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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Opéra, #Musique
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Quasiment jamais donné dans les saisons d’opéra, Le Joueur de Sergueï Prokofiev sur un livret du compositeur d’après le roman de Fédor Dostoïevski fait une première très remarquée à l’opéra de Monte-Carlo. Ironie de l’histoire, cette histoire de ruines personnelles en cascade est l’occasion de célébrer le 150ème anniversaire de la première représentation lyrique au Casino de Monte-Carlo, clin d’œil à sa création au Théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles le 29 avril 1929, six mois avant le double krach boursier de 1929 à New-York. Bel esprit d’à-propos !

Mettre en scène cet opéra en quatre actes et six scènes pourrait relever de la gageure car il se déroule en différents endroits de Roulettenbourg, ville d’eau imaginaire d’Allemagne. Le metteur en scène et directeur de l’opéra de Monte-Carlo, Jean-Louis Grinda a confié à Rudy Sabounghi une scénographie en trois parties : un atrium de casino avec une impression de salle de jeu en fond de scène pour la première partie et une immense roulette envahissant le plateau comme l’accoutumance au jeu envahit les esprits des protagonistes pour la seconde partie. Ces deux espaces sont habilement complétées par une scénographie mobile qui descend des cintres et qui représentent tantôt les lieux miséreux de la ruine, tantôt les lieux interlopes de l’endettement. L’ensemble est animé par la création lumière efficace de Laurent Castaingt.

Dans la fosse, Mikhaïl Tatarnikov dirige l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo qui doit dompter cette musique expressionniste , avec ses dissonances, ses éclats, et sa montée en puissance notamment dans le paroxystique délire croissant du joueur invétéré qui fait sauter le banque.

Le plateau, très équilibré se meut dans ce décor. Bien dirigés par le metteur en scène, les différents chanteurs occupent l’espace. Vêtus de costumes d’époque réalisés par Jorge Jara, ils marquent sans doute trop une période historique alors que Le Joueur décrit un phénomène intemporel : l’addiction au jeu. L’ensemble du plateau est vocalement en forme, les voix se confrontent, se répondent, s’affrontent. Micha Didyk en Alexeï et Oksana Dyka en Polina se font néanmoins souffler la vedette par les deux basses Dmitri Oulianov qui chante un général très en forme et Alexander Teliga en directeur du casino. Mais les deux basses sont à leur tour terrassées par Ewa Podles ; en Baboulenka, elle vient bouleverser ce plateau qui, au propre comme au figuré, avait déjà tiré ses plans sur la comète.

Les spectateurs quittent cette représentation ébouriffante qui s’achève dans un cataclysme financier en regardant d’un air contrit les joueurs dans l’atrium qui sortent de la salle de jeu … la vraie.

Monaco - Place du Casino ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Place du Casino ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Place du Casino ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Danse, #Musique, #Théâtre, #Vieillesse
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Cela démarre comme une gigantesque plaisanterie belge, variation d’un gag déjà vu mais qui fonctionne toujours. Sur une symphonie enregistrée un homme plus très jeune attend instrument à la main le moment où il doit placer son coup de cymbales. En 1992 déjà, dans le court métrage Le Batteur du Boléro, Patrice Leconte suivait le long moment de solitude de Jacques Villeret attendant son heure d’entrer en scène dans le Boléro de Maurice Ravel. De la même manière, dans Sound of Noise des Suédois Ola Simonsson et Johannes Stjarne Nilsson, le batteur scrutait sa partition désespérément vide de la Symphonie n° 94 la Surprise de Joseph Haydn, attendant le coup de timbale fatidique.

La nouveauté ici réside dans la manière dont le personnage se joue du temps qui passe. Il avance la symphonie, rate l’entrée, revient en arrière puis le moment venu, corps tendu, il exécute LE coup précis. La précision et le temps qui passe seront effectivement deux des moteurs du spectacle. Le personnage essaiera pendant toute la durée du spectacle de mettre la mort à distance, de retenir le temps, de reculer le moment du passage de témoin car chacun l’aura compris, l’argument du spectacle est ténu : dans une fanfare municipale un vieux musicien malade passe le relai à son successeur désigné.

