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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Arts plastiques, #arts appliqués, #Enfance, #Adolescence
Cinéla Mercury - Nice - David Lynch  : the Art Life ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéla Mercury - Nice - David Lynch : the Art Life ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Avec David Lynch : The Art Life, Jon Nguyen et Rick Barnes (XVII) dressent un portrait aussi ambigu, aussi surprenant que le cinéaste américain peut l’être. Le format peut déranger : le film retrace la première partie de la vie de David Lynch de sa naissance dans le Montana en 1946 à la réalisation d’Eraserhead (Labyrinth man) en 1976. Le documentaire évite ainsi soigneusement les années fastes de l’auteur et son entrée dans la cour des grands. Il plonge en revanche dans les années de construction de son imaginaire.  

Qui a vu l’exceptionnel Tarnation de Jonathan Caouette en 2003 trouvera a priori cette rétrospective fort sage avec un David Lynch qui narre en voix tantôt off tantôt in son parcours. La linéarité du documentaire déséquilibre un peu le spectateur au départ qui s’attendait à une production plus déconstruite, mélangeant les époques, faisant apparaître différentes strates spatio-temporelles. Mais non ! Le film suit sa ligne chronologique, poursuit David Lynch du Montana à l’Idaho puis sur la côte Est avant la grande épopée de la côte Ouest, hybride les images d’archives avec le travail actuel de David Lynch dans son atelier en présence de sa fille.

Il se trouve que l’intérêt du film est ailleurs. Le film se construit comme un véritable jeu de piste dont le centre de production n’est autre que l’atelier de l’artiste lui-même. Que nous donne à voir cet atelier ? Un triptyque de Jérôme Bosch au mur, des œuvres tripartites de David Lynch qui entrent souvent en écho avec  ledit triptyque. Et surtout David Lynch au travail, David Lynch dans la conception de ses œuvres plastiques, premières concrétisations de l’univers en élaboration tout droit sorti de son imaginaire. Et le David Lynch rétif à l’école, rétif aux devoirs, rétif à la discipline, rétif aux cadres, rétif à tout ce qui peut brimer son imaginaire, sa créativité prend ici tout son sens.

Toute allusion prend corps dans ce documentaire comme tout objet fait sens dans les films de David Lynch : ils sont autant d’indices, de clés pour pénétrer dans l’histoire, pas forcément la comprendre mais y pénétrer. L’atelier d’abord, lieu refuge d’un artiste qui à l’évidence ne se sent pas à l’aise en extérieur. L’atelier est au centre des préoccupations de l’artiste comme lieu d’isolement et de réflexion à l’instar de ses grandes écuries abandonnées de l’école californienne qui verront la naissance d’Eraserhead (Labyrinth man).

Mais ce ne sont pas les seuls indices du documentaire. Le film jonche toute la linéarité du récit d’indices qui évoquent  immédiatement les films cultes à venir. David Lynch est souvent filmé plongé dans ses méditations comme la plupart de ses personnages futurs. Il est nimbé de la fumée de cigarette comme les brumes d’Elephant Man, il parle dans un micro ancien et chacun s’attend à un moment à le voir entonner Blue Velvet. Ses constructions plastiques, ses modelages évoquent Dune.  En fait toute la construction repose sur les objets, les indices qu’il faut savoir repérer comme dans Mulholland Drive ou Inland Empire.

En un mot, si le film paraît linéaire il n’est jamais loin de Lost Highway.

 

 

« David Lynch : The Art Life » -  Documentaire, Biopic de Jon Nguyen, Rick Barnes (XVII) avec David Lynch – États-Unis - Date de sortie 15 février 2017 – Durée : 1h 30min

Cinéla Mercury - Nice - David Lynch  : the Art Life ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCinéla Mercury - Nice - David Lynch  : the Art Life ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéla Mercury - Nice - David Lynch : the Art Life ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Europe, #Enfance, #Violence, #Bad boys
Cinéma Rialto - Nice - "De SAS en SAS" - Rachida Brakni ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Rialto - Nice - "De SAS en SAS" - Rachida Brakni ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le film débute dans un appartement se poursuit dans une voiture et il faut en profiter. Déjà les trains filent à plus ou moins grande vitesse, la voiture aussi, les lignes électriques partent vers un horizon lointain puis sont découpées par la prise de vue. Arrivée à Fleury-Mérogis sous une chaleur accablante, fin des grands espaces qui se sont déjà révélés fort minces et début de ces parcours brisés que les lignes électriques nous ont symboliquement fait entrevoir. 

