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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Antiquité, #Religion, #Epoque contemporaine, #guerre, #Violence, #mort, #Jalousie
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Les déplacements de Cecilia Bartoli sont toujours l’objet de découverte d’anciens manuscrits ou d’anciennes œuvres patiemment puisées dans les bibliothèques. Ils sont toujours précédés par une communication d’une efficacité redoutable avec éléments de langage repris par nombre de médias par la suite. Ils sont toujours accompagnés par une nuée d’aficionados, fleurs à la main, qui attendent impatiemment la fin du spectacle pour prouver, à coups d’applaudissements, de claques, de brava et autre bravissima, l’amour qu’ils lui portent. Cela s’est évidemment produit à Monaco et pourtant…

Encensée par la critique à sa création, la Norma de Vincenzo Bellini devait en théorie recueillir une unanimité totale lors de son passage à Monaco. Créée au Festival de Salzbourg avec Cecilia Bartoli, directrice artistique dudit festival, Norma était donnée à Monaco Salle Garnier, où sa voix peu puissante pouvait se déployer sans forcer (contrairement à son précédent récital au Grimaldi Forum) avec un orchestre d'instruments anciens dont le volume évitait de la mettre en danger.

La Norma proposée par l’équipe de Cecilia Bartoli marquait également un retour aux origines avec édition critique d’un manuscrit de Norma conservé à la bibliothèque de la Santa Cecilia à Rome composée avec l’aide des musicologues Maurizio Biondi et Riccardo Minasi. Enfin, contrairement à ce que le public a l’habitude d’entendre, les tessitures des deux personnages féminins principaux étaient repositionnées avec une Norma mezzo et une Adalgisa soprano léger comme ce fut paraît-il le cas à la création des rôles le 26 décembre 1831 à la Scala de Milan avec Giuditta Pasta et Giulia Grisi.

A la mise en scène, Cecilia Bartoli faisait une nouvelle fois équipe avec Moshe Leiser et Patrice Caurier, davantage rompus à la transposition historique qu’au traitement contemporain d’une œuvre. La transposition de la Gaule de Norma à la France de l’Occupation, hélas d’une banalité affligeante pour les mises en scène peu inspirées d’aujourd’hui, aurait pu réussir : encore eût-il fallu que le parti pris de mise en scène fût confronté au texte afin de rendre l’ensemble cohérent et porteur de sens. Si les noms de code et de réseau de la résistance française ont effectivement puisé dans le corpus romain (Caracalla, César, Brutus, Plutus, Turma-Vengeance), il suffisait plutôt que de débuter avec des marmots dans une salle de classe, d’expliciter finement le contexte du parallèle Norma-Réseau. Outre les gadgets parasites telle l’armoire qui cache la porte secrète ou le baigneur en celluloïd à qui Norma donne le sein, pourquoi enfermer tout le monde dans une salle de classe, une habitation alors que les membres chœur dont les costumes indiquent qu’ils ont pris le maquis entonnent l’ode à la forêt « Oui il parlera terrible depuis ces chênes antiques » ou « chante déesse qui argentes ces forêts antiques et sacrées »). C’est un peu comme si la voix off d’un film documentaire coréen non sous-titré montrant les montagnes du nord, nous vantait les mérites de la cuisine mexicaine.

Sans doute pour masquer la faiblesse du parti pris, les éléments de langage entrent en jeu : le parallèle entre Cecilia Bartoli et Anna Magnani dans Rome, ville ouverte est repris par une grande partie des médias de même que son grand talent de tragédienne pour les uns ou de comédienne pour les autres. Certes Cecilia Bartoli a une présence mais elle n’est ni plus tragédienne ni plus comédienne qu’une chanteuse de notre époque et son profond désespoir contre le mur ou sa capacité nourricière, pour justes qu’ils soient, ne confinent pas à l’exceptionnel. Quant à Anna Magnani…

Les qualificatifs dithyrambiques ne manquent pas pour saluer la prestation vocale de Cecilia Bartoli certains allant jusqu’à nous convoquer la querelle des anciens contre les modernes pour monter à quel tournant de l’art lyrique cette Norma nous convie. Fichtre ! Cecilia Bartoli était particulièrement attendue dans son Casta Diva : le résultat est d’un ampoulé qui ne sied ni au personnage ni à la situation. En termes de parallèle, ce n’est plus à Anna Magnani qu’il faut se référer mais à la Berma d’A la Recherche du Temps perdu de Marcel Proust dont la performance tant attendue finit par décevoir.

