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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Europe, #Amour, #Jalousie, #mort
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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A quoi pense donc un spectateur lambda lorsqu’il est question de La Wally, opéra d’Alfredo Catalani créé en 1892 à la Scala ? Au film Diva de Jean-Jacques Beineix bien évidemment. Et voilà ce qui fait que La Wally est réduite à sa plus simple expression : son air, tronqué du reste de toute sa partie chorale. Opéra très peu donné, La Wally semblait définitivement enterrée sous son avalanche dans les montagnes du Tyrol lorsque les opéras de Genève et de Monte-Carlo l’ont fait resurgir.

Le livret de La Wally composé par Luigi Illica tiré d’un roman et d’une pièce de théâtre de Wilhelmine von Hillern, Die Geyer-Wally suit les aventures de Wally dont le père lui choisit un parti dont elle ne veut pas. Rien de révolutionnaire donc pour un metteur en scène dans ce drame montagnard.

Curieusement, dans une époque où la sur-utilisation de la vidéo envahit les plateaux, le metteur en scène Cesare Lievi a opté pour un tout autre traitement, réservant la vidéo pour des interludes peu heureux d’un aigle tournoyant entre les actes. « Carton pâte » ont gémi les détracteurs de la proposition ! Pas si simple. En observant le plateau, ce qui frappe, c’est cette ancienne carte qui sert de tapis de sol et ces unités verticales qui semblent surgir de ce sol. La scénographie fait penser à ces livres pour enfant qui font apparaître la scène en relief à mesure que les pages sont tournées.

Cette conception d’Ezio Toffolutti fait ressortir La Wally d’un vieux livre de contes, permet ainsi d’en justifier les incohérences, rappelle sa longue absence des scènes et évite soigneusement toute transposition contemporaine hasardeuse qui n’aurait pas de sens. Paradoxalement, l’apparence du vieux (l’apparent carton-pâte) fait finalement office de traitement contemporain de l’œuvre.

Dans la fosse, Maurizio Benini n’a, en l’occurrence, pas le geste carton-pâte. Avec rigueur et enthousiasme, il emmène l’orchestre de Monte-Carlo vers la perfection et utilise habilement les longs moments de changement de décor pour faire entendre aux spectateurs la qualité de la musique de Catalani, comme pour mieux faire regretter que cette œuvre ne se donne que rarement.

Sur le plateau, Zoran Todorovitch campe un Giuseppe Hagenbach fanfaron, bravache. Mais la qualité scénique du ténor ne doit pas masquer son interprétation inégale du rôle. Si son chant devient plus rond en milieu de représentation, les stridences du début et surtout de la fin de l’ouvrage en font le maillon faible du plateau. La Basse In-Sung Sim impressionne en Stromminger : il terrasse la scène et la salle de sa voix et de sa présence et il joue à la perfection le faire-valoir, le protecteur de Lucio Gallo qui fait porter à la perfection toute la déconvenue de la misère humaine à son rôle Vincenzo Gellner. Le rôle travesti de Walter, jeune musicien ami d’enfance de Wally est magnifiquement porté par Olivia Doray qui rend à merveille la fougue de la jeunesse.

Reste le rôle-titre La Wally qui n’aura jamais tant mérité son article défini qu’en cette occasion. La très wagnérienne Eva-Maria Westbroek endosse le costume de contradictions de La Wally : sa voix envahit le plateau, la salle puis l’instant d’après montre toutes ses faiblesses de femme humiliée. Eva-Maria Westbroek rend toutes les contradictions du personnage et interprète le désormais célèbre Ebben? Ne andró lontana à en faire oublier définitivement Diva.

La représentation de La Wally à Monaco aura donc réussi à réconcilier une partie du public avec un ouvrage dont il est permis de se demander pourquoi les partitions sont restées si longtemps en rayon.

Opéra de Monte-Carlo - La Wally d'Alfredo Catalani ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Monte-Carlo - La Wally d'Alfredo Catalani ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Opéra de Monte-Carlo - La Wally d'Alfredo Catalani ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Monte-Carlo - La Wally d'Alfredo Catalani ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Monte-Carlo - La Wally d'Alfredo Catalani ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque contemporaine, #Europe
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Pour attendre en musique le Printemps des arts qui devrait fleurir le 19 mars 2016 et arborer sa magnifique floraison jusqu’au 10 avril 2016 au moins, les Amis du Printemps des arts présidés désormais par Michèle Dittlot ont décidé eux, d’arborer fièrement l’objet même de leur association : l’amitié.