Une dizaine de femmes, une petite fille et un seul homme prennent leur mal en patience pour accéder aux trente minutes de parloir réglementaires. Ils viennent voir qui un frère, qui un fils, qui un mari ; certains autres viennent voir quelqu’un sans que le spectateur n’en sache plus car l’essentiel du propos du film est ailleurs.  Ils sont de différentes origines, certains se connaissent de la cité, d’autres de la prison. Parmi eux se trouvent une novice, dont la simple apparence tranche avec les autres, et ceux qui ont suivi par le menu l’affaire d’Outreau se remémorent immédiatement Christine Martel, la femme du chauffeur du taxi qui pendant des années viendra régulièrement soutenir son mari.

Ils sont libres et pourtant ils sont enfermés : ils ne sont pas libres de leurs mouvements, pas libres de leur temps, pas libres de choisir, ils sont sous la loi des matons, régis par les codes de la prison, par son rythme, par ses mesures de sécurité. Et dans ce milieu contraint, Rachida Brakni alterne les scènes intimes et les scènes de groupe, filme les tensions générées par ces dynamiques de groupe particulières où les fous-rires, les règlements de compte de quartier, la solidarité, les règlements de compte familiaux se succèdent sans ordre logique visible.  

Le film de Rachida Brakni emprunte beaucoup au théâtre. Il convoque l’imaginaire de la petite fille qui se personnifie dans une sorte de père fantasmé lui venant régulièrement en aide. Le film fait indéniablement penser à Huis-Clos de Jean-Paul Sartre. Si les purs cinéphiles jugeront sans doute le film trop théâtral, les amateurs de théâtre y retrouveront certaines références et se remémoreront la tirade de Garcin : Alors c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : L’enfer c’est les Autres. S’ils la connaissaient, les personnages du film pourraient presque se sentir soulagés que la réplique d’Inès n’ait pas de sens ici : Morte ! Morte ! Morte ! Ni le couteau, ni le poison, ni la corde. C’est déjà fait comprends-tu ? Et nous sommes ensemble pour toujours.

 

« De Sas en sas » - Drame de Rachida Brakni avec Samira Brahmia, Zita Hanrot, Fabienne Babe – France - Date de sortie : 22 février 2017 – Durée : 1h 22min

Cinéma Rialto - Nice - "De SAS en SAS" - Rachida Brakni ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCinéma Rialto - Nice - "De SAS en SAS" - Rachida Brakni ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Rialto - Nice - "De SAS en SAS" - Rachida Brakni ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #cinéma, #Europe, #Extrême orient, #Amour
Noces de Staphan Streker - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Noces de Staphan Streker - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Visiblement la littérature ne nous aide pas, habituée qu’elle est à accoler au mot Noces (sauf chez Albert Camus) autant d’adjectifs destructeurs. Le spectateur pour peu qu’il décode rapidement saura dès les premières images voire dès le générique comment le film évoluera. Il en discerne déjà la chute sans que curieusement cela ne lui gâche son plaisir pendant le film, oubliant ou feignant d’oublier les alertes et inserts  de début de film.

Noces est un film belge qui relate les péripéties familiales et amoureuses de la famille pakistanaise Kazim de Wallonie. Père et fils commerçants, habitat en quartier populaire, fille ainée mariée, filles cadettes à l’école.  Les premières images comme tout le film reposent sur les épaules de Lina El Arabi (Zahira Kazim). La caméra la filmera souvent en gros plan sur sa tête volontaire mettant en avant sa symétrie parfaite jusqu’à la moindre petite aspérité sur le nez, parfaitement centrée. Lorsqu’elle n’est pas filmée en gros plan, la caméra la suit en traveling notamment dans les couloirs du lycées qui ne sont pas sans rappeler Elephant de Gus van Sant.

Le ton est donné dès les premières images : Zahira est lycéenne et vient se renseigner pour une interruption volontaire de grossesse à 3.50 €. Elle est, comme la famille Kazim, un écheveau d’ambivalences. Elle se voile légèrement, consulte pour une interruption volontaire de grossesse, est prête à se marier pour conserver l’enfant, sort en boîte en catimini, fait ses prières et déclare que « la tradition c’est aussi bien utile pour dire non ». Le film aurait pu s’appeler Zahira tant son personnage occupe le temps, l’espace et l’écran.