Petit à petit, la scène s’anime : entrent tout d’abord quatre comédiens puis sept musiciens issus d’une célèbre fanfare flamande bientôt accompagné d’autres musiciens dont il apparait, à mesure que le spectacle avance, qu’ils forment la pièce rapportée. Ce sont en effet des musiciens locaux, grands amateurs qui ont rejoint la petite troupe. La scène se fait alors salle de répétition, salle de rencontres, salle de réunion et le spectacle diffère donc d’une ville à l’autre en fonction des musiciens rapportés.

Cuivre, bois et percussions de cette fanfare rappellent bien évidemment les fanfares des désormais Hauts de France ou de Belgique. Le spectacle démarre comme le film Le Grand'Tour de Jérôme le Maire (sous-titré un very belge trip), lorgne du côté de P’tit Quinquin de Bruno Dumont dans ses parties déjantées avant d’en revenir au bout d’une heure à ses fondamentaux chorégraphiques lors d’un Jouez, sinon on est perdus lancé par le plus vieux des musiciens qui nous ramène immédiatement au Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus de Pina Bausch.

Et la danse au final servira de transmission entre la jeune génération et la nouvelle. Les amateurs de ballets qui s’estimaient jusque là floués deviennent comme au moment d’un décollage écrasés dans leur fauteuil : Wim Opbrouck et Hendrik Lebon exécutent dans la dernière partie de l’œuvre un monumental numéro de transmission chorégraphique à couper le souffle rattrapant en moins d’une demi-heure de portée, de tensions, de mouvements, de poids du corps, de glissements, tout ce que le spectacle n’avait chorégraphiquement pas dit jusqu’alors.

Ce spectacle des ballets C de la B accompagné musicalement par le KMV De Leiezonen monte en tension minute par minute. Outre la performance chorégraphique finale, le spectacle est également une performance musicale de premier plan : jouer des extraits de Traviata de Giuseppe Verdi, des extraits de symphonies de Gustav Mahler ou pianistes tiré du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns en mode fanfare relève également du tour de force.

En avant, marche ! mis en scène par Frank Van Laecke et Alain Platel sous la direction musicale de Steven Prengels impressionne car, sous son air débonnaire et déconstruit, la pièce est une fantastique allégorie de la vie, de ses joies, se ses frustrations, de ses rencontres, de ses ruptures, de ses tensions (magnifique et émouvant triangle amoureux entre Wim Opbrouck et Hendrik Lebon et la comédienne Chris Thys, époustouflante en majorette rescapée d’une troupe qui ne semble plus exister). En avant marche ! explore le temps qui passe, interroge le moment où il faut passer la main, questionne l’être et le paraître.

Un seul conseil : grande déprime ou pas, foncez voir ce bijou chorégraphico-musico-théâtral à la première occasion et retournez le voir, encore et encore.

Théâtre national de Nice - En avant marche ! de Frank Van Laecke, Alain Platel et Steven Prengels ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comThéâtre national de Nice - En avant marche ! de Frank Van Laecke, Alain Platel et Steven Prengels ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comThéâtre national de Nice - En avant marche ! de Frank Van Laecke, Alain Platel et Steven Prengels ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Arts plastiques, #Danse, #Musique
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Invitée régulière du Théâtre de Grasse, Carolyn Carlson pose à nouveau ses valises dans la capitale des parfums, accompagnée cette fois-ci de son compère en création : le compositeur Jean-Paul Dessy.

Le jour où l’ancienne directrice du Centre Chorégraphique National Roubaix Nord Pas-de-Calais croisa sur sa route artistique Jean-Paul Dessy, directeur artistique du Manège de Mons, ils décident de créer Dialogue with Rothko en 2013, hommage au peintre Mark Rothko et notamment à sa toile Black, Red over Black on Red réalisée en 1964.

Le dispositif scénique est simple : trois toiles peintes sur lesquelles seront projetées l’évolution de la peinture, une table de travail, le plateau sur lequel Jean-Paul Dessy et son violoncelle prennent place tandis que Carolyn Carlson debout exécute ses premiers pas de dos. La musique directement interprétée par son compositeur sera relayée de temps à autre par une musique en bande son et par un texte parlé, lu par Juha Marsalo sur un texte écrit par la chorégraphe elle -même.