C’est donc en compagnie d’une vingtaine des leurs qu’ils ont lancé leur propre édition 2016 du Printemps des arts avec « musique en appartement » qui ravive les très prisés salons musicaux d’autrefois. N’étant cependant pas autorisé à vous dévoiler l’endroit de la réception, c’est par une présentation du public, des artistes et du programme, c’est à dire l’essentiel, que votre curiosité sera étanchée.

L’association des amis du Printemps des Arts est d’abord fort bien représentée. Outre sa Présidente, la Vice-présidente Barbara Begelsbacher et le trésorier de l’association George Gaède sont présents. En préambule, notre hôte signale par ailleurs la présence de Smadar Eisenberg pour l’association des amis de l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo, de Paul-Marie Jacques pour l’association des amis de l’opéra de Monte Carlo, d’Elisabeth Bréaud à la fois pour l’association monégasque pour la connaissance des arts et pour l’association Rencontres Internationales Monaco-Méditerranée et Jean-Marc Bosquet remercié pour son action passée au sein de l’association Crescendo.

Les deux artistes invitées, Vera Novakova au violon et Maki Belkin au piano, sont des habituées du printemps des Arts et le concert de ce soir est d’ailleurs une reprise du concert donné en avril 2013 dans l’église Saint-Michel de La Turbie (voir [Musique - Printemps des Arts - Eglise Saint Michel - La Turbie] Stravinsky est-il soluble dans le baroque ? ) dans des conditions plus confortables.

Le concert a été pensé comme une gigantesque sonate pour violon et piano en trois mouvements composée de trois pièces. Ces trois pièces ont été écrites dans les années trente pour les tournées que Stravinsky organisait avec le violoniste étasunien Samuel Dushkin : duo concertant, suite italienne et divertimento. Chaque pièce se compose respectivement de cinq, six et quatre mouvements.

Les trois pièces témoignent d’un tournant dans la carrière du compositeur. Si le duo concertant est encore proche de la période précédente, proche des évocations qu’un public normalement constitué se fait de la musique de Stravinsky, la suite italienne surprend tant elle renvoie à la musique de Mendelssohn ou Brahms. Le virage néoclassique de Stravinsky est pris.

Toujours aussi complices, Vera Novakova et Maki Belkin nous ont offert un moment musical privilégié.

Le Printemps des Arts et ses amis n’étant jamais en reste de surprise, le programme de ce concert est disponible soit sous forme de cd soit sous forme dématérialisée. En pleine crise du disque, il fallait oser, le Printemps des Arts et ses amis l’ont fait !

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Enfance, #Adolescence, #Amour, #Jalousie, #Racines
[Cinéma – Festival Télérama – Cinéma de Beaulieu] Arnaud Desplechin : Trois souvenirs de ma jeunesse et moi et moi et moi

Le film aurait pu avoir pour sous-titre Je me souviens, sorte de clin d’œil à Georges Perec pour qui ces je me souviens sont « des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'État, des alpinistes et des monstres sacrés. »

O tempora, o mores, la madeleine de Proust qui invite au rétro-voyage se transforme ici en acte administratif au retour du Tadjikistan. C’est un simple problème de passeport volé dans sa jeunesse qui va relier Paul Dedalus à ces années étudiantes dans les années 80… Paul Dedalus se retrouve dans les couloirs du temps.

Volontairement déséquilibré, le récit des trois réminiscences commence à l’adolescence, à la perte volontaire du passeport confié à un adolescent juif, refuznik soviétique, candidat au départ en Israël. Il se poursuit avec un bond dans l’enfance. La troisième partie qui se nomme Esther est de loin la plus longue, envahit l’écran comme elle envahit les souvenirs, rien que de très normal, Esther représente le premier amour, l’inoubliable !