La mise en scène et la présence de Cecilia Bartoli feraient presque oublier le reste du plateau. Christoph Strehl, le ténor allemand bute sur les aigus dès son premier air meco all'altar di Venere mais finit par convaincre et même son attitude un peu raide sert le personnage qu’il incarne. Rebeca Olvera, aphone après une tentative désespérée sur le premier air et le duo avec Pollione, se contente de mimer pendant qu’une de ses consœurs chante Adalgisa depuis le côté de la scène. Sous la direction de Gianluca Capuano, les chœurs de la Radiotélévision suisse italienne donnent heureusement du brio à l’ensemble.

Enfin Diego Fasolis et l’orchestre baroque I Barocchisti qu’il dirige représentent l’excellente surprise de la soirée. Souhaitons de pouvoir les entendre rapidement à Monaco… seuls !

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #guerre, #Violence, #mort, #Lumière
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« Il est, dans la vie d'une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l'idée que l'on se fait de son pays. Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l'on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l'horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. Celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte. ». Ainsi s’exprimait sans ambages Jacques Chirac, nouveau président de la République française, lors de la cérémonie de commémoration du 53ème anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv, le 16 juillet 1995, rompant ainsi de manière spectaculaire avec la position de ses prédécesseurs.

Le jeudi 27 août 2015, à Monaco, une stèle commémorative, en souvenir de chacun des Juifs déportés, a été dévoilée, en présence de S.A.S. le Prince et des autorités monégasques, civiles et religieuses. 73 ans auparavant, ce même 27 août (1942), 45 personnes avaient été arrêtées lors d’une rafle commise à Monaco et déportées.

La mémoire revenant aux états, la recherche historique s’en trouve facilitée et les études fondées sur les archives totalement accessibles peuvent enfin venir jeter un peu de lumière sur cette période trouble. Dans le cadre des Rencontres Littéraires Fabian Boisson, l’écrivain-journaliste Pierre Abramovici a tenu une conférence à l’occasion de la sortie de son nouveau livre Monaco sous l’occupation : 1937 – 1944 qui nous décrit la vie des habitants et la situation exacte à Monaco en cette période particulière.

Le nouvel ouvrage de Pierre Abramovici répond à l’origine à une commande du Prince souverain pour que lumière soit définitivement faite sur les responsabilités de chacun. Le souverain a ainsi facilité l’accès aux archives du Palais princier à l’auteur qui ne s’est pas fait prier pour aller confronter fantasmes, « on-dit » et autres mythes résistancialistes à la dure réalité des archives qui, comme les faits, ont la réputation d’être particulièrement têtues.

La première force du livre et de la conférence de Pierre Abramovici a été de faire remonter son étude à 1937 afin de pouvoir mesurer l’ampleur des mouvements qui secouent l’Europe à ce moment là et qui ont des répercussions sur la Principauté. La deuxième force réside dans la focalisation faite non sur les personnalités mais sur la vie quotidienne, sur les habitants confrontés à des choix souvent cornéliens faisant ainsi revivre la respiration populaire de tous les soubresauts politiques touchant, selon l’occupant ou le libérateur, des communautés différentes.

La conférence a aussi été l’occasion de présenter des rushes documentaires réalisés auprès des personnes ayant vécu de près les événements, présentés par Frédéric Laurent autre fin connaisseur de la vie quotidienne en principauté. Ces prises de vue documentaires fort émouvantes doivent normalement devenir film documentaire dans un proche avenir afin de pourvoir garder trace des mémoires sur lesquelles l’historien de demain pourra s’appuyer.

Si ce travail de captation des mémoires pouvait s’étendre aux témoignages sur les changements urbains, sociologiques, culturels de la Principauté depuis des décennies, cela permettrait de constituer un fond sonore absolument vital pour notre histoire. Un vieillard qui meurt c'est une bibliothèque qui brûle, disait l’écrivain et ethnologue malien Amadou Hampaté Bâ. Alors conservons les mémoires.

