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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Théâtre, #environnement, #Danse, #Cirque, #Musique, #Epoque contemporaine
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Le croisement des différents langages artistiques est toujours un exercice périlleux pouvant se solder dans le pire des cas par une espèce de suraccumulation d’écritures esthétiques sans interactions entre elles. Le traitement d’une actualité immédiate peut se révéler tout aussi suicidaire si un parti pris fort ne le porte pas. Et pourtant, David Lescot a tenu le pari de s’attaquer à un sujet d’immédiate actualité (la COP21) en croisant les écritures artistiques. Porté ici par une dramaturgie solide, le croisement des arts loin d’affaiblir le propos le renforce.En devenant volontairement cacophonique, il est la parfaite interprétation de ce que génèrent ces grands messes médiatiques … Much Ado About Nothing autrement dit Beaucoup de Bruit pour rien comme le disait déjà William Shakespeare.

Pour éviter l’écueil de l’immédiateté, la pièce Glaciers grondants est viscéralement naturaliste. Elle puise incontestablement chez Emile Zola et ses Carnets d’enquête. Elle a d’ailleurs été conçue selon un processus enquête préalable, écriture, dramaturgie et mise en espace. Pour marquer le trait, certains comédiens conservent d’ailleurs leur identité à la scène comme à la ville : Éric Caruso est Éric Caruso, Théo Touvet est Théo Touvet. La pièce se pose en témoin de notre temps. L’enjeu climatique transcende tout, imprègne les débats, envahit la vie quotidienne, questionne la représentation.

Certes naturaliste, la pièce fonctionne également par clins d’œil théâtraux. La tentative de rencontre entre Éric Caruso et Jean Jouzel, climatologue et glaciologue français de renom, vice-président du GIEC et à ce titre récipiendaire du prix Nobel de la Paix collectif attribué en 2007, tourne à la péripétie calendaire. Jean Jouzel est annoncé, attendu comme Godot, n’apparait jamais évidemment et finit par n’être plus qu’une voix mais quelle voix, celle qui rompt avec la cacophonie ambiante. Comment ne pas voir également un clin d’œil, pire une citation, à Eugène Ionesco et aux Chaises dans le final de Glaciers grondants. Dans Les Chaises, au milieu d’un fatras de chaises sur-accumulées, le vieux et la vieille après avoir accueilli l’orateur se suicident. Dans Glaciers grondants, plus les gens parlent sur scène, plus les frigos envahissent la pièce jusqu’à se muer en écrans pour clips de témoignages, certes tous plus justes les uns que les autres mais tous plus inaudibles les uns que les autres dans cette débauche de paroles, de mots, de unes, de vrais-faux débats, de fausses vraies bonnes idées. Le problème de communication cher à Eugène Ionesco revient en force.

La mise en abyme se fait permanente et le dérèglement climatique touche également le couple avec ses ciels sereins, ses orages, ses tempêtes, ses bourrasques.

Comme un flot grossi par la fonte

Des glaciers grondants,

Quand l'eau de ta bouche remonte

Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de Bohême,

Amer et vainqueur,

Un ciel liquide qui parsème

D’étoiles mon cœur !

Le Serpent qui danse tiré des Fleurs du mal de Charles Baudelaire donne non seulement son titre à la pièce mais permet également à la pièce de suivre en parallèle dérèglement climatique et dérèglement amoureux, d’aborder subtilement le thème de la durée et du temps qui passe, de combiner urgence et insouciance et de mettre en lumières calme séculaire et éruptions soudaines. Mais la mise en abyme ne s’arrête pas à ce parallèle : Théo Touvet est bien comédien et circassien sauf que Théo Touvet est également physicien et la rencontre avec Éric Caruso dans la pièce évoque la rencontre dans la vie entre un metteur en scène avide de comprendre les enjeux climatiques et un artiste –physicien non moins avide de participer à une aventure collective. La pièce enfin se met en abyme avec le Conte d’hiver de William Shakespeare. Comme son nom l’indique, Le Conte d’hiver est très marqué par les saisons et interroge l’influence du climat sur nos passions. Le Conte d’hiver devient donc à la fois la pièce caution culturelle de la COP 21 dans Glaciers grondants et la mise en abyme interne de la pièce avec une rencontre amoureuse entre un journaliste et une comédienne jouant la pièce. Le seul regret est que la mise en abyme ne soit pas entièrement exploitée, reprise jusqu’à son terme, pour questionner le parallèle entre le remords du Roi Leonte pour sa folie et le remords (ou son absence) des hommes face aux dégâts climatiques.