A partir de ce moment, la voix off se fait troisième personne alors que le titre est à la première. Paul se dédouble, Paul se regarde aimer comme s’il était cet autre Paul Dedalus à qui il a donné jadis son identité.

Le film qui s’ouvre avec Mathieu Amalric se poursuit dans sa troisième partie avec une brochette de jeunes acteurs qui occupent l’écran comme les souvenirs l’histoire. Quentin Dolmaire en Paul Dedalus-étudiant est mimétique. Il adopte le phrasé, la posture de Mathieu Amalric, il est Paul Dedalus et Mathieu Amalric à la fois, l’illusion est parfaite. Il est une des révélations du film. A ses côtés, Lou Roy-Lecollinet, est l’autre révélation. Pourtant cette jeune comédienne n’a pas la partie la plus facile : elle affole son entourage doit se montrer tour à tour distante, aguicheuse, amoureuse, assurée, déjantée. Elle doit monter toutes les palettes de l’adolescence entrant dans la vie adulte et toute la palette de son talent. Elle prend des risques, et irradie le film.

Le spectateur actuel, contemporain de Mathieu Amalric, se retrouve plongé dans sa propre jeunesse, Il n’est certainement pas Paul Dedalus mais sûrement un de ses copains.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Epoque contemporaine, #Europe, #Violence
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Cela commence par un personnage bavard à Pôle-Emploi contestant en reprenant sempiternellement les mêmes arguments le bienfondé de la formation de grutier qu’il vient de suivre. Nous le retrouverons bavard une deuxième fois lors de la tentative de vente de son mobil-home. En dehors de cela, Vincent Lindon ou plutôt Thierry se murera dans un quasi silence et sera le témoin muet de tout un cycle.

La Loi du marché de Stéphane Brizé pose la question des rapports de force dans le monde de l’entreprise. Pour mieux lui rendre force, Stéphane Brizé entoure Vincent Lindon de non professionnels qui vont donner au film une patte réaliste, naturaliste. La caméra suit le personnage de Thierry, le filme souvent de dos, souvent de trois-quarts quasiment jamais de face, il est témoin des événements sans voix comme médusé. Il est le lien entre l’événement et le spectateur qui s’identifie à lui, s’interrogeant du coup sur ses propres limites.

Clairement la question du choix est posée et le film ne fait évidemment pas l’économie de sa ritournelle d’humiliations qui pourrait confiner au voyeurisme si elles n’étaient pas là pour nous indiquer la complexité du choix : jusqu’à quel point, peut-on subir ? Que peut-on accepter ? Dans cette soumission à l’autorité, quel élément exogène va briser le cercle ? L’expérience de Milgram sur la soumission à l’autorité n’est jamais très éloignée.

Claire Etcherelli dans Elise ou la vraie Vie publié en 1967 évoquait déjà le monde du travail dans les usines Renault. Elle s’interrogeait ainsi vers la fin de son récit : « Quelle force nous a manqué ? Où est la faille qui ne nous a pas permis de dominer ce qu’il est facile d’appeler le destin ? Jusqu’à quel degré sommes-nous coupables ? Ces belles fleurs qui se mêlaient en nous aux herbes vénéneuses n’auront donc servi qu’à tresser des couronnes mortuaires. Ce que nous avions à défendre, ce que nous avions à conquérir, nous le laissons derrière nous. »

Puis avant de clore définitivement son histoire elle lance « Je me retire en moi mais je n’y mourrai pas ». Cinquante ans après Thierry agit de même…

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Amour, #Tourisme, #Adolescence, #Vieillesse
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Évoquer La Mort à Venise renvoie souvent le public au film de Luchino Visconti sorti sur les écrans en 1971, plus rarement à la nouvelle de Thomas Mann publiée en 1912 et encore plus rarement à l’opéra testament de Benjamin Britten sur un livret de Myfanwy Piper créé au Festival d’Aldeburgh en 1973.

Il faut dire que la patte de Luchino Visconti, les décors vénitiens, la magie du montage permettant de se jouer des problèmes d’espace et de temps et la désormais populaire 5ème symphonie de Mahler rendaient la concurrence difficilement surmontable pour un opéra quasi monologue reposant presqu’intégralement sur le ténor avec une partition à laisser plus d’un amoureux du belcanto aussi chaud qu’un glaçon d’Antarctique.