Beaucoup disent de Carolyn Carlson qu’elle dialogue avec le tableau de Mark Rothko. Sans vouloir verser dans le purisme, il serait plus juste de dire que sa chorégraphie répond à l’œuvre de Mark Rothko ; les deux œuvres dialoguent effectivement entre elles alors que Carolyn Carlson et Jean-Paul Dessy dialoguent entre créateurs avec Mark Rothko ce que l’intitulé même de la pièce rappelle.

Dialogue with Rothko n’est pas l’histoire du tableau même si la pièce a un début, un milieu et une fin, la chorégraphie ne se livre pas davantage à une exégèse de l’œuvre, elle transcrit dans un autre langage les tourments de la création, ses périodes de certitudes, de doutes, ses avancées fulgurantes, ses essais sans cesse reformulés. Elle nous plonge dans cette quête qui, pour aboutir à sa réalisation finale, a dû se dégager des nombreuses impasses dans lesquelles elle s’est fourvoyée.

Carolyn Carlson n’a rien perdu de sa capacité à nous émerveiller. Elle semble flotter dans l’espace donnant au processus de création cette immatérialité, elle est encore capable de tenir la position, le geste. Son corps s’arque à s’en briser s’immobilisant subitement au centre du plateau pendant de longues secondes. Elle joue encore avec ses vêtements, amples, ses foulards, ses constructions molles qu’elle sculpte en direct pendant qu’elle danse et qui la métamorphosent en direct sur le plateau.

L'ampleur de sa carrière, la singularité de son écriture font de Carolyn Carlson une figure incontournable de la danse contemporaine. Voir et revoir danser Carolyn Carlson pour s’en rassasier encore une fois, comme si c’était la dernière fois, quelle que soit la pièce présentée, la voir et la revoir tant qu’elle peut nous émerveiller, ses pièces chorégraphiques étant depuis longtemps passées dans le domaine du répertoire.

Carolyn Carlson ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCarolyn Carlson ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Carolyn Carlson ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #environnement, #Nature, #Violence, #Politique
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Les chanteurs, avant de monter sur scène, ont pour habitude de s’adresser un In bocca al lupo (dans la gueule du loup) pour conjurer le mauvais sort. La coutume veut que le destinataire réponde par Crepi il lupo! (qu'il crève, le loup !). Ainsi est résumée toute l’intrigue de cet intéressant documentaire de Jérôme Ségur qui s’appelle la Gueule du loup.

La Gueule du loup donne la parole aux tenants des différentes thèses : les « pro-loup » comme les « anti-loup », suit surtout les éleveurs du Mercantour mais s’autorise des incursions en Seine-et-Marne ou en Auvergne. Il questionne les praticiens du pastoralisme, les universitaires, chercheurs et autres grands érudits, les défenseurs de la biodiversité, laisse soigneusement de côté les politiques qui n’apparaissent que furtivement à l’écran dans une position souvent inconfortable. Les témoignages sont souvent relancés par Jérôme Ségur pour faire sortir aux plus taciturnes toute leur rancœur.

La Gueule du loup intéresse d’abord car il montre la fragilité des hommes et leurs éternelles contradictions. Qu’ils soient éleveurs, chercheurs, écrivains, hommes politiques, tous en arrivent à un point de contradiction qui les rend d’autant plus attachants qu’il les fend en deux entités opposables. Les éleveurs ont la testostérone vocale facile, vocifèrent, menacent mais montrent également leur impuissance face à la situation. Les hommes politiques promettent ce qui existe déjà et disputent la palme de l’opportunisme aux écrivains sur le loup dont l’opinion varie en fonction des rapports de force. L’auvergnat amoureux de la nature qui se promène avec un pendentif enfermant une crotte de loup se plaint d’être marginalisé alors que son mode de vie l’y contraint. Le directeur du zoo d’Amnéville assène ses vérités qui ne résistent pas à l’analyse de l’historien Jean-Marc Moricet.