Monaco sous l’occupation : 1937 – 1944 - Livre et confèrence de Pierre Abramovici ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco sous l’occupation : 1937 – 1944 - Livre et confèrence de Pierre Abramovici ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco sous l’occupation : 1937 – 1944 - Livre et confèrence de Pierre Abramovici ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Monaco sous l’occupation : 1937 – 1944 - Livre et confèrence de Pierre Abramovici ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique latine, #Bad boys, #Amour, #Violence, #mort, #Enfance, #Adolescence, #Politique
El Clan - Pablo Trapero
El Clan - Pablo Trapero

Pablo Larrain pour le Chili, Benjamin Avila, Lucia Puenzo, Diego Lerman ou encore Pablo Trapero pour l’Argentine ont plusieurs points communs : ils sont cinéastes, Sud-Américains, nés dans la décennie 70 et se sont confrontés, à une ou plusieurs reprises et à leur manière, au passé de leur pays et notamment aux dictatures.

Pablo Trapero avec El Clan fait revivre à l’écran une saga familiale qui a défrayé la chronique argentine post-dictatoriale : la famille Puccio. Famille de sept membres composée des parents de trois garçons et de deux filles, la famille est sous la tutelle d’Arquímedes Puccio, patriarche omniprésent, omnipotent dont l’influence poursuit les siens constamment sauf à disparaître sans laisser d’adresse … et encore.

La famille Puccio s’accommode fort bien de la dictature, rendant au régime, par le biais de son patriarche, de précieux services de renseignements sur les opposants ou suspects de tout poil. En échange de ce précieux travail, la famille Puccio n’a pas à craindre l’avenir : formation et travail assurés, autorisations facilement obtenues et surtout assurance d’être toujours couverts face à la loi.

Le retour à la démocratie en 1983 représenté à l’écran par des images d’archives désormais célèbres du président Raúl Ricardo Alfonsín ne semble pas troubler outre mesure Arquímedes Puccio. Il continue de fréquenter les lieux de pouvoir, semble conserver son aura, poursuit ses juteuses affaires criminelles d’enlèvement, séquestration et exécution sommaire d’otages. Et pourtant…

Filmer la délinquance en dictature n’est pas une nouveauté. Pablo Larrain dans son emblématique Tony Maneiro en 2009 suivait le parcours criminel de Raùl Peralta, psychopathe prêt à tout pour atteindre sa minable et illusoire célébrité d’un instant. Dans son film, véritable jeu de massacre à la mise en scène soignée jusque dans le traitement de la pellicule, Pablo Larrain mettait ainsi à distance le Chili de Pinochet pour mieux le décrire et mieux le dénoncer.

Dans El Clan, curieusement, Pablo Trapero filme sans distance. Il semble faire complètement corps avec son sujet au risque de produire un film sans relief. Le jeune Alejandro Puccio, rugbyman de talent, évolue en réalité au sein de la mythique équipe nationale, Los Pumas. Son traitement dans le film le fait davantage passer pour un rugbyman amateur. La caméra produit quelquefois son effet mais semble hésiter dans son parti pris, comme si le patriarche, de l’au-delà, maintient encore la pression.

El Clan – Film de Pablo Trapero avec Guillermo Francella, Peter Lanzani, Lili Popovich - Thriller, Drame - Argentine, Espagne - 1h 49 - Date de sortie 10 février 2016

El Clan de Pablo Trapero - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comEl Clan de Pablo Trapero - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

El Clan de Pablo Trapero - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Epoque contemporaine
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« Deux jeunes Italiens émigrent en Amérique juste avant la guerre de 14-18. Ils finissent par arriver à Hollywood, où ils gagnent la confiance du fameux réalisateur David W. Griffith, qui les embauche pour réaliser des décors monumentaux(…).Good Morning, Babilonia est une suite étourdissante d'anecdotes, de fanfreluches d'époque, un défilé de personnages, de gags, d'émotion et de beauté. ». C’est ainsi que le journal Télérama rendait compte du film des Frères Taviani Good Morning, Babilonia il y a bientôt trente ans.

De ce point de vue, la critique pourrait s’appliquer à Ave, Cesar ! de Joël et Ethan Coen, film qui pourrait constituer la suite logique du premier. Nous ne sommes plus à l’époque de Griffith mais à l’époque de l’âge d’or hollywoodien, véritable industrie planétaire du rêve. L’exploration d’Hollywood ne passera pas par le décor mais par les yeux d’Eddie Mannix (Josh Brolin), fixeur ou, autrement dit, désembrouilleur d’ennuis que les studios engagent pour éviter caprices de star, publicité d’affaires de mœurs, communication d’éthylisme et autres pannes de tournage faute de comédien sous-contrat disponible.