Cette année, pourtant, l’opéra de Nice a eu l’immense courage de recréer Death in Venice de Benjamin Britten dans une mise en scène d’Hermann Schneider et sous la direction musicale de Roland Böer. De salle comble en première partie, la salle s’est fortement réduite à l’entracte : bâillement à peine étouffé à gauche, roupillon à droite, coups d’œil respectifs au moindre son strident devant et quelques « c’est chiant » susurrés derrière ont assuré à ceux qui ne boudaient pas leur plaisir une grande aisance en deuxième partie.

Si Roland Böer à la baguette imprime à l’orchestre de Nice sa rigueur et son énergie, il faut également saluer la parfaite interprétation d’Anthony Ballantyne, connu de tous les mélomanes et qui tient sa partie piano à la perfection. Inutile également de souligner l’extrême qualité de l’interprétation vocale et du jeu du ténor Hans-Jürgen Schöpflin, grand habitué du répertoire de Britten en général et de l’écrivain Gustav von Aschenbach en particulier. Il est d’ailleurs secondé à la perfection là aussi par le baryton Davide Damiani, qui, en véritable caméléon, interprète huit rôles : voyageur, vieux dandy, vieux gondolier, directeur de l’hôtel, guide à Venise, barbier de l’hôtel, chef des musicien et voix de Dionysos.

Le chœur de Nice est très sollicité pour cet opéra. Non seulement, il rend crédible la vie mondaine du Venise du début du siècle mais il imprime un tempo à l’ensemble qui contribue à la réussite générale. Du chœur se détachent tous les rôles secondaires sous lesquels on reconnait Frédéric Diquero en verrier et musicien de rue, Karine Ohanyan en mendiante, Sandrine Martin en fille française, splendide sous son ombrelle face au baryton Ioan Hotenski sous son chapeau haut-de-forme.

Si Death in Venice est une œuvre majeure, méconnue ou malaimée du XXème, la raison en est peut être sa trop grand proximité de création avec le film. Or, dans la proposition d’Hermann Schneider, le spectacle vivant et l’opéra reprend ses droits, revendique sa spécificité et renoue avec son succès. Dans sa production, Hermann Schneider ne court pas après le changement de tableau : tout l’opéra se déroulera dans un décor unique surprenant au départ le spectateur habitué que le spectacle le promène sur la plage, à la gare, sur les canaux, etc. Tout se déroule en intérieur, de grandes baies vitrées en fond de scène faisant office d’extérieur et permettant à Tadzio et ses amis de s’ébattre sur la plage.

La scénographie de Bernd Franke est clairement réaliste avec sa grande bibliothèque, son bureau et ses canapés et clairement symbolique avec ses murs lépreux qui annonce la fin d’un monde, ce décor qui s’ouvre pour symboliser les canaux (faisant ainsi entrer l’extérieur à l’intérieur) ou le fossé qui se creuse entre le mentor et son éphèbe, entre l’écrivain et son fantasme, entre la réalité et l'illusion. En effet, le parti pris de mise en scène montre clairement au spectateur l’écrivain en création, tout ce qui nous est donné à voir semble représenter le cheminement créatif de l’écrivain ; Gustav von Aschenbach ou Thomas Mann dans sa bibliothèque se lance dans un nouvel ouvrage qui convoque un lieu, une situation, une émotion, des souvenirs, un fantasme. Le fait que Gustav von Aschenbach ne quitte jamais la scène et que Tadzio termine la première partie et entame la seconde en sorte de pied de lampe posé sur le bureau de l’écrivain semblent confirmer cette hypothèse.

Prenant ainsi ce parti pris, la production s’éloigne alors radicalement de la production cinématographique, explique le choix de Tadzio non plus éphèbe blond du film mais jeune homme brun cheveux gominés, rôle dansé dans lequel Lohan Jaquet met d’ailleurs toute sa grâce et toute sa séduction. En reprenant ses codes, en les assumant, Schneider assume la scène aux dépends de l’image, nous donne une magistrale leçon de mise ne scène et redonne à l’œuvre de Benjamin Britten une place qui n’aurait jamais due se faire éclipser.