La famille est tout aussi ambivalente : plutôt libérale dans le discours, plus conservatrice dans le rapport aux autres, plutôt mariage traditionnel avec un Pakistanais mais via Skype pour choisir le promis. La famille est connectée au Pakistan via Skype mais ses amis depuis l’origine sont des autochtones (André et sa fille Aurore incarnés par Olivier Gourmet et Alice de Lencquesaing).  Amir, le fils unique (Sébastien Houbani) est à la fois le gardien de la réputation et le confident.  Certaines choses se discutent dans la famille et certaines autres non. Même la langue parlée dans l’intimité du foyer est un mélange de français et de pakistanais.

Le film joue de ces ambivalences familiales en adoptant un ton tour à tour dramatique, enjoué, mortifère et comique. L’enfermement et le repli sur soi ne sont jamais bien loin, la liberté et l’évasion non plus. Le spectateur se trouve plongé dans cette arène de passions contraires et se surprend à prendre parti à chaque situation. Noces sonne juste, se tient parfois à une situation convenue pour mieux s’en affranchir ou part de situations incongrues pour mieux ramener l’ordre traditionnel des choses. Noces est une histoire d’aujourd’hui, de notre cité, de nos quartiers.

Pour en être convaincus, invitez-vous aux Noces !

 

« Noces » - Drame de Stephan Streker avec Lina El Arabi, Sébastien Houbani, Babak Karimi - Belge, Luxembourg, Pakistan, France - Date de sortie : 22 février 2017 - Durée : 1h 38min

Noces de Staphan Streker - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNoces de Staphan Streker - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Noces de Staphan Streker - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Enfance, #Adolescence
Auditorium Rainier III - Conert au profit de Special Olympics Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Auditorium Rainier III - Conert au profit de Special Olympics Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Depuis maintenant 36 ans, l’Association Special Olympics de Monaco organise des activités sportives pour les jeunes souffrant d’un handicap mental et participe à différentes compétitions dont les Special Olympics qui se tiendront dans leur version hivernale en Autriche en mars 2017. Depuis 2012, Son Altesse Sérénissime, la Princesse Charlène de Monaco en assure la Présidence d'Honneur.

Afin de soutenir ses activités, l’Association Special Olympics de Monaco a reçu le précieux concours de l’orchestre philharmonique de Monaco entre deux services de répétition de Tannhäuser de Richard Wagner, du chef d’orchestre Philippe Bender et du pianiste François-René Duchâble. Mireille Calmes, présidente de l’association, visiblement fort émue de ces prestigieux concours, s’en est même embrouillée dans son discours insistant sur l’essentiel : merci à tous !  

Qu’ils soient venus par amitié, pour la bonne cause, pour manifester un soutien ou tout bonnement pour la musique, les spectateurs de ce concert exceptionnel n’ont évidemment rien regretté.  L’alléchant programme comprenait le Concerto pour piano n°1 de Franz Liszt, le Konzerstück en fa mineur de Carl Maria von Weber et les Préludes, poème symphonique n°3 d’après Alphonse de Lamartine de Franz Liszt.

Comme à leur habitude, Philippe Bender a préféré enchainer les œuvres sans entracte et François-René Duchâble a présenté chaque pièce ainsi qu’il le fait désormais dans toutes ses interventions. Les deux hommes se connaissent, s’apprécient et se complètent. Philippe Bender dirige parfaitement un orchestre  visiblement ravi et François-René Duchâble est toujours aussi virtuose alliant force de l’interprétation et finesse du toucher ainsi que cette déconctraction légendaire qu’il affiche maintenant en permanence.

 N’écoutant que son cœur, François-René Duchâble visiblement peu fatigué par l’exécution de ces deux œuvres majeures, s’est lancé en bis dans la troisième consolation de Franz Liszt… Une pure merveille de méditation qui a plongé la salle dans une écoute d’une extrême qualité. A peine remis de ces émotions, le public était de nouveau invité au voyage avec  les Préludes, poème symphonique n°3 d’après Alphonse de Lamartine de Franz Liszt qui clôturait en beauté (et non en fanfare) un concert de grande qualité pour la bonne cause.