C’est un peu comme si le loup ouvrait à nouveau des fractures ancestrales, faisait resurgir des angoisses, des fantasmes et le spectateur n’est nullement épargné par ses propres contradictions lui qui a l’habitude de défendre le savoir faire agricole français, la beauté et la richesse de son terroir, tout en achetant dans les hypermarchés quantité de viande, plats cuisinés et autres produits de la filière agro-alimentaire internationale, très éloignée du sort des éleveurs.

La Gueule du loup raconte l’histoire des hommes qui ont vu le loup et qui se querellent à son propos. Car chacun le sait, tout le monde a vu le loup, qui un matin au réveil, qui un soir à la tombée du jour, qui par un après-midi printanier. Certes tout le monde l’a vu mais les seuls visibles à l’écran seront ceux du parc aux Loups de Saint-Martin-Vésubie ou du zoo d’Amnéville en Lorraine.

C’est l‘éternelle l’histoire de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours… mais, preuve que le documentaire a atteint son objectif, le spectateur sort au bout d’une heure vingt avec bien plus de questions que lorsqu’il est entré.

La Gueule du Loup - Film documentaire de Jérôme Ségur - France – Sortie : 9 mars 2016 - 1h 20

La Gueule du Loup de Jérôme Ségur - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLa Gueule du Loup de Jérôme Ségur - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLa Gueule du Loup de Jérôme Ségur - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

La Gueule du Loup de Jérôme Ségur - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Opéra, #Musique, #Europe, #Epoque contemporaine, #Amour, #Jalousie, #Violence, #Théâtre, #Bad boys
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Rarement donné en région, L’Opéra de quat’sous, pièce avec musique en huit tableaux et prologue de Kurt Weill sur un livret de Bertolt Brecht, créé en 1928 à Berlin, est en soi un événement attendu. Forme mélangeant texte parlé et texte chanté, il est donné pour la première fois à Toulon en français avec l’intégralité du texte parlé moins connu que les passages musicaux que chacun a en tête sans savoir exactement de quelle œuvre ils sont tirés.

Si Kurt Weil et Bertolt Brecht ont conçu ce spectacle comme un regard ironique et insolent sur la société bourgeoise et corrompue de l’Angleterre victorienne faisant écho à celle de la République de Weimar, ils ont très bien rendu cette atmosphère de bas-fonds. Visiblement, ce n’est pas ce qu’en a retenu le metteur en scène Bernard Pisani.

La scénographie tout d’abord, composée d’une coursive et d’un escalier descendant sur le centre de la scène offre deux ouvertures qui serviront à symboliser les extérieurs : prison, chambre ou magasin. Extrêmement géométrique, elle détonne par son aspect hyperfonctionnel avec la rue décrite dans le texte. Les costumes en forme de sur-ajout tirent le spectacle vers la mascarade et les cartons, brandis par les comédiens, annonçant chacun des chants, viennent alourdir une mise en scène déjà fort peu fine.

Ensuite, le hiatus est grand entre quatre des chanteurs et le reste du plateau. Sophie Haudebourg en Polly Peachum, Isabelle Vernet en Madame Peachum ou Sébastien Lemoine en Macheath sont en parfaite symbiose avec leur texte et leur voix donne toute la puissance et toute la réalité de leur personnage. Frédéric Longbois en Jonathan Peachum ne démérite pas mais son jeu ne varie guère d’une production à l’autre. Quant aux autres premiers plans, ils sont à peine audible ce qui est fort gênant avec autant de texte parlé et ils ne dépassent vocalement pas la fosse si d’aventure les cuivres se mettent de la partie.

Les déplacements n’aident pas davantage à la concentration par leur effet répétitif : les comédiens entrent à jardin, traversent la coursive, s’arrêtent, descendent les escaliers, exécutent leur intervention, remontent les escaliers et sortent à cour. Le comble demeurant cependant le messager de la Reine à la fin du spectacle qui, voulant sans doute imiter Charlot, nous esquisse un pitoyable numéro d’automate mal préparé, mal calibré, mal inspiré, en un mot ridicule.