Opéra de Nice - Death in Venice (Mort à Venise) Benjamin Britten ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice - Death in Venice (Mort à Venise) Benjamin Britten ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice - Death in Venice (Mort à Venise) Benjamin Britten ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Nice - Death in Venice (Mort à Venise) Benjamin Britten ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Théâtre, #Musique, #Epoque moderne, #Epoque contemporaine, #Patrimoine, #Amour, #Jalousie, #Enfance, #Adolescence, #fantastique
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Après avoir découvert le travail de Jean Bellorini, directeur du Centre dramatique national de Saint-Denis avec Liliom au Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées au printemps dernier, l’attente de découvrir son Cupidon est malade devenait chaque jour plus insupportable d’autant que le sous titre rêverie autour du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare intriguait plus encore. La coproduction enfin par le Théâtre Am Stram Gram de Genève renforçait les auspices favorables.

Cupidon est malade n’est ni Le Songe d’une nuit d’été, ni Le Songe d’une nuit d’été revisité, ni une adaptation contemporaine du Songe d’une nuit d’été. Cupidon est malade plus qu’une rêverie est une mise en écho du Songe d’une nuit d’été. Pour reprendre l’image des ondes oscillantes dans l’eau, Cupidon est malade est une encyclie à la pièce de Shakespeare. Cupidon est malade est une réécriture menée de doigt de fée par Pauline Sales pour les éditions Les Solitaires intempestifs en 2014 pour une mise en scène réalisée de main de maître par Jean Bellorini.

De la pièce de Shakespeare, il reste les personnages : Bottom, Hermia, Lysandre, Hélène, l’évocation de Puck alias Cupidon, ces personnages qui s’endorment, ces histoires qui se croisent et cette farandole-poursuite dans la forêt comme dans un songe. Sauf que l’écriture de Pauline Sales a rendu le Songe à son époque : Hermia et Lysandre se remarient mais chacun a invité feu sa moitié (Bottom et Hélène) à assister à la cérémonie et les enfants de chaque lit Tine et Robin tenteront tout pour revenir au monde d’avant.

Qui mieux que Cupidon pour tenter de rétablir l’ordre des choses. Chez Shakespeare, Puck cherche une "pensée d’amour", fleur qui reçut une flèche de Cupidon. « Son suc, étendu sur des paupières endormies, peut rendre une personne, femme ou homme, amoureuse folle de la première créature vivante qui lui apparaît ». Pauline Sales la transforme en confiture magique dans laquelle Cupidon a toussé et tour à tour Bottom, Lysandre et même Hermia vont succomber au sortilège et tomber sous le charme d’Hélène.

La pièce écrite par Pauline Sales et mise en scène par Jean Bellorini fonctionne par réminiscences et souvenirs. Souvenirs des personnages, souvenirs d’une époque révolue, souvenirs des auteurs, souvenirs des spectateurs. Cupidon fonctionne comme une gigantesque mise en abyme collective que la musique créée sur scène renforce : les chansons des plus vieux font écho aux rythmes et au phrasé de Juliette Gréco, de Nicole Croisille ou des Négresses vertes tandis que les chansons des plus jeunes renvoient indéniablement aux rythmes et au phrasé de Stromae.

Les acteurs particulièrement dynamiques et impliqués dirigés d’une main experte imprègnent à l’ensemble une dynamique qui se communique à la salle. La fraicheur qui se dégage du texte et du plateau prouvent une fois encore que Le Songe d’une nuit d’été est une œuvre intemporelle qui ne cesse de faire écho et n’a pas encore fourni ni tous ses secrets, ni toutes ses surprises.

Cupidon est malade - Mise en scène Jean Bellorini - Théâtre national de Nice Cupidon est malade - Mise en scène Jean Bellorini - Théâtre national de Nice
Cupidon est malade - Mise en scène Jean Bellorini - Théâtre national de Nice Cupidon est malade - Mise en scène Jean Bellorini - Théâtre national de Nice

Cupidon est malade - Mise en scène Jean Bellorini - Théâtre national de Nice

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #guerre, #Epoque contemporaine, #Europe, #Amour
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A impression étrange, titre surprenant. La bande annonce entraperçue au moment de la précédente édition du Festival m’avait déjà laissé fortement perplexe mais retrouvant le film dans la sélection Télérama, le remords d’être passé à côté de quelque chose ne laissait plus de place à la tergiversation : il fallait se rendre compte par soi-même.