François-René Duchâble - Philippe Bender - Orchestre philharmonique de Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com François-René Duchâble - Philippe Bender - Orchestre philharmonique de Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

François-René Duchâble - Philippe Bender - Orchestre philharmonique de Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord, #Enfance, #Adolescence, #Urbanisme, #Violence, #Amour
"Moonlight" - Barry Jenkins - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Moonlight" - Barry Jenkins - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Comment parler d’un film sur les non-dits, les tabous, les frustrations qui apparaissent dans la construction du récit sans en déflorer les effets ? L’exercice se révèle  particulièrement délicat. Moonlight est une torture de présentation.

Ils s’appellent tour à tour Little, Chiron et Black et Barry Jenkins filme cette vie à trois temps : le temps de l’enfance, le temps de l’adolescence et la maturité. Moonlight suit le parcours de cet afro-américain des ghettos de Floride, sans père avec une mère en souffrance.  Quel que soit le surnom, le personnage est le même et il se pose à la fois en continuité et en rupture par rapport à son état antérieur. Moonlight est l’histoire d’une métamorphose.

Moonlight met en avant la question de la rencontre et des choix de l’existence. Little n’a pas de père mais il a Juan, le truand pédagogue, il n’a pas de mère mais il a l’amour de Paula qui le suivra à l’adolescence et au-delà. Chiron a un ami Kevin mais être souffre-douleur expose l’amitié à bien des dangers. Moonlight est une réflexion sur la place de l’individu dans le groupe.

Ghetto, afro-américain, absence du père, dealer, mère toxicomane, quel bel ensemble de poncifs et autres clichés cela aurait pu faire sauf que Barry Jenkins suit tous les codes du genre pour mieux jouer sa petite musique sur une partition personnelle qu’il nous dévoile lentement.  Moonlight manie beaucoup l’ellipse et joue beaucoup sur les non-dits. Moonlight est un film sur la patiente construction de la personnalité.

Moonlight est très sonore, Moonlight est souvent violent, Moonlight joue sur les tensions et les codes d’éducation en milieu hostile. Barry Jenkins instille énormément de tendresse en contrepoint. Little cherche la tendresse de Paula, Chiron cherche sa tendresse comme tous les adolescents mais quelle tendresse manque t-il à Black à l’âge adulte ?

Barry Jenkins dévoilera quelques pistes en fin de film mais se gardera bien d’en dire trop… comme ses personnages du reste.

 

« Moonlight » - Drame de Barry Jenkins avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes – États-Unis - Date de sortie : 1 février 2017 - Durée : 1h 51min

Cinéma Rialto - Nice Cinéma Rialto - Nice

Cinéma Rialto - Nice

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord, #Epoque contemporaine, #Amour, #Politique
"Loving" - Jeff Nichols - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Loving" - Jeff Nichols - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Loving n’est pas une histoire d’amour ! Loving c’est l’Histoire d’Amour de Mildred et Richard Loving. D’entrée, le spectateur plonge dans la mise en abyme : ceux qui s’aiment s’appellent amour. Mildred et Richard Loving s’aiment, ils décident de se marier mais dans l’état voisin car en 1958 les mariages mixtes ne sont pas autorisés en Virginie. En se réinstallant en Virginie, ils deviennent hors- la-loi. Loving suit alors leur exil puis leur combat jusqu’à la cour suprême.

Dans ce type de film tiré de surcroît d’une histoire réelle, le risque du cliché n’est jamais bien loin : les méchants sont facilement moches, les bons fortement auréolés, le mouchoir est à proximité, les acteurs plus vrais que les modèles et les grands espaces omniprésents. D’autant plus dangereux que Jeff Nichols filme les grands espaces, les méchants, les héros d’un jour qui sont une copie quasi conforme des originaux et l’injustice criante.

L’intérêt du film réside donc non dans la négation de ces clichés mais dans leur traitement en finesse et Jeff Nichols se complait à jouer avec eux. Le couple Joel Edgerton et  Ruth Negga est mimétique du couple Mildred et Richard Loving, il accentue alors leur côté héros malgré eux. « Dites au juge que j’aime ma femme » dit Richard Loving aux avocats chargés d’aller porter la parole devant la cour suprême. C’est simple, vain mais montre bien l’écart entre ses préoccupations et les enjeux qui le dépassent. Les héros sont filmés dans leur simple humanité, dans leur quotidien de gens frustes, taiseux, qui ne demandent rien d’autres que de vivre ensemble.