Pris dans un tourbillon de prises de vue de superproductions qui passent de la sirène, star du moment (scarlett johansson) et son plongeon, au drame psychologique du réalisateur Laurence Laurentz (Ralph Fiennes) avec un acteur de western cascadeur qui ne sait pas allonger trois mots (Alden Ehrenreich), Eddie Mannix doit notamment régler la disparition du célèbre acteur Baird Whitlock (George Clooney) kidnappé en toge par des truands en pleine adaptation de la Bible en Technicolor.

Le rythme est endiablé comme une journée de multiples tournages dans les studios hollywoodiens, croise plusieurs histoires, multiplie les gags, se veut caustique, aborde les différents genres du cinéma hollywoodien, est porté par des comédiens qui n’hésitent jamais à jouer de leur image jusqu’à être leur propre caricature. En cela il est une réussite.

Mais, pour continuer la comparaison, le film évoque les déboires du cinéma comme Singing in the Rain de Stanley Donen l’avait fait en 1952 et copie le rythme thriller de Qui veut la peau de Roger Rabitt ? de Robert Zemeckis de 1988. Le film multiplie clins d’œil et allusions au cinéma Hollywood mais est-il vraiment novateur dans sa manière d’aborder le sujet ? Si le film reste plaisant à regarder, le spectateur se surprend cependant à regarder sa montre de temps en temps, signe d’un film qui n’est pas complètement abouti. Mais… avait-il vocation à l’être ?

Ave, Cesar ! de Joel et Ethan Coen - Comédie, Comédie musicale, Policier avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich – États-Unis – Royaume-Uni - Date de sortie : 17 février 2016 - 1h 40’

Ave, Cesar ! de Joel et Ethan Coen - Cinéma Le Rilto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comAve, Cesar ! de Joel et Ethan Coen - Cinéma Le Rilto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comAve, Cesar ! de Joel et Ethan Coen - Cinéma Le Rilto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Ave, Cesar ! de Joel et Ethan Coen - Cinéma Le Rilto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Patrimoine, #Extrême orient, #Epoque contemporaine, #Vieillesse, #Adolescence, #mort
[Cinéma - Le Rialto  - Nice] Naomi Kasawe concocte "Les Délices de Tokyo"

Le nouveau film de Naomi Kasawe AN présenté au dernier Festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard est rebaptisé Les Délices de Tokyo pour sa sortie en salle. Si AN est un des ingrédients qui sert à réaliser les dorayakis, les Délices de Tokyo en sont manifestement le résultat. Le titre japonais prend donc le parti de l’ingrédient, le titre français le résultat ; Naomi Kasawe est à la confection, le spectateur à la délectation.

Les Délices de Tokyo, s’il repend partie de la fabrication des Dorayaki n’est pas un film culinaire ; il fait plutôt partie de ces films qui prenant prétexte de la cuisine explorent une société comme le film indien The Lunchbox de Ritesh Batra en 2013. Les Délices de Tokyo durent plus qu’un dorayaki en bouche mais n’excèdent pas une saison, le film débute à la floraison des cerisiers, à la renaissance, il se terminera au seuil de l’hiver.

Les Délices de Tokyo c’est d’abord l’histoire de la rencontre de trois solitudes : celle de Sentaro (Masatoshi Nagase) qui cuisine en sauvage ses dorayakis, celle de Wakana (Kyara Uchida), collégienne isolée et celle de Tokue (Kirin Kiki) grand-mère sortie de nulle part. Chacun a sa part d’ombre, chacun a son secret que le film va révéler petit à petit, chacun épaule l’autre pour que de trois solitudes naisse non une méga-dépression mais une solidarité, une amitié.

Le film est témoin de la société japonaise actuelle et passée. Il met en scène trois générations : celle de l’immédiat après-guerre et ses éternels affres, celle des années 80 et l’actuelle : la grand-mère, le fils et la petite fille dans l’idéal car Tokue n’a pas de descendance, Wakana, guère d’ascendance et Sentaro, ni l’un ni l’autre. Le film fonctionne également avec le principe chinois du yin et du yang : douleurs et joie font partie d’une même histoire, il suffit de les équilibrer.

Le film présente régulièrement la dualité de la société japonaise, sa tradition et sa modernité notamment par l’allégorie de la fabrication des dorayakis : pâte industrielle pour les haricots rouges confits ou fabrication artisanale ? Mais il présente également sans misérabilisme les travers de cette société notamment les exclusions qu’elles soient le fruit de l’inadéquation au système scolaire, l’inadéquation au productivisme ou l’inadéquation à l’asepsie extrême.