Tout ceci ne serait rien encore si la mise en scène n’avait pas opté pour la gaudriole sur scène alors que tout dans le texte traduit le sordide. Le texte nous annonce la cour des miracles, les bas-fonds, la scène nous donne à voir une joyeuse farce, une farandole, une revue parisienne.

Fort heureusement, l’orchestre de Toulon même réduit sous la conduite de Nicolas Krüger donne de l’oxygène à la salle à chacune de ses (trop rares) interventions, même quand il couvre les chanteurs et surtout quand il fait corps avec Sophie Haudebourg, Isabelle Vernet ou Sébastien Lemoine que l’on espère revoir dans une production plus inspirée parce que là, franchement, même pour quatre sous, c’est cher payé !

Opéra de Toulon - L’Opéra de quat’sous - Kurt Weill - Mise en scène Bernard Pisani - Sébastien Lemoine - Isabelle Vernet ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Toulon - L’Opéra de quat’sous - Kurt Weill - Mise en scène Bernard Pisani - Sébastien Lemoine - Isabelle Vernet ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Opéra de Toulon - L’Opéra de quat’sous - Kurt Weill - Mise en scène Bernard Pisani - Sébastien Lemoine - Isabelle Vernet ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Toulon - L’Opéra de quat’sous - Kurt Weill - Mise en scène Bernard Pisani - Sébastien Lemoine - Isabelle Vernet ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Toulon - L’Opéra de quat’sous - Kurt Weill - Mise en scène Bernard Pisani - Sébastien Lemoine - Isabelle Vernet ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique latine, #Enfance, #Vieillesse, #environnement
[Cinéma – Le Mercury - Nice]  La Terre et l'ombre de César Augusto Acevedo : « souviens toi que tu es poussière… »

Lors de l’édition du Festival 2016, Cesar Augusto Acevedo recevait la caméra d’or récompensant un premier film toutes sélections confondues. Retour sur une récompense amplement méritée.

Le premier plan du film, long et fixe, pose d’entrée les enjeux : au milieu de deux lignes de fuite bordées par des champs de canne à sucre barrées au loin par un camion, un homme seul, valise à la main, remonte une route poussiéreuse. Le camion qui finit par le doubler, le fait disparaître dans la poussière. L’homme est de face : ce n’est donc pas un départ mais une arrivée.

Pour son premier film, le Colombien César Augusto Acevedo choisit de distiller l’information et la narration dans un tempo très lent, le tempo de l’agonie. L’agonie est réelle, l’homme revient en fait au sein de sa famille, tenir une maison qu’il a abandonnée, et veiller son fils dont la fin semble inéluctable. L’agonie de la famille est latente, la sécheresse des dialogues en témoigne.

L’agonie se fait ici allégorique passant constamment de l’agonie du fils à l’agonie d’un monde paysan traditionnel pratiquant la culture vivrière face à l’agrobusiness de la canne à sucre florissant mais destructeur. Le film décline d’ailleurs l’allégorie tout au long de sa trame : le splendide arbre jouxtant la masure familiale sous lequel le fils vient se ressourcer, sous lequel le grand-père transmet l’essentiel à son petit-fils, joue le rôle de la permanence, de la résistance face à un monde qui change. De la même manière, le rêve avec un cheval fougueux enfermé dans une pièce qui finit par s’échapper, témoigne de l’impatience et la fougue de la jeunesse, l’impatience et la fougue qui a fait fuir le grand-père jadis ?

Car le film joue aussi sur les non-dits, sur les ellipses, sur les silences : du départ, le film n’en donnera jamais les raisons. De religion, il ne sera jamais question dans ce milieu rural d’Amérique latine. Il faut dire qu’à l’extrait de la Genèse : « Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi..», le film sonne plutôt comme une liturgie catholique d’avant carême « Souviens toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ».

Comme le clame Job dans la Bible, au plus profond de la détresse : « Me voilà devenu poussière et cendre. Je hurle vers toi, et tu ne réponds pas ». Autre allégorie de l’impuissance des hommes face à la mondialisation invisible et invincible. Belle démonstration.