La froideur des personnages des méchants permet d’éviter  le piège des méchants très moches : le shérif comme le juge appliquent la loi. Il n’est pas dans leurs attributions de shérif ou de juge de porter un jugement sur la légitimité : ils appliquent en toute légalité. Pas de cris, pas de sadisme, pas de Ku-Klux-Klan, la loi toute la loi, rien que la loi aussi imbécile soit-elle. Cela ne rend pas les méchants plus sympathiques mais cela leur laisse leur simple humanité. Eux aussi sont filmés dans leur quotidien de petite lâcheté, de gens qui ne prennent pas parti.

Et puis il y a la patte Jeff Nichols : le film fait écho à Take Shelter dans son traitement de l’angoisse. A plusieurs reprises, la tension monte, une voiture suit Richard Loving, une voiture arrive en trombe dans la propriété reculée des Loving, le chef de famille fait rentrer précipitamment les siens dans la maison, s’arme, puis rien, la tension retombe. Le spectateur retrouve la sensation qui animait Curtis LaForche dans Take Shelter : l’angoisse. Sauf que Curtis LaForche s’angoissait de cyclones potentiels alors que Richard Loving s’angoisse de la folie des hommes potentiellement bien plus meurtrière.

 

« Loving » - Drame et Romance de Jeff Nichols avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas – États-Unis, Royaume-Uni - Date de sortie : 15 février 2017 – Durée : 2h 03min

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Amérique du Nord, #Violence, #mort
"Jackie" - Film de pablo larrain - Cinéma Rialto - Nice  ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Jackie" - Film de pablo larrain - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Evidemment, lorsqu’est prononcé le prénom de Jackie, chacun consciemment ou inconsciemment rajoute Bouvier, Kennedy ou Onassis. Les plus fervents défenseurs de Pablo Larrain ont sans doute pensé à la crise de la quarantaine lorsqu’ils ont vu le titre du nouveau film : Jackie. Ils avaient sans doute oublié que Pablo Larrain a l’art du détour : du Chili de Pinochet qu’il a longtemps sondé, la dictature est vue tantôt d’une morgue (Santiago 73, post mortem), d’une émission de sosie (Tony Manero) ou d’une agence de communication (No).

La communication politique, celle qui nous fait penser immédiatement à Kennedy lorsqu’est prononcé le prénom de Jackie, voila l’angle d’attaque de Pablo Larrain. Jackie poursuit la réflexion déjà engagée dans No. Jamais dans ce film ne seront prononcés les noms Bouvier ou Onassis, nulle photo de mariage non plus, pas davantage d’épanchement sur les amours de John Fitzgerald avec Marilyn mais un jeu de miroirs constant entre la réalité et le virtuel, entre la sincérité et l’artificiel, entre le dit, le non-dit et le « pas à dire », entre images d’archives et images de fiction, entre couleurs et noir et blanc.

Jackie se polarise sur quelques années de la vie d’une femme, de part et d’autre de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 24 novembre 1963. Jackie décortique toute la communication politique des années de gloire (la Maison blanche) aux années de drame (l’assassinat et les obsèques). Le film met également en avant la dualité du personnage de Jackie : personne souvent entièrement phagocytée par son personnage, véritable objet médiatique et quelquefois femme soulageant sa peine soit auprès d’un journaliste mais la communicante revient en force soit auprès de son confesseur.

Et à ce jeu là, Natalie Portman excelle. Elle est quasiment de tous les plans et campe une Jackie Kennedy souvent  en représentation, plus rarement en intimité, cette Jackie Kennedy complexe, déséquilibrée en permanence par sa dualité. Mais la virtuosité de Pablo Larrain passe aussi par l’hybridation des images qui donne au film sa raison d’être. En reprenant des images d’archives pour la télévision en noir et blanc, Pablo Larrain y adjoint des images fictionnelles en couleur dans un cadre plus large montrant le reportage en train de se faire. La mise en abyme est réussie : l’objet de communication politique est décortiqué simplement par ce procédé purement cinématographique.

Etait-il possible de se passer de la scène de l’assassinat ? Difficilement car tout le monde garde en mémoire le réflexe, l’instinct de survie de Jackie à Dallas après la première balle : elle tente une sortie par l’arrière de la voiture où elle est protégée par un garde du corps. Comment éviter cet événement qui ne dure que quelques secondes mais qui est un élément clé pour comprendre la complexité du personnage, ses réflexes, son recentrage permanent, sa réadaptation à toute situation nouvelle.

