacré mais de l’écouter encore et encore !

Monaco- Printemps des Arts - Deux récitals en un ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Monaco- Printemps des Arts - Deux récitals en un ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Europe, #Adolescence, #Violence, #Amour
"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Immédiatement, le spectateur pense à La petite Voleuse de Claude Miller, sauf que celle-là semble nettement plus radicale dans sa primo-délinquance. Elle s’appelle Daphné comme Jack Lemon dans Someone like it hot mais elle s’appelle aussi Daphné comme l’actrice qui l’incarne ou encore comme la nymphe qui, poursuivie et épuisée, se métamorphose en laurier rose. Tout ceci symbolise le film : la comédienne non-professionnelle s’identifie à outrance à son personnage, elle s’épuise à force d’énergie, connaît les premières transformations de l’adolescence, et poursuit l‘amour idéal.

Le film repose quasiment essentiellement sur son actrice, sa photogénie, son énergie, sa volonté, son jeu qui parait totalement naturel. Daphne Scoccia vient de réaliser un gros coup et elle le sait ; nul doute qu’elle sera très demandée assez rapidement quel que soit le résultat des David di Donatello où elle est nommée dans la catégorie meilleure actrice en concurrence avec Valeria Bruni-Tedeschi pour Folles de Joie de Paolo Virzi.

Formellement, le film use et abuse des plans filmés à travers les grilles, comprime les corps dans des espaces contraints, sépare les êtres et notamment ceux qui s’aiment. Le film alterne les plans séquences, moment de détente, et les plans courts, haletants. Le film colle aux basques de son héroïne, ne la quitte que rarement pour renforcer l’illusion du réel. Le film enfin  poursuit ses références à certains films découverts à Cannes par la Semaine de la Critique ou la Quinzaine des Réalisateurs comme avec ses messages qui transitent par la nourriture comme dans The Lunchbox de Ritesh Batra.

La thématique n’est pas nouvelle, le message non plus, elle est La petite Voleuse à La Fureur de vivre qui ne rêve que d’une chose : se libérer et s’envoler pour retrouver celui qu’elle aime et qui semble lui échapper comme Béatrice (Valeria Bruni-Tedeschi) dans Folles de Joie… Décidément, André Breton avait raison : En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d'ancêtres.

 

 

« Fiore » de Claudio Giovannesi - Drame avec Daphne Scoccia, Josciua Algeri, Valerio Mastandrea – Italie - Date de sortie : 22 mars 2017 – Durée : 1h 49min

"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Théâtre, #Mythe, #Moyen âge, #Amour, #Jalousie, #Violence, #guerre, #Patrimoine
"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Un jour après avoir (re)découvert Elektra, mise en scène par Ruth Berghaus en 1986, le public lyonnais peut assister à une autre mise en scène mémorable : celle de Tristan et Isolde par Heiner Müller qui date de 1983. Changement notable, les musiciens ont réintégré leur fosse mais dans le public, chacun peut reconnaître des spectateurs de la veille et à la direction, ne semblant nullement éprouvé par sa performance de la veille, toujours Hartmut Haenchen.

Loin des pavillons qui claquent, des ponts de bateau construits à grand renfort de bois ou d’une chasse royale construite avec force têtes de cerf, le parti pris de mise en scène d’Heiner Müller réside dans l’épure. N’est-ce pas le propre d’ailleurs du sentiment amoureux avec ou sans filtres de se développer en dehors de tout artifice, toute démonstration, toute matérialité tapageuse ? Visiblement, Heiner Müller a souhaité faire évoluer ses personnages dans une scénographie simple modelée par la création lumière.

Le premier acte représente un pont de bateau en gros plan incliné vers la salle avec la mallette à philtre pour tout accessoire et deux quadrilatères dans lesquels sont enfermés les personnages. Veut-elle sortir, d’une palpation des mains sur une imaginaire paroi de verre, Isolde verra qu’elle ne peut s’échapper ni échapper à son destin. La lumière découpe délicatement les voiles sur la scénographie : tout est dit. La chasse royale ressemble davantage à une salle d’arme ou une armurerie, jonchée de cuirasses. Image cinématographique qui aurait toute sa place dans un péplum ou une œuvre de science fiction, elle symbolise l’intemporalité de l’œuvre. En revanche, comment ne pas voir un clin d’œil d’Heiner Müller à Samuel Beckett au troisième acte avec ce paysage dévasté, apocalyptique que ne renieraient ni  Fin de partie ni En attendant Godot, signe scénaristique des amours qui ne trouvent refuge que dans l’anéantissement.