« La Terre et l’ombre » de César Acevedo - Film colombien avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa – Drame - 1h 37min – Sortie 3 février 2016

La Terre et l'ombre - Cesar Augusto Acevedo - Semaine d ela Critique 2015 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLa Terre et l'ombre - Cesar Augusto Acevedo - Semaine d ela Critique 2015 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLa Terre et l'ombre - Cesar Augusto Acevedo - Semaine d ela Critique 2015 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

La Terre et l'ombre - Cesar Augusto Acevedo - Semaine d ela Critique 2015 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Arts plastiques, #Cinéma, #Amérique du Nord, #Amérique latine, #Patrimoine
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Trois artistes (Duane Hanson, Oscar Murillo, Roland Flexner), trois univers, trois espaces mais une unité au Nouveau Musée National de Monaco, Villa Paloma. Si Duane Hanson occupe majoritairement l’espace et si une de ses œuvres a servi la promotion de l’exposition, le visiteur sera bien inspiré de poursuivre sa visite dans les espaces réservés aux deux autres artistes pour mieux en rechercher les interactions avec l’exposition principale.

Toute l’exposition joue sur le paradoxe acteur-spectateur : le visiteur observe curieux les sculptures de Duane Hanson, fait le tour des rondes-bosses à taille humaine, éprouve l’envie de s’installer à leur côté, de jouer avec elles tant elles sont réalistes. Mais le spectateur se retrouve tout aussi partagé dans la vidéo d’art en boucle d’un peu plus d’une heure d’Oscar Murillo étant certaines fois dedans, certaines fois dehors. Quant aux paysages de Roland Flexner, ils nous évoquent tant de souvenirs, notre imagination s’y est tellement promenée qu’ils nous en deviennent familiers. En cela les trois expositions interagissent.

L’exposition de Duane Hanson par son hyperréalisme est a priori la plus abordable. Dix statues figées dans leur quotidien, dans leur banalité et placées dans un environnement contextualisé avec notamment des revues ou des appareils aident à les situer dans une époque. Elles sont anonymes sauf l’autoportrait que l’auteur a malicieusement placé au milieu d’elles, occupent souvent chacune une pièce et finissent par la remplir de leur atmosphère. Outre leur anonymat qui nous renvoie au nôtre comme un boomerang, elles expriment souvent, perdues dans ces espaces, une profonde solitude même quand les personnages sont couplés tant ils ne paraissent pas pouvoir échanger. En cela, elles sont bien le témoin de leur époque : profusion de biens, profusions de moyens de communication et une si grande solitude. Elles semblent s’assoupir, elles sont inertes alors qu’à tout moment on croit les voir frémir.

Frémir et bouger c’est ce que font ces jeunes gens en plein carnaval dans la vidéo d’art d’oscar Murillo, Meet me ! Mr Superman. Le spectateur un peu curieux cherchera le pays où cette scène se déroule, ce n’est pas très compliqué, il suffit d’observer. Pendant cette heure de fête de carnaval, le spectateur est tantôt spectateur lorsque le son n’est pas diégétique créant ainsi une distance avec les personnages, tantôt acteur avec une bande-son diégétique qui nous plonge dans la fête. Filmé de surcroît à hauteur d’enfant, l’œuvre nous renvoie à notre imaginaire.

En parlant d’imaginaire, les paysages de Project space de Roland Flexner sont sans doute la partie la moins accessible et pourtant… Tous les dessins de l’artiste quelle que soit la technique utilisée nous sont familiers. Familiers car ils nous renvoient à nos rêves de bandes dessinées, aux paysages fantastiques de science fiction, aux paysages dévastés de nos séries, revues, jeux vidéo futuristes. Ils font de nous les spectateurs de nos propres réminiscences, de notre propre imagination. Là aussi nous sommes acteurs et spectateurs de ces espaces.

Que vous ne soyez pas allé dans un musée depuis fort longtemps voire que vous n’en fréquentiez aucun, que vous n’aimiez que le figuratif ou que vous ayez peur de ne pas comprendre, que vous perdiez patience dans un musée trop chargé, allez visiter la triple exposition jusqu’à la fin août 2016, à la Villa Paloma de Monaco, elle est à appréhension variable.