Le ton du film n’est pas nouveau : Jackie reprend le thème de la communication politique largement abordé dans No, reprend la dualité des personnages de Santiago73, post mortem, reprend l’hybridation des images de Tony Manero, reprend une interrogation fréquente de Pablo Larrain : jusqu’à quel point croire en ses rêves ? Jusqu’à quelles limites acceptables sont-ils réalisables ? De ce point de vue, Jackie n’est pas un film lénifiant, Jackie n’est surtout pas un biopic, Jackie est une étude de cas sur les rapports complexes de la vanité et la communication politique. Belle démonstration !

 

 

« Jackie » – Drame  de Pablo Larraín avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig – États-Unis - Date de sortie : 1er février 2017 – Durée : 1h 40min

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Patrimoine, #Amérique du Nord
Monaco - Les Mardis du Cinéma - Archives audiovisuelles de Monaco - "Le Faux Coupable" d'Alfred Hitchcock ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Monaco - Les Mardis du Cinéma - Archives audiovisuelles de Monaco - "Le Faux Coupable" d'Alfred Hitchcock ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Sorti en 1956, le Faux Coupable d’Alfred Hitchcock s’inspire d’un événement réel popularisé par Life magazine le 29 juin 1953 : le drame familial de la famille Balestrero se retrouvant du jour au lendemain au centre d’un imbroglio juridique, le chef de famille étant accusé, confondu, arrêté, jugé d’une série de hold-up sans qu’il puisse prouver son innocence.

Le Faux Coupable d’Alfred Hitchcock fut un échec commercial et d’ailleurs il se fait rare sur les écrans. Est-ce le fait que les jeux sont faits dès le titre que rien ne va plus ? Alfred Hitchcock semble tuer le suspens lui-même en ôtant d’entrée tout doute. Pire ! La recherche même du caméo (apparition fugace dans un récit d'un acteur, d'une actrice, du réalisateur ou d'une personnalité, déjà célèbre) est vaine car Alfred Hitchcock apparaît d’entrée de jeu  en plongée et s’adresse au spectateur.

L’essentiel est ailleurs car ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le maître du suspens prend à contrepied ses plus fervents partisans : tout le mode connaît l’identité de Frenzy mais chacun espère secrètement qu’il se fasse pincer, nul ne doute de l’innocence de  Barry Kane dans Cinquième Colonne et pourtant le film fonctionne et n’est pas un échec. La distribution ne l’explique pas davantage : Henry Fonda est magnifique en Christopher Emmanuel Manny Balestrero à la fois accablé et battant. Vera Miles (Hallie Stoddard dans L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford) n’hérite pas du rôle le plus facile en femme d’abord combattive puis entièrement dépressive.

Revoir Le Faux Coupable sur grand écran permet de se remémorer et d’analyser les ficelles hitchcockiennes de construction du suspens : à voir le nombre de sur-cadrages sur Henry Fonda, le spectateur se dit que la partie est loin  d’être gagnée. A voir le nombre de séparations dans le film entre Henry Fonda et Vera Miles, le spectateur se doute que le drame dans le couple n’est pas loin. Le cinéphile est frappé des similitudes dans certains plans avec Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson sorti la même année : même manière de filmer l’enfermement, même manière de filmer en gros plans les éléments de la cellule et de faire  le lien entre les détails de la cellule et la prisonnier comme s’ils ne faisaient qu’un.

Dans la filmographie d’Alfred Hitchcock le Faux Coupable est souvent l’oublié. Le public présent se soir là au théâtre des Variétés représente  en tout cas le faux coupable de son oubli.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Amérique latine, #Patrimoine
Concert de Tango - Théâtre des Variétés - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Concert de Tango - Théâtre des Variétés - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L’une, Yvonne Hahn, enseigne le bandonéon au Conservatoire à rayonnement régional d’Avignon, l’autre, Christiane Bonnay, enseigne l’accordéon et anime l’atelier tango à l’académie Rainier III de Monaco. Malgré la distance elles se sont retrouvées avec leurs institutions respectives dans une master-class les 10 et 11 février 2017 pour une vingtaine d’élèves tous instrumentistes et profilés Tango. Ces heureux élus ont pu ainsi rencontrer Juan-Jose Mosalini et Cyril Garac. Présentation.