Les chœurs n’interviendront comme la veille jamais sur scène. Ils seront toujours en coulisses. Sur scène, avec une économie appuyée du mouvement, les chanteurs se meuvent lentement. Annoncés souffrants, Ann Petersen (Isolde) et Alejandro Marco-Buhrmester (Kurwenal) étonnent… que doivent-ils être lorsqu’ils sont en forme ? L’Isolde d’Ann Petersen est à la hauteur de l’événement, joignant à une voix paradoxalement puissante et délicate, un jeu qui montre toutes les palettes du personnage : l’Isolde tour à tour hautaine, amoureuse, froide, fragile, combattante. Elle est parfaitement secondée par Ève-Maud Hubeaux (Brangäne). Quant aux deux derniers rôles qui doivent se sortir de deux terribles monologues en seconde partie : Daniel Kirch campe un Tristan parfait qui réussit un troisième acte redoutable et Christof Fischesser en Roi Marke apporte par sa voix sombre la touche juste à son personnage d’homme blessé et de mari trahi.

Les spectateurs ont-ils eu l’impression de voir une mise en scène datée ? Avec une telle épure, intrinsèquement intemporelle, visiblement non. L’intelligence de la mise en scène d’Heiner Müller fait et fera encore recette. Et puis, l’alliance de cette mise en scène mythique avec cette musique prodigieuse qui ne l’est pas moins, pillée par tous les cinéastes dont Lars van Trier pour symboliser la fin du monde dans Melancholia en 2011, nous transportent encore longtemps après que l’une s’est tue et que l’autre a disparu de notre champ de vision.

"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Mythe, #Antiquité, #Patrimoine, #Théâtre, #Violence, #mort, #Epoque contemporaine
"Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Ailleurs tous vos regards, ailleurs toutes vos larmes, Aimez ce que jamais on ne verra deux fois. L’opéra de Lyon aurait-il voulu défier la Maison du Berger d’Alfred de Vigny ? Si l’opéra est un genre éphémère, si deux représentations deux soirs de suite peuvent se révéler différentes, si les mises en scène différent, il s’en trouvera toujours quelques unes qui auront marqué les esprits, leur époque, leur public. Chacun de nous a sa mise en scène d’exception dont il ne tarit pas d’éloge.

Si certaines mises en scène sont devenues mythique, l’Opéra de Lyon prend l‘énorme risque avec son festival Mémoires, de faire revivre trois œuvres créées par trois créateurs de l’école théâtrale allemande de la fin du XXème siècle aujourd’hui disparus : Elektra, mise en scène par Ruth Berghaus en 1986, Tristan et Isolde par Heiner Müller en 1983, Le Couronnement de Poppée par Klaus Michael Grüber en 1999. Proposition audacieuse qui questionne l’essence même du spectacle vivant.

Resté trente-trois ans au répertoire depuis sa création à Dresde en 1986, l’Elektra de Ruth Berghaus place les instrumentistes qui ne rentraient pas dans la petite fosse de l’Opéra de Dresde sur scène, sous la structure où évoluent les chanteurs, faisant ainsi de l’orchestre un élément du drame. La structure est une sorte de maison contemporaine à trois niveaux avec terrasses, balcons en avancée et plongeoir, qui permettent cette attente quasi messianique de celui qui résoudra le drame : Oreste. Les trois niveaux de la structure peuvent faire penser aux trois mondes de la cosmogonie grecque, à la recomposition familiale, consécutive aux drames, aux trois enfants  ou encore aux différents lieux public, privé et symbolique.

La mise en scène de Ruth Burghaus de cette œuvre expressionniste renforce la dimension symbolique : Clytemnestre apparaît en rouge sang, Chrysothémis arbore une robe dorée et Elektra porte les vêtements blafards de sa profonde mélancolie. Sa camisole se termine par un lien qui l’arrime au premier étage mais ce lien qui l’arrime fait également penser aux fileuses de destin que sont les Moires. Elektra, victime ou manipulatrice ? La mise en scène ne tranche pas mais questionne le spectateur.

La présence de l’orchestre sur scène effraie dans un premier temps ; l’orchestre couvrira-t-il les voix ? C’est évidemment mal connaître Hartmut Haenchen à la direction à la fois vigoureuse et retenue. Les cent musiciens et leur chef finissent par se fondre dans le décor et la question du sens des musiciens sur scène finit par s’estomper pour revenir pus tard. Les écrans disséminés permettent aux chanteurs de ne pas perdre des yeux le chef et le chœur invisible chante depuis les coulisses.