Le film exploite finement la grande différence entre l’efficacité et le productivisme : dans leur boutique, le duo est efficace mais sans envie de passer au productivisme. Le film avance d’ailleurs avec lenteur, comme la cuisine bien faite, pour mieux nous faire savourer tous les moments de la vie, il est une ode au ravissement, un appel à la délectation, une recette pour éviter de perdre sa vie à la gagner.

Rependrez-vous un petit dorayaki ?

Nice - Cinéma Le Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNice - Cinéma Le Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNice - Cinéma Le Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Moyen âge, #Epoque moderne, #Patrimoine
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Dans le cadre de ses concerts décentralisés, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo cède en ce dimanche sa place à un orchestre plus réduit en nombre mais pas en qualité avec l’ensemble de musique ancienne l’Ambroisie. Composé de deux flûtes à bec, de trois saqueboutes, de deux violes de gambe et de percussions, l’ensemble regroupe des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo et d’enseignants de l’Académie Rainier III de Monaco : Marie-Claire Bert et Gianni Rivolta (flûtes à bec), Emmanuelle Catlin et Sibylle Schuetz (violes de gambe), Jean-Yves Monier et Gilles Gonneau (saqueboutes ténor), Ludovic Milhiet (saqueboute basse) et Christian Hamouy (percussions).

Le curé ou le vicaire des lieux accueille le public en l’église Saint-Charles de Monaco s’étonnant avec un humour très british de voir autant de têtes inconnues dans un tel lieu qui, répète-t-il, peut les accueillir aussi chaleureusement à d’autres moments. Avec un humour caustique non moins bien senti, la musicologie Annick Fiaschi Dubois reprendra au cours du concert les premiers vers de la chanson de Roland de Lassus : Susanne, un jour...

Susanne un jour d'amour solicitée

Par deux viellardz, convoitans sa beauté,

Fust en son coeur triste et desconfortée,

Voyant l’effort fait à sa chasteté.

précisant que la décence lui interdit bien évidemment d’en dévoiler davantage aujourd’hui dans un tel lieu.

Le concert d’aujourd’hui est une invitation à la découverte, une invitation au voyage qui sied fort bien à la période concernée qui voit, de la fin du Moyen-âge à la Renaissance, les Européens s’ouvrir sur le monde. Concert découverte sans prétention pédagogique ou didactique, il balaie une période qui s’étend de la Guerre de Cent ans avec Francesco Landini (né vers 1335 peut-être à Florence et mort le 2 septembre 1397) à Biagio Marini (Brescia, 5 février 1594 – 20 mars 1663) aux portes de la musique baroque. Ce concert témoigne ainsi de l’évolution de la musique en Europe occidentale à une époque charnière où les Européens découvrent d’autres civilisations, redécouvrent les auteurs anciens et assistent, sans en être réellement conscients, à une des plus formidables avancées de l’histoire de l’humanité : l’invention de l’imprimerie qui permettra outre la production de multiples littéraires ou musicaux de limiter les pertes d’un certain nombre d’œuvres. Annick Fiaschi-Dubois insistera d’ailleurs fort justement sur le rôle non négligeable de l’éditeur parisien du XVIème Pierre Attaingnant qui a permis que l’humanité garde une trace même infime du compositeur français du XVIème siècle Claude Gervaise réputé pour ses livres de Danceries.

Passant de compositeurs en capitales royale, ducale ou princière, le public a ainsi pu retrouver la musique des Français François-Eustache Du Caurroy, Étienne Du Tertre ou Claude Gervaise mais également partir, comme les musiciens de l’époque, à la découverte des Italiens Francesco Landini, Biagio Marini ou Andrea Falconieri, de l’Allemand Michael Schultze dit Praetorius ou encore du flamand Roland de Lassus (ou Orlando di Lasso, Orlande de Lassus ou encore Roland Delattre). L’un des intérêts du concert a également résidé dans une mise en contexte régulière réalisée avec brio, humour et efficacité, sans anecdotes inutiles, par la musicologue Annick Fiaschi-Dubois, décidément précieuse dans ce type d’exercice. L’autre intérêt a été également la présentation des instruments d’époque permettant au passage de savoir que les percussions traditionnelles actuelles étaient très proches des percussions de la Renaissance.

Si Susanne, un jour… se fit discrète, elle laissa sa place ce jour-là à Annick Fiaschi-Dubois, à Marie-Claire Bert, Emmanuelle Catlin, Sibylle Schuetz, Gianni Rivolta, Jean-Yves Monier, Gilles Gonneau, Ludovic Milhiet et Christian Hamouy qui, pour le bonheur du public, le furent beaucoup moins.