Juan-Jose Mosalini , issu d’une famille d'artisans amateurs de musique, devient professionnel à l'âge 17 ans. S’il travaille jusqu'en 1976 avec les plus grands orchestres et solistes d'Argentine, c’est en France et notamment à Paris qu’il s’installe en 1977. Il collabore avec Gustavo Beytelmann, Enzo Gieco, Patrice Caratini et crée, en 1999, le premier cours de bandonéon en Europe au conservatoire de Gennevilliers. Le parcours de Cyril Garac est tout autre. Né à Cannes, il fréquente le Conservatoire de Grasse puis le Conservatoire national régional de Nice avant de poursuivre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il obtient un Premier prix à l’unanimité de violon et de musique de chambre dans les classes d’Alain Moglia et de Christian Ivaldi. Son ouverture à d’autres musiques le conduit au tango. Depuis, il se produit régulièrement avec Gustavo Beytelmann, Juan José Mosalini ou Julia Migènes.

Afin de mettre immédiatement en pratique tous les conseils et enseignements prodigués lors de ces deux jours intensifs, stagiaires, enseignants et intervenants se sont tous retrouvés sur la scène du Théâtre des Variétés de Monaco le samedi 11 février pour  une prestation devant un parterre de curieux. Afin que tous connaissent un peu plus que les  warholiennes  « 15 minutes of fame » (15 minutes de gloire), l’ensemble du plateau s’est constamment renouvelé dans un grand ballet d’instrumentistes qui, outre la musique, avaient visiblement appris à entrer et à sortir, à se croiser le plus professionnellement du monde.

Pendant un peu plus d’une heure, l’ensemble nous a fait voyager au pays du tango et de la milonga en interprétant des œuvres d’Astor Piazzola (Melancolico Buenos Aires), des œuvres arrangées de Gustavo Beytelmann (Diferente  avec arrangement de Gotan Projekt  ou Milonga sentimentale avec arrangement de Francisco Canaro), d’Anibal Troilo (Buenos Aires-Tokio), d’Eduardo Rovira (Febril), d’Horacio Salgan (Gallo Ciego), d’Enrique Mario Francini (Tanguera), d’Osvaldo Ruggiero (Bordoneo y 900) ou d’Osvaldo Pugliese (Morena)… une salutaire diversité.

Et plutôt que de s’abrutir devant un navrant spectacle médiatique tel que la télévision sait nous les concocter le samedi soir, plutôt que de chercher le premier voyage mal organisé pour l’Argentine,  plutôt que de râler à longueur de réseaux sociaux sur le nivellement par le bas, un petit tour musical en Amérique latine concocté par une jeunesse avide d’apprendre encore et encore pour mieux nous faire partager son plaisir était le plus sûr moyen de passer une bonne soirée.

Concert de Tango - Théâtre des Variétés - Monaco Christiane Bonnay - Juan-Jose Mosalini - Yvette Hahn - Cyril Garac et les élèves ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comConcert de Tango - Théâtre des Variétés - Monaco Christiane Bonnay - Juan-Jose Mosalini - Yvette Hahn - Cyril Garac et les élèves ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Concert de Tango - Théâtre des Variétés - Monaco Christiane Bonnay - Juan-Jose Mosalini - Yvette Hahn - Cyril Garac et les élèves ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comConcert de Tango - Théâtre des Variétés - Monaco Christiane Bonnay - Juan-Jose Mosalini - Yvette Hahn - Cyril Garac et les élèves ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Concert de Tango - Théâtre des Variétés - Monaco Christiane Bonnay - Juan-Jose Mosalini - Yvette Hahn - Cyril Garac et les élèves ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Opéra, #baroque, #Littérature, #Patrimoine, #Mythe, #Musique
Opéra de Monte-Carlo - La Cenerentola - Cecilia Bartoli et les Musiciens du Prince ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Ce fut l’événement de l’année 2016 : la création de l’ensemble baroque Les Musiciens du Prince en Principauté de Monaco sur une proposition de Cecilia Bartoli en collaboration avec l’Opéra de Monte-Carlo, concept immédiatement soutenu par  S.A.S. le Prince Albert II et de S.A.R. la Princesse de Hanovre. La famille princière assistait d’ailleurs au concert inaugural (Haendel) du 8 juillet 2016 dans la Cour d’Honneur du Palais.

Renouer avec la tradition des musiques de cour des grandes dynasties royales et princières européennes des XVIIème et XVIIIème siècles sur un territoire singulier comme le territoire de la Principauté était effectivement une proposition originale par son anachronisme en ces temps où les orchestres sont plutôt mis à mal et par l’implication de la famille princière dans le développement des arts en Principauté.