Chrysothémis interprétée par Katrin Kapplusch possède la froideur, la rigidité qui sied au personnage des débuts de l’œuvre avant de se rallier.  Clytemnestre (Lioba Braun) et Egisthe (Thomas Piffka) sont solides et le traitement des personnages traversés alternativement par la morgue, le doute et la peur  rejaillit dans leur interprétation.  Oreste sans Pylade (Christof Fischesser) incarne à merveille l’héroïsme de son personnage. Enfin, Elena Pankratova est une Elektra qui trouble le spectateur incarnant toutes les facettes de ce personnage ambivalent dont nul ne sait s’il est victime ou déclencheur de l’histoire.

A la question de savoir si des mises en scènes mythiques peuvent être recréées la réponse est donc positive. Si elles sont forcément datées, forcément témoins d’une époque, elles possèdent ce côté intemporel qui leur permettent de revivre. L’intemporalité de la mise en scène de Ruth Berghaus tient sans aucun doute dans ce questionnement du spectateur qui longtemps après se demande encore si…

"Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com "Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com "Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Amérique latine, #Bad boys
"L'Ombre de Venceslao" de Martin Matalon - Opéra du Grand Avignon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"L'Ombre de Venceslao" de Martin Matalon - Opéra du Grand Avignon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Coproduit par neuf opéras français (Rennes, Toulon, Reims, Avignon, Clermont-Ferrand, Toulouse, Marseille, Bordeaux et Montpellier) sur une proposition du Centre Français de Promotion Lyrique (C.F.P.L.) L’Ombre de Venceslao était l’événement attendu de la saison 2016-2017.

Après avoir organisé les tournées du Voyage à Reims de Gioachino Rossini (2008-2010) et des Caprices de Marianne d’Henri Sauguet (2014-2016), le Centre Français de Promotion Lyrique passait commande à Jorge Lavelli et Martin Matalon d’un opéra : L’Ombre de Venceslao. L’Ombre de Venceslao de Raul Damonte Botana, alias Copi (1939-1987), écrite en espagnol en 1977 et traduite en français par Jorge Lavelli vingt ans plus tard, passait ainsi du registre du théâtre au registre du théâtre d’opéra. Le jeu des coproductions assurait le reste.   

Par définition, une création mondiale ne se refuse pas à qui aime la découverte et le risque. Dès son annonce en avril 2016 à l’occasion du spectacle Lucia de Lammermoor de Gaetano Donizetti http://un-culte-d-art.overblog.com/2016/04/musique-opera-grand-avignon-avignon-une-lucia-de-lammermoor-de-folie.html), la décision était prise, l’alerte déclenchée pour la location des place dès son ouverture et commença alors l’attente ponctuée par les premières critiques émanant des villes où la pièce était produite.

Midi : le déjeuner au Brigadier du Théâtre se fait dans une atmosphère potache au cours duquel les partisans du « je ne vais voir que ce que je connais » sont étrillés. Mais soudain la vengeance immanente desdits partisans prend la forme d’un SMS la représentation de L'OMBRE DE VENCESLAO prévue ce dimanche après-midi est ANNULÉE ! Le Brigadier du Théâtre tombe sur la tête des convives, fort peu nombreux il est vrai.

Triste spectacle dans le hall de l’opéra où Raymond Duffaut, directeur du lieu, attend courageusement le public qui n’aurait pas eu l’information : La soprano Estelle Poscio étant souffrante et non immédiatement remplaçable, la représentation est bien annulée. L’ombre de Venceslao venait de passer en deux minutes au royaume des Limbes.  

"L'Ombre de Venceslao" de Martin Matalon - Opéra du Grand Avignon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"L'Ombre de Venceslao" de Martin Matalon - Opéra du Grand Avignon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"L'Ombre de Venceslao" de Martin Matalon - Opéra du Grand Avignon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #Musique, #Arts plastiques, #architecture, #Moyen âge, #Religion
Abbaye de Silvacane ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Abbaye de Silvacane ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Protégée de la folie des hommes par son accès délicat, l’abbaye de Silvacane, troisième sœur cistercienne provençale est revenue en pleine lumière en partie grâce au festival de piano de la Roque d’Anthéron, commune qui assume désormais la gestion de l’abbaye.