Eglise Saint-Charles - Monaco - Ensemble L'Ambroisie - Annick Fiaschi-Dubois - Marie-Claire Bert - Jean-Yves Monier ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comEglise Saint-Charles - Monaco - Ensemble L'Ambroisie - Annick Fiaschi-Dubois - Marie-Claire Bert - Jean-Yves Monier ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #mort
[Musique – Auditorium Rainier III – Monaco] Une soirée en demi-teinte malgré Jeffrey Tate

Au programme de cette soirée à un horaire inhabituel pour l’orchestre, trois œuvres sous la direction de Jeffrey Tate, grand habitué de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo qu'il avait déjà dirigé en mai dernier. Est-ce l’horaire inhabituel ? Est-ce le programme avec deux œuvres du XXème siècle ? Est-ce la concurrence du film Notre Petite Sœur d'Hirokazu Kore-Edda projeté dans le cadre des activités de l’association Monaco-Japon ? Toujours est-il que la salle semble bien vide. Nul risque d’avoir à faire remiser les portables dans les sacs faute de voisins à gauche, à droite, devant ou derrière.

La pièce de Gorge Benjamin intitulée Ringed by the flat horizon de 1980 tire son titre d’un poème de Thomas Stearns Eliot

Quelles sont ces hordes voilées qui pullulent

Sur les plaines sans borne, et qui trébuchent sur la terre craquelée,

Que seul cerne le plat horizon ?

Elle met en présence des éléments antagonistes qui peuvent être aussi bien les éléments déchainés ou calme de la nature que les antagonismes violents de nos civilisations. Les guerres actuelles nous en présentent hélas le terrible et lamentable spectacle. La pièce de George Benjamin s’ouvre et se clôt par un son de cloche : « Puis les sept anges qui avaient les sept trompettes se préparèrent à en sonner. Le premier sonna de la trompette, et de la grêle et du feu mêlés de sang s'abattirent sur la terre. Le tiers de la terre fut brûlé, le tiers des arbres fut brûlé et toute herbe verte fut brûlée » nous révèle l’Apocalypse. Ici l’inquiétante introduction laisse bientôt éclater la tension, les instruments s’opposent et il faut tout le talent de Thierry Amadi dans ses soli de violoncelle pour résister aux percussions semant l’effroi.

Après avoir frôlé la mort dans la première partie, la soprano Annette Dasch qui remplace au pied levé Emily Magee, souffrante vient nous interpréter Vier letzte Lieder (Quatre derniers Lieder) de Richard Strauss. S’il faut remercier chaleureusement Annette Dasch d’avoir accepté de remplacer au débotté Emily Magee, il faut également souligner l’interprétation très sage des Quatre derniers Lieder. L’ensemble est intéressant mais ne semble pas avoir véritablement d’âme. Visiblement, nul n’a voulu prendre de risque dans des délais de répétition aussi courts.

Jeffrey Tate semble avoir fait beaucoup répéter l’orchestre pour la pièce de George Benjamin généralement peu jouée. Il a dû, nécessité faisant loi, faire travailler l’orchestre et Annette Dasch pour assurer la représentation des Quatre derniers Lieder. Visiblement, il n’aura pas eu le temps de réellement travailler avec l’orchestre la Symphonie n°1 en ut mineur, opus de Johannes Brahms au point qu’à force de prudence et de tempi ralentis, l’exécution un peu ennuyeuse n’a pas ravi l’auditoire. Même si cette exécution ne restera pas comme une de ses meilleures prestations, le public n’en a pas mois célébré comme il se doit Jeffrey Tate lui rendant les honneurs qu’il mérite depuis si longtemps.

Auditorium Rainier III - Monaco Jeffrey Tate et Annette Dasch - Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comAuditorium Rainier III - Monaco Jeffrey Tate et Annette Dasch - Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Auditorium Rainier III - Monaco Jeffrey Tate et Annette Dasch - Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
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Dans son édition 2006, la Quinzaine des Réalisateurs faisait découvrir aux cinéphiles le jeune cinéma roumain et notamment 12 h 08 à l'est de Bucarest (A fost sau n-a fost?) de Corneliu Porumboiu, récompensé par la Caméra d'or. En questionnant le zèle prérévolutionnaire de Vaslui, petit village de l’Est roumain, Corneliu interrogeait en fait la « révolution spontanée » de décembre 1989. Dix ans après, Corneliu Porumboiu avec Le Trésor questionne la Roumanie des années 2010 avec la même verve allégorique.