Le film n’est pas dépourvu d’atouts : Nina Hoss et Ronald Zehrfeld en mari et femme séparés puis réunis après l’horreur de la politique génocidaire nazie et Nina Kunzendorf en énigmatique Lene Winter, dirigés avec précision, portent le film. Christian Petzold construit méticuleusement chaque plan rendant le Berlin de l’immédiat après-guerre de manière très réaliste. Le thème abordé, celui de l’Allemagne de l’immédiat après-guerre, du réveil de la conscience, de la reconstruction, du retour des déportés est souvent moins abordé au cinéma que le thème de la déportation en elle-même et tient lieu ici d’originalité.

Cependant, le film est construit de manière très classique, il est très chronologique, il a un début, un milieu et une fin, il tire vers le réalisme mais ne se fait pas l’économie des incongruités de situation qui perturbent sa lecture. Comment une femme qui doit se faire passer pour une surprenante « revenante » déambule-t-elle aussi facilement ? Pourquoi le tatouage qui servira de reconnaissance pourtant visible n’apparait qu’à la fin ? Le film évoque bien évidemment le Mariage de Maria Braun de Rainer Fassbinder et Vertigo d’Alfred Hitchcock en inversant les pôles positifs et négatifs des personnages. Le bon John « Scottie » Ferguson de Vertigo qui recherche une femme qu’il a connue et la transforme physiquement cède la place au « méchant » Johnny Lenz. Mais rien n’y fait : en dépit de la qualité du jeu d’acteur qui les porte, Johnny Lenz n’a pas l’énergie de John « Scottie » Ferguson qui reconstitue sa Carlotta Valdez, Nelly Lenz n’a pas la complexité de Maria Braun.

Le film est sans doute traité de manière trop sage, trop convenue. En ce sens, il paraît en désaccord avec son époque, il semble anachronique.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Afrique, #Amour, #Violence
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Ironie de l’histoire, le film Much Loved de Nabil Ayouch ressort à nouveau sur les écrans dans le cadre du Festival Télérama en même temps que le nouveau long-métrage qu’il produit Les Chevaliers blancs de Joachim Lafosse. Il semblerait que Much Loved ait suscité quelques remous au royaume chérifien. Pourquoi donc l’histoire de quatre jeunes filles dans le Marrakech actuel pourrait-elle mettre en colère les autorités marocaines ?

Le moins que l’on puisse dire est que le Maroc et le Marrakech décrits par Nabil Ayouch sont très loin des cartes postales et des thématiques classiques. Suivant le quotidien de quatre jeunes filles, la caméra de Nabil Ayouch les suit en plan rapproché, voire très rapproché, les piste, ne les quitte jamais plus d’une semelle. La camera explore le quotidien selon le procédé des documentaires donnant à l’ensemble une impression d’hyperréalisme qui quittera petit à petit le film à mesure de la progression de l’histoire, à mesure que les jeunes femmes sont traitées pour ce qu’elles sont : des prostituées.

Much Loved est effectivement une histoire de prostituées dans le Maroc d’aujourd’hui. Nabil Ayouch filme cette histoire sans fard, sans concession et sans voyeurisme excessif. Son parti pris d’hyperréalisme et de tension fonctionne à plein dans la première partie, rendant les rencontres festives de ces jeunes filles en sorte d’orgie étudiante certes de mauvais goût mais plutôt conviviale. Si le film abandonne cette idée et semble entrer dans le cliché et le convenu dans sa seconde partie, c’est sans doute que le film enferme à nouveau les filles dans leur condition de « vulgaires putes » qui ne trouveront alors plus grâce aux yeux des hommes.