Silva Cana signifie forêt de roseaux. C’est en 1144 que des moines venus de l’abbaye de Morimond, elle-même fille de Cîteaux, occupent le gué de Gontard sur la Durance, drainent le territoire et y développent l’agriculture. Florissante aux XIIème et XIIIème siècles, l’abbaye souffre à la fois de la folie meurtrière des hommes (Guerre de Cent ans et Guerres de religion), des cataclysmes (peste noire du XIVème siècle) et de l’évolution technique, l’imprimerie rendant illusoire le travail des moines copistes.

Déclarée bien national sous la Révolution française, l'abbaye redevient exploitation agricole évitant ainsi sa destruction par transformation en carrière de pierre. L'ensemble, classé au titre des Monuments Historiques, est acquis par l'État en 1945 avant d’être rétrocédé par décentralisation à la commune de La Roque d’Anthéron.

Ce qui surprend le plus à Silvacane c’est le silence, le calme et la sérénité qui se dégagent du site mais peut-être que l’heure et le jour furent propices : peu de visiteurs et juste un groupe en fin de visite.  Contrairement à Sénanque, Silvacane n’est plus occupée et se visite en continu avec ces éléments traditionnels propres aux abbayes : l’église abbatiale, le dortoir des moines, la salle capitulaire, le scriptorium, le chauffoir et le réfectoire.

Le réfectoire est le lieu dédié à l’art et notamment à l’art contemporain. L’exposition du moment est dédiée aux œuvres de Jacob Reymond qui se trouve être l’artiste idoine pour les lieux. Jacob Reymond travaille sur la métamorphose, l’empreinte, le signe. Il aime également la performance qui permet le croisement avec les autres formes d’expression artistique. Le travail présenté à Silvacane s’appelle partitions et exprime son ressenti  intime et sensible à l’écoute d’une œuvre musicale. Il transcrit ainsi sur toile ce que nombre d’entre nous sommes incapables de traduire : les vibrations que le son et la musique produisent en nous.

Silvacane, abbaye qui historiquement a résonné du chant des moines, accueille de manière récurrente des formations musicales et ouvre aujourd’hui ses portes à un artiste plasticien travaillant sur la transcription plastique des vibrations musicales qu’il ressent. Dans ce lieu l’exposition fait sens et raccroche intelligemment le patrimoine, le passé, les racines à des expressions artistiques d’aujourd’hui.  

"Vibrations" de Jacob Reymond à l'abbaye de Silvacane ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Vibrations" de Jacob Reymond à l'abbaye de Silvacane ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Vibrations" de Jacob Reymond à l'abbaye de Silvacane ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
"Vibrations" de Jacob Reymond à l'abbaye de Silvacane ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Vibrations" de Jacob Reymond à l'abbaye de Silvacane ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Vibrations" de Jacob Reymond à l'abbaye de Silvacane ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Vibrations" de Jacob Reymond à l'abbaye de Silvacane ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Théâtre, #Europe, #Cinéma, #Epoque contemporaine, #Racines, #Afrique
"Esperanza" d'Aziz Chouaki - mes Hovnatan Avédikian - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Esperanza" d'Aziz Chouaki - mes Hovnatan Avédikian - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

A ma droite Brûleurs, court métrage réalisé par Farid Bentoumi en 2011 et à ma droite Esperanza écrit par Aziz Chouaki en 2013 et mis en scène au Théâtre national de Nice par Hovnatan Avédikian. Les spectateurs qui ont vu les deux œuvres ont d’abord cru à une version pour la scène du court métrage tant les similitudes sont évidentes mais rien dans le programme, dans la note de mise en scène ne laisse paraître une gémellité.

Le synopsis du court métrage Brûleurs nous annonce ce qui suit : Amine, un jeune Algérien, achète un caméscope dans une boutique d’Oran. Il filme des souvenirs de sa ville, de son appartement, et une dernière fois, des images de sa fiancée et de sa mère. Avec Malik, Lotfi, Mohammed et Khalil, ils embarquent sur une barque de fortune pour traverser la Méditerranée. Caméra au poing, Amine filme les traces de leur voyage.

La présentation de la pièce Esperanza nous annonce ceci : Un groupe de migrants s’embarque pour Lampedusa sur un modeste bateau, fuyant leur pays pour une terre nouvelle. À bord de l’Esperanza, ils tentent leur chance au gré de la Méditerranée, du passeur et des garde-côtes. En pleine mer, le groupe reste soudé en dépit des tensions. Chacun révèle ses attentes, ses peurs, ses espoirs fous...