Dans les deux films, l’histoire débute au milieu de la vie quotidienne des gens. Costi, jeune père de famille, en harmonie avec sa femme, en délicatesse avec son beau-père, lit les aventures de Robin des Bois à son fils de 6 ans pour l’aider à s’endormir. Il est régulièrement importuné par son voisin qui cherche à lui soutirer 800 euros. Situation banale d’un quartier de la capitale roumaine d’aujourd’hui.

Coneliu Porumboiu nous embarque comme d’habitude dans une affaire qui nous parait à la fois cousue de fil blanc et pliée d’avance. Dans 12 h 08 à l'est de Bucarest le réalisateur filmait en vase clos dans un studio d’une petite télévision locale un débat sur un sujet qui a priori n’intéressait personne et qui, d’acide en acerbe, finissait par être le révélateur de la société roumaine toute entière.

Dans Le Trésor, l’affaire est encore plus simple : le voisin de Costi lui apprend que sur un terrain qu’il possède (sans doute dans l’Est roumain) un trésor y a été enterré par les communistes et qu’il a besoin de 800 euros pour louer un détecteur de métaux et ainsi débusquer le précieux trésor. Que Costi lui accorde une journée, le détecteur de métal et ils partageront ensemble le fruit du butin. Tout le film jusqu’à la scène finale sera occupée par cette quête digne du Saint-Graal qui doit sauver financièrement le premier mais dont on ignore ce que le second en ferait si d’aventure …

Le plus périlleux de l’exercice consiste désormais à analyser un film sans en révéler la clé. Le Trésor est en fait une allégorie bien tournée de Cornéliu Porumboiu sur la société roumaine actuelle, sur ses fragilités de nouveau pays libéral (frénésie d’achats, de possessions, surendettement, etc.), sur sa quête du miracle économique et financier (trouver le trésor), sur ses valeurs (la fidélité et le respect de la parole) et sur la part du rêve (Robin des bois, prince des voleurs vole les riches pour aider les pauvres). Comme dans 12 h 08 à l'est de Bucarest le film prend le temps de poser la cadre, les personnages, les situations, semble hésiter pour mieux nous surprendre.

Et si au fond l’essentiel était résumé dans l’alchimiste de Paulo Coehlo : « Quand nous avons de grands trésors sous les yeux, nous ne nous en apercevons jamais. Et sais-tu pourquoi ? Parce que les hommes ne croient pas aux trésors ». Alors ? Trésor ou pas trésor ? Une seule solution : aller au cinéma.

Le Trésor - Film de Corneliu Porumboiu avec Toma Cuzin, Adrian Purcărescu, Corneliu Cozmeiavec - Comédie - France, Roumanie - Date de sortie 10 février 2016 - 1h 29min

Nice - Cinéma Rilato - Le Trésor de Corneliu PorumboiuNice - Cinéma Rilato - Le Trésor de Corneliu Porumboiu

Nice - Cinéma Rilato - Le Trésor de Corneliu Porumboiu

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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A défaut de voir le zoo de Cincinnati vanté à la fois par le chauffeur de taxi et Lisa, nous avons pu admirer les exploits du zèbre Michaël Stone. S’il a écrit Comment puis-je vous aider à les aider ?, succès commercial à défaut d’être littéraire, Michaël Stone semble plus empêtré à se l’appliquer à lui-même. Débarquant à Cincinnati où il doit faire une conférence devant un parterre d’idolâtres, Michaël Stone nous fait une démonstration de déprime du quinquagénaire finissant qui en a soupé de la vie lobotomisée.

Lobotomisés. C’est le mot qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on voit ces curieux personnages d’animation tous taillés sur le même modèle : une fente au niveau des yeux et autour du front à la base des cheveux qui interdit donc à tout personnage la calvitie. Ils sont comme construit, dupliqués, standardisés. La standardisation atteint même des sommets avec des voix qui sont souvent de timbre identique, rendant les personnages interchangeables, insignifiants, aseptisés.

Aseptisés ? Il n’y a pas que les personnages qui le sont. Les conversations notamment celle du chauffeur de taxi, celle du réceptionniste de l’hôtel, celle du groom, le sont également. Quant à la musique, elle n’a jamais autant mérité son surnom de musique d’ascenseur : elle exhibe des notes tristes et molles plus ternes que jamais. Les espaces sont tous des espaces convenus : la chambre d’hôtel plus vraie que nature dans le genre Mercure-Ibis vous renvoie à votre propre expérience en chambre d’hôtel. Nous pourrions être à Cincinnati, Séoul, Milan ou Dresde que l’agencement serait identique.