Cecilia Bartoli annonçait également vouloir faire découvrir au public  des œuvres très peu voire jamais jouées ou interprétées. C’est effectivement une des principales qualités de Cecilia Bartoli de « désarchiver » des œuvres tombées dans l’oubli depuis des temps immémoriaux. Sa redécouverte de Niobe, regina di Tebe, opéra en trois actes d'Agostino Steffani est encore ancrée dans certaines mémoires.   

Bref, chacun ne pouvait que se réjouir d’entendre un ensemble baroque venant compléter la gamme des propositions musicales de la Principauté  déjà richement dotées avec l’Opéra, l’Orchestre philharmonique et le printemps des Arts. Par ailleurs, cette formation numériquement plus réduite pouvait se produire en différents points de la Principauté notamment à la salle Garnier qui offrait un écrin idéal. Enfin, le fait de redécouvrir, recréer, réinterpréter des œuvres oubliées, perdues, abandonnées faisait également écho avec la tradition de création des œuvres à Monaco.

Quelle ne fut donc pas la surprise de certains esprits chagrins à l’annonce de la volonté de Cecilia Bartoli de célébrer le bicentenaire de la création de La Cenerentola de Gioachino Rossini, œuvre effectivement fort peu connue, fort peu jouée, fort peu interprétée, avec un ensemble baroque venant empiéter sur le répertoire de l’orchestre philharmonique dans la très intime Salle des Princes du Grimaldi Forum, ses 1800 places et son plateau de 700 m2.  Annoncée en version de concert, La Cenerentola était au final ni tout à fait de concert ni tout à fait mise en scène non plus.

Perdus dans un public entièrement ceciliâtre ou bartophile lui réservant une ovation en fin de concert, quelques grincheux faisaient la moue, l’ennui les ayant rapidement gagnés. Le plateau n’est certes pas en cause réunissant des artistes rompus au répertoire rossinien : Sen Guo et Irène Friedli, membres de la troupe de l’Opéra de Zurich chantent  respectivement les rôles de Clorinda et de Tisbe, Carlos Chausson maîtrise parfaitement le rôle de Don Magnifico qu’il a l’habitude de chanter, Alessandro Corbelli  même malade vient à bout de sa performance en Dandini, Ugo Guagliardo et ses ailes chantent… Alidoro. Edgardo Rocha en Prince est une assez agréable découverte. Cecilia Bartoli renoue avec le rôle même si, dans une telle salle, les aigus se perdent facilement. Le chœur planté sur son estrade module ses interventions par rapport à ses prestations habituelles avec l’orchestre philharmonique.

Emmenés par Gianluca Capuano, les Musiciens du Prince forment certes une très bonne formation musicale mais le lieu est-il réellement adapté à ce type de formation ? Comme le chœur, l’orchestre ne couvre pas les voix mais finit certaines fois malgré toutes les qualités de chacun de ses interprètes par se perdre dans l’immensité. Enfin, la version ni-ni (ni de concert, ni mise en scène) offre un curieux mélange. Mis en espace par Claudia Blersch, les comédiens entrent à cour, sortent à jardin, et la régularité de leurs entrées et sorties est contrebalancée par des costumes fabuleux qui  fonctionnent à merveille sur un public peu interrogatif de la nécessité de partis pris de mise en scène. Or dans une œuvre aussi théâtrale que la Cenerentola de Gioachino Rossini qui puise à la fois chez Charles Perrault pour le conte et chez Marivaux pour l’inversion des personnages et des valeurs, ce ne sont pas trois perruques et six robes aussi délirantes soient-elles qui peuvent combler le vide. Le spectacle tient ainsi davantage de la musicale en costumes.

Cependant, La Cenerentola de Gioachino Rossini allie plusieurs qualités : elle est visuelle donc elle plaît à un très large public, elle est portée par la très médiatique Cecilia Bartoli, l’œuvre est connue ou du moins renvoie à notre enfance. Le spectacle est déjà destiné à tourner dans nombre de pays européens à l’exception notoire de l’Italie. C’est un joli outil de communication, très efficace pour poser les Musiciens du Prince dans  le panorama musical européen et pour assurer la promotion de la Principauté. Reste à espérer entendre l’an prochain, les Musiciens du Prince dans un répertoire baroque faisant sortir de l’ombre une partition oubliée dans un lieu plus en adéquation avec leur objet… comme il était écrit.  

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