Il n’y a certes rien d’étonnant à trouver des similitudes entre deux histoires de migrants traversant la Méditerranée sur un rafiot ; l’actualité nous le rappelle hélas tristement chaque semaine. Il semble donc normal que le groupe ait ses excès, ses moments de franche rigolade, ses moments de grande tension. Le plus troublant réside dans la construction même de l’histoire, dans ses choix.

Certaines  similitudes de la traversée se retrouvent quasiment à l’identique : les migrants renient leur pays d’origine et brûlent leur passeport, craignent tous les bateaux comme autant de garde-côtes, s’angoissent de la disparition de l’un  d’eux en mer et finissent seuls dans l‘immensité. Quelques éléments en revanche sont traités différemment notamment la présence féminine qui passe de celle qui reste au pays dans le court métrage à celle qui devient passagère clandestine dans la pièce.

Cela n’enlève rien aux qualités intrinsèques des deux œuvres. Le court-métrage donne un aspect réaliste à l’histoire et filme une fiction comme un documentaire. Les comédiens tiennent de bout en bout la pièce sans temps morts grâce à une direction d’acteurs efficace. Mais là encore, dans les deux cas, le même sentiment du « c’eut pu être moi » qui émerge des deux œuvres et des déclarations des créateurs renforce cette impression de déjà vu en adoptant le même parti pris esthétique.

Vous avez dit troublant ? 

"Esperanza" d'Aziz Chouaki - mes Hovnatan Avédikian - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
"Esperanza" d'Aziz Chouaki - mes Hovnatan Avédikian - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Esperanza" d'Aziz Chouaki - mes Hovnatan Avédikian - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Esperanza" d'Aziz Chouaki - mes Hovnatan Avédikian - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Théâtre, #Amour, #Jalousie
"Bella Figura" de Yasmina Reza - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Bella Figura" de Yasmina Reza - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le théâtre de la fin du XVIIIème avait inventé le drame bourgeois, Yasmina Reza nous invente le drame bobo. Cinq personnages  occupent la scène Boris, chef d’entreprise et  Andrea, sa maîtresse d’un côté, Françoise l’amie de sa femme, Eric, son mari et Yvonne sa belle-mère de l’autre. Tous ont eu l’idée de venir diner dans ce restaurant isolé recommandé par la femme de Boris, Andrea le lui reprochant assez.

D’un côté deux personnes souhaitent se retrouver, s’isoler, de l’autre trois personnes fêtent l’anniversaire de Maman et belle Maman. Le nœud du problème est d’une évidence, d’une clarté, d’une simplicité biblique. Que va dire Françoise à Madame ? Que va dire Boris à sa femme ? Le reste n’est que bavardage, c’est bien gentil mais c’est simpliste.

La pièce écrite par Yasmina Reza pour Thomas Ostermeier est aussi mince qu’une feuille de papier bible à la simplicité légendaire, confine parfois à l’indigence. L’écriture est soit attrape-tout soit terriblement cliché : le radotage d’Yvonne, son Alzheimer naissant, la scène de cul dans les chiottes ou les pauses-pipi sur le trône pour choquer le bourgeois, la mare aux grenouilles, le restaurant en plein-air, la maîtresse un peu vulgaire, le mari peu courageux, le fils à maman, etc.

Fort heureusement, la mise en scène de Yasmina Reza est bien plus inspirée que son écriture. Rien de révolutionnaire les scènes d’intérieur et les scènes d’extérieur se succèdent avec un changement à vue dans la pénombre au rythme de vidéo-clips sonores. La scénographie est sobre mais efficace. Les acteurs parfaitement dirigés, sont tout aussi efficaces : Emmanuelle Devos tient la pièce en gentille mégère à apprivoiser, Camille Japy se fait raide comme un piquet, Louis-Do de Lencquesaing incarne le mâle dans toute son horreur, Micha Lescot la victime consentante, Josiane Stoleru est étonnante de vérité en vieille dame radoteuse bourrée de tocs.

La salle se vide un peu, ceux qui restent regardent tranquillement leur montre, ce n’est pas que la soirée soit mauvaise mais ce n’est pas le type de spectacle qui marquera les esprits. Le drame bobo est à la hauteur de ceux qu’il représente : surfait ou factice.

"Bella Figura" de Yasmina Reza - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Bella Figura" de Yasmina Reza - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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