Identique ? A même agencement, même attitude. Michaël Stone, dépressif, volontiers misanthrope, aisément phallocrate, largement alcoolique finit de personnage atypique qu’il était au départ par parachever le tableau en devenant aussi stéréotypé dans son attitude que son état sous-entend. Il téléphone à sa femme par habitude, peste lorsqu’il doit parler à son fils, picole au bar, tente une première aventure sans succès puis une deuxième avec une fille à qui il claironne qu’elle est la femme de sa vie avant de sombrer dans les bras de Morphée et de reprendre la vie comme elle se déroule.

Il semblerait que Duke Johnson et sa stop motion (animation de marionnettes image par image) dans des décors hyperréalistes ait merveilleusement fait ressortir les affres et les tourments de Charlie Kaufman. « Je vous dois combien, Docteur Johnson ? ».

Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson avec David Thewlis, Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan - Comédie dramatique – Film d’Animation –États-Unis - Date de sortie 3 février 2016 - 1h 31

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Europe, #Politique, #Religion, #Violence, #Amour, #Enfance
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Les bonnes sœurs polonaises d’après guerre se succèdent mais leur destin ne se ressemble pas. En revanche, le questionnement de leur foi en diverses circonstances est le vrai thème de deux films différents.

Dans Ida de Pawel Pawlikowski, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, questionne sa foi … et son attirance pour un jeune musicien avant de prononcer ses vœux. Rien de tel dans Les Innocentes d’Anne Fontaine qui suit le parcours de bénédictines polonaises violées à plusieurs reprises par les soldats de l’Armée rouge lors de la « libération » de la Pologne. En prenant appui sur cette histoire vraie, Anne Fontaine rappelle non seulement que les femmes sont les premières victimes civiles des conflits mais filme également avec délicatesse la foi de ces religieuses.

Le film est parfaitement linéaire et suit le parcours des résidentes de ce couvent à travers le destin croisé de deux femmes a priori antagonistes : Sœur Maria (Agata Buzek) bras droit de la mère supérieure du couvent et Mathilde Beaulieu, interprétée par Lou de Laâge, jeune infirmière de la Croix Rouge française, résistance et athée. Le parti pris alterne toujours entre ces deux visions de la société : des religieuses pour qui montrer son corps est pécher, une soignante pour qui soulager la douleur est infiniment supérieur à Dieu lui-même.

Mais de ces tensions extrêmes ne surgiront jamais de conflits ouverts : les relations des deux personnages tiennent davantage de la complémentarité du Yin et du yang que de l'opposition. Les conflits seront plutôt l’apanage interne des bénédictines partagées entre une vie telle qu’elles l’avaient rêvée et une vie telle qu’elles doivent la subir, partagée entre leur destin religieux auquel elles s’étaient préparées et leur destin de femme et de mère que la vie leur inflige brutalement.

Chacune de ses bénédictine questionne alors sa foi par rapport à son traumatisme : certaines la perdent si d’aventure elles en avaient été convaincues un jour, d’autres en sortent renforcées par l’épreuve que Dieu leur envoie, d'autres encore sont tiraillées entre leur désir d’amour pour leur divin mari qui ne sera jamais père de leur enfant et l'amour de leur enfant dont le père est honni.

La véritable héroïne Madeleine Pauliac dont le neveu, Philippe Maynial, a publié les documents confidentiels que sa tante envoyait au Général De Gaulle, meurt accidentellement en mission le 13 février 1946 à Sochaczew près de Varsovie, peu après avoir secouru les bénédictines. Le film d’Anne Fontaine se termine par le départ de Mathilde Beaulieu et une lettre lue en voix off par Sœur Maria « Même si ça vous fait rire, c’est Dieu qui vous a mise sur notre route ». Par un retournement prodigieux de situation, le débat entre athéisme et religieux s’invite hors du film, les uns pensant que Dieu dans sa grande mansuétude a accueilli Madeleine Pauliac en son paradis, les autres répétant à l’envi que, décidément, il ne pouvait y avoir de Dieu devant cette injustice.

Les Innocentes d’Anne Fontaine avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek – Drame historique – France, Pologne - Date de sortie : 10 février 2016 - 1h 55

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