Elles sont donc prostituées, amatrices d’alcool et de danse lascive, clientes d’occidentaux et surtout de Saoudiens, fument du shit, sniffent de la coke, fréquentent des travestis. Sans doute serait-ce largement suffisant pour expliquer les remous causés par le film mais cela ressemble à une série de leurres. Ce qui peut déranger réellement les autorités marocaines dans ce films, c’est la farouche volonté de ses femmes de trouver une issue à leur vie, de ne renoncer à rien et surtout pas aux plaisirs, de bâtir des projets d’avenir dans lesquels chacune se débarrasse d’ailleurs et du Maroc et du poids des hommes ? Et ça, à l’évidence, ça ne passe pas.

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Publié le par Théodore Charles
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Shake pour Shakespeare ? Non, Shake pour secouer car c’est bien à une grande secousse shakespearienne que Dan Jemmett s’est livré pour Shake d’après La Nuit des rois de William Shakespeare créé en 2002 au Théâtre de la Ville à Paris. La longévité de la pièce reprise treize ans plus tard au Théâtre national de Nice est un signe de l’intérêt qu’elle suscite. Tout peut être reproché à Dan Jemmett sauf de ne pas avoir de parti pris de mise en scène.

Des dix-sept rôles de la pièce, Dan Jemmett ne retient que cinq comédiens qui changent en permanence d’identité, de fonction et une marionnette. De l’Illyrie, Dan Jemmett ne retient qu’un décor de cabanes de plage, image que les télévisions nous renvoient de cette côte depuis l’indépendance et la pacification de la Croatie. Un vieil électrophone, crachant des standards des années 60, renvoie en revanche aux comédies cinématographiques de plage et de vacances. Impossible de ne pas penser aux Vacances de Monsieur Hulot ou plutôt à ses tribulations et impossible de ne pas évoquer Certains l’aiment chaud de Billy Wilder et ses nombreuses métamorphoses sur les plages de Floride.

Utilisant tous les ressorts de la comédie et du registre comique, Dan Jemmett use et abuse des cabines de plage comme entrée et sortie du plateau, comme lieu d’espionnage, comme lieu de la métamorphose. Les portes claquent et les scènes s’enchainent. Dan Jemmett convoque une marionnette et un faux ventriloque (en fait Sir Toby Belch, parent d'Olivia et Sir Andrew Aguecheek, compagnon de Sir Toby) qui résument à eux-seuls la parole rapportée, objet de toutes les tensions. Il fait tourbillonner ses personnages qui se métamorphosent à vue à coup de perruque, de chapeau. Le personnage du bouffon d’Olivia use et abuse du comique de répétition avec ses histoires de docteur qui finissent par faire rire tant elles s’accumulent.

Le secret du succès de cette pièce tient donc dans la caricature qui flirte souvent avec l’outrance sans jamais l’atteindre, dans l’énergie du plateau qui tient en haleine le spectateur, dans la direction d’acteurs au millimètre qui ne laisse aucune prise à « l’à peu près » mortel pour le rythme imposé à la pièce et au texte qui ressort constamment avec d’autant plus de force qu’il replace l’enjeu sur le drame que, dans cette farandole, le spectateur serait prêt à oublier.

Il ne faut surtout pas s’imaginer que Dan Jemmett trahit les propos de Shakespeare. Le texte est présent, d’autant plus présent d’ailleurs qu’il est paradoxalement porté par le tourbillon sur scène. Dire qu’il « revisite » l’œuvre de Shakespeare serait un raccourci un peu facile et sans nuance. Il serait plus sage de dire que comme tout bon dramaturge, comme tout bon metteur en scène, il s’est replongé dans l’œuvre pour en tirer la substantifique moelle chère à François Rabelais : le contexte et l’ambiance portés par les mots.

La grande différence entre une mise en scène outrancière faite pour choquer et provoquer une vaine polémique et le travail de Dan Jemmett repose donc principalement sur le fil qu’il tisse lentement et sur lequel il marche prudemment : il ne transpose pas la Nuit des rois dans une autre époque, il rend la pièce de Shakespeare intemporelle. Il n’en tire pas de mauvaise ficelle, il tente d’en rendre l’ambiance originelle. Reste à adhérer à la proposition, à entrer dans la danse, à se laisser porter, c’est toujours la limite d’une œuvre avec son public.