Nouveau Musée Natinal de Monaco - Exposition Duane Hanson - Roland Flexner - Oscar Murillo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNouveau Musée Natinal de Monaco - Exposition Duane Hanson - Roland Flexner - Oscar Murillo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNouveau Musée Natinal de Monaco - Exposition Duane Hanson - Roland Flexner - Oscar Murillo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Nouveau Musée Natinal de Monaco - Exposition Duane Hanson - Roland Flexner - Oscar Murillo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Opéra, #Musique, #Epoque moderne, #Epoque contemporaine, #Amérique du Nord, #Amour, #Jalousie
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Créé le 20 février 1816 d’après la célèbre comédie de Beaumarchais, représentée en février 1775 à Paris, Il Barbiere di Siviglia de Gioachino Rossini est donné à Nice 200 ans après sa création dans une production du Circuito Lirico Lombardo AS.LI.CO. avec Guillermo Garcia Calvo à la direction musicale et Federico Grazzini à la mise en scène qui a opté pour l’hommage à l’américaine.

Transposition historique donc pour un Barbier de Séville haut en couleur sauf que, contrairement au précédent spectacle commenté ici, tout fait sens. Tous les personnages, avec des costumes de la très inspirée Valeria Donata Bettella, semblent ici échappés d’un tableau d‘Edward Hopper. La scénographie d’Andrea Belli emprunte beaucoup au cinéma avec des changements de décor qui ressemblent à des fondus enchainés. Comme au cinéma, le passage de l’extérieur à l’intérieur de l’appartement se déroule en un clin d’œil comme si la salle avait tourné autour de la scénographie.

Ajoutons à cela que Figaro ressemble à s’y méprendre à son lointain cousin, autre barbier mythique : celui du Dictateur de Charlie Chaplin. Il faut avouer que le baryton Mattia Olivieri alias Figaro a tous les atouts pour réussir ce pari osé : physique de jeune premier, grimage et vêtements à la Chaplin, jeu tonique, apparitions surprises, effets de scènes burlesques et une voix splendide, bien timbrée, qui le place immédiatement au centre du jeu.

Tous les autres personnages tournent donc autour de l’omniprésent Figaro à commencer par l’autre baryton Alfonso Antoniozzi habitué des rôles de vieux barbons qu’ils se nomment Bartolo ou Don Pasquale. Scéniquement présent et vocalement en forme, il fait passer Bartolo par tous les états que son infortune lui impose rendant le personnage tour à tour émouvant ou insupportable. Face à lui, Rosina interprétée par la mezzo-soprano géorgienne Ketevan Kemoklidzene ne s’en laisse pas compter vocalement et prouve par la force de son chant qu’elle n’en fera qu’à sa tête. Si elle est moins à l’aise scéniquement que son vieux barbon de promis, elle incarne néanmoins une Rosina de caractère. L’objet de sa passion, le Comte Almaviva prend la forme d’un crooner américain. Daniele Zanfardino a une belle voix claire, mélodieuse, petite mais qui sied très bien au rôle qui lui est dévolu. Il rend le personnage crédible transformant ce qui pourrait être un handicap en un élément scénique percutant. Basilio est interprété ce soir par un baryton-basse, sorte de voix de son maître. Si Marco Vinco ne démérite pas, le choix d’un baryton-basse qui ne tranche pas avec Bartolo dérange un peu, sans doute une histoire d’habitude.

L’hilarant Ambrogio, désespérément muet et Sophie Fournier, drôlissime en Berta, complètent le plateau rendant ce Barbier jubilatoire. Preuve une fois encore que la combinaison rigueur et plaisir est possible. Preuve qu’une transposition historique finement pensée peut se justifier pour peu que le texte et son esprit soient parfaitement respectés.

Opéra de Nice - Il Barbiere di Siviglia avec Mattia Olivieri ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice - Il Barbiere di Siviglia avec Mattia Olivieri ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice - Il Barbiere di Siviglia avec Mattia Olivieri ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Nice - Il Barbiere di Siviglia avec Mattia Olivieri ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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