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Publié le par Théodore Charles
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S’approcher du site des confluences sans jamais le fouler finissait par devenir une promenade classique du touriste moyen à Lyon. L’architecture déconstructiviste imaginée par le cabinet Coop Himmelb reposant sur d'importants porte-à-faux dessinait le futur musée des confluences. Année après année, la forme de ce gigantesque insecte se précisait jusqu’à son ouverture il y a un an.

Long de 190 mètres, sur 90 de large et 41 mètres de haut, l’ensemble architectural se compose désormais de ses trois grandes parties enfin terminées : le Socle qui accueille le visiteur en jouant sur les intérieurs-extérieurs, le Cristal entièrement vitré, qui se compose de circulations autour d’un vortex symbolique et le nuage, espace des expositions permanentes et temporaires.

Il ne restait plus qu’à pénétrer dans le Saint des Saints pour déambuler dans cette architecture, voir la collection permanente, issue du Muséum de Lyon, et découvrir les expositions temporaires. Et c’est là que les Athéniens s'atteignirent, que les Perses se percèrent, que les Satrapes s'attrapèrent, et que les Mèdes s'...

Amis visiteurs, la première épreuve qui vous attend demeure la file d’attente d’une heure et demie qui vous conduit directement non à la billetterie mais à la fouille minutieuse (passage au détecteur compris) de vos effets personnels. Certes, certains se sentent davantage en sécurité oubliant au passage que lors des attentats de Paris, c’est aux terrasses des cafés et des restaurants que les gens ont d’abord été fauchés, oubliant également que, pour entrer au Bataclan, les terroristes ont flingué les responsables de sécurité d’abord et sans autre formes de procès. Mais, amis visiteurs, si vous ne souhaitez pas casser l'ambiance, abstenez-vous de toute remarque.

La seconde épreuve consiste à rester stoïque au milieu des poussettes désertées par autant de petits génies à leur papa et à leur maman qui viennent au musée comme ils iraient à Disney … en consommateurs. A cela s’ajoute l’épreuve non facultative de supporter patiemment les cris, caprices et autres colères desdits bambins sur lesquels les parents n’essaient même plus d’étendre désespérément leur chimérique empire. Amis visiteurs, un bon geste, dites-vous que d’autres ont sans aucun doute supporté les vôtres !

La troisième épreuve, beaucoup plus classique, est une preuve sportive visant à tenter désespérément de se frayer un chemin dans les quatre espaces de la collection permanente répartie en quatre espaces d’exposition, appelés Origines, les récits du monde pour le premier, Sociétés, le théâtre des hommes pour le deuxième, Espèces, la maille du vivant pour le troisième et enfin, Éternités, visions de l'au-delà pour le dernier. Amis visiteurs, un conseil : repérez le Mammouth de Choulans, repérez Camarasaurus, le dinosaure, repérez les momies égyptiennes et tournez immédiatement les talons, il y aura beaucoup moins de monde ailleurs !

Si vous avez passé brillamment ces trois épreuves, vous pourrez alors dans une plus grande quiétude attaquer les collections temporaires loin des poussettes sagement parquées auprès de leur propriétaire assis dans les espaces circulaires, loin des petits génies qui depuis belle lurette, préfèrent courir dans les couloirs en attendant l’heure de la sortie. Les expositions temporaires sont elles aussi réparties en quatre espaces et proposent une entrée thématique chacune sous la houlette d’un commissaire spécialiste particulier. De grande qualité, de grande exigence, elles permettent de découvrir en un espace des œuvres issues des collections de plusieurs musées et se prêtent volontiers au jeu du multi-format ou de la confrontation à l’art et notamment l’art contemporain. L’exposition temporaire L’art et la machine par exemple a permis cet hiver de découvrir les rapports que l’homme entretient avec la machine des premiers aéroplanes aux sculptures de Tinguely ou aux compressions de César en se frottant à des arts aussi divers que la peinture classique, le cinéma ou la sculpture contemporaine.

Enfin visiteurs, fourbus et néanmoins amis, pour respirer tout le charme du bâtiment, n’hésitez surtout pas à faire le tour des espaces, à déambuler dans les escaliers, à admirer le Rhône, la Saône, la confluence, La ville de Lyon et son agglomération de ce point de vue absolument extraordinaire.

Musée des confluences de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMusée des confluences de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMusée des confluences de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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