La pièce enfin dans sa conception même ne nous épargne rien sur l’aveuglement humain : elle se fait aussi foisonnante et cacophonique que les débats planétaires orchestrés. Elle mêle questions vitales et écrans de fumée. La musique sur plateau, la partie chorégraphique de DeLaVallet Bidiefono ou les interventions circassiennes de Théo Touvet peuvent prendre tour à tour un de ces deux aspects. La pièce est servie par un plateau de comédiens dirigés au millimètre passant du jeu au chant et à la danse parfois collective. Anne Benoit donne à la pièce la raideur qui lui sied en journaliste en quête de projet, l’humour nécessaire en pastiche politique et la fragilité rassurante dans les pièces chorégraphiques. Éric Caruso et Maxime Coggio, en Éric Caruso, actuel et passé, jouent à la perfection de leur gémellité asymétrique.

Enfin, la force de la pièce tient dans son aspect réactif à l’actualité, David Lescot transformant en force ce qui aurait pu être une faiblesse. La pièce réagit selon un calendrier qui couvre une année entière de soubresauts dans la préparation de la COP21 avec son lot de métalangage communiquant, son lot de lieux communs politiques. La fièvre de la COP21 est fidèlement retraduite par cette espèce d’emballement qui envahit la plateau, les spectateurs, la salle allant jusqu’à la saturation jusqu’à se statufier subitement dans une minute de silence à la date du 13 novembre 2015.

Partant de là, l’emballement n’est plus le même, les acteurs reprennent vie, la préparation aussi mais le cœur ne semble plus y être. Plus de foisonnement, plus de parallèles comme si la survie de la planète venait de buter sur un obstacle inattendu l’achevant définitivement : l'émotion immédiate. Troublant.

Glaciers grondants de David Lescot - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comGlaciers grondants de David Lescot - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comGlaciers grondants de David Lescot - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Glaciers grondants de David Lescot - Théâtre national de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #guerre, #Violence, #Amour, #Jalousie, #Bad boys, #Politique
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Et la Marseillaise (d’Hector Berlioz) retentit après une minute de silence, juste avant l’hymne monégasque pour la traditionnelle fête du Prince. Nouveau moment de recueillement en Principauté pour les victimes des attentats de Paris mené solennellement par Jean-Louis Grinda, directeur de l’opéra de Monte-Carlo et conseiller national, accompagné par Patrice Cellario, Conseiller de Gouvernement pour l'Intérieur. A titre personnel, j'aurais préféré Consolation de Franz Liszt, plus approprié, plus neutre mais l’heure n’était pas à la polémique.

La Traviata de Jean-Louis Grinda étant encore dans beaucoup de mémoires, le public attendait donc de découvrir ou de redécouvrir sa Tosca. Indubitablement, Jean-Louis Grinda a opté pour un parti pris cinématographique. D'entrée de jeu, une projection vidéo montrant Tosca en équilibre sur le parapet du château Saint-Ange dialoguera avec une vidéo finale de Tosca en robe rouge sang s’écrasant en contrebas. Le clin d’œil au film de Claude Sautet Les Choses de la vie semble évident : Tosca aura revécu son drame le temps du saut.

Le parti pris plastique ne s'arrête pas à l'ouverture et la clôture du drame : l'atelier de Caravadossi se transforme en tableau vivant que la longueur de la scène du Grimaldi Forum transforme en plan en cinémascope. A l’intérieur de ce tableau vivant, la scène se transforme à vue, le lieu se fait atelier de restauration, la table digne d’accueillir la cène de Léonard de Vinci se transforme en salle de torture, autre manière de se mettre à table.

Tosca étant historiquement marquée, toute transposition historique semble vouée à l’échec. C’est donc par le traitement des personnages que la patte contemporaine du metteur en scène s’est manifestée. Floria Tosca et Mario Caravadossi se noient dans cet espace comme devant une situation dont ils ne sont plus maîtres. Marcelo Álvarez campe un Mario Cavaradossi qui tente de garder la tête froide dans un enchainement qui le dépasse, accueille sans chaleur un compagnon de lutte, reçoit froidement la trahison de Tosca, subit son sort plus qu’il n’en est acteur, il est de ce point de vue un héros de Camus : comme il faut imaginer Sisyphe heureux, il faut imaginer Caravadossi satisfait.

Son attitude pourrait surprendre s’il n’était pas mis en opposition par le traitement de deux autres personnages qui semblent le broyer psychiquement : Bryn Terfel pourrait camper un baron Scarpia, tonitruant, balançant tout sous son impressionnante carrure. C’était l’attendu, Jean-Louis Grinda en a fait un monstre froid, mordant, cynique, sorte de chat jouant avec sa proie (Martina Serafin hélas parfois stridente en Floria Tosca). Ce personnage cynique s’accompagne d’ailleurs par un très inspiré Rodolphe Briand en Spoletta, copie conforme de son Scarpia de mentor, agissant à l’économie de gestes dans un cynisme de bon aloi qui rend la situation d’autant plus glaçante que l’horreur est rabaissée au rang de la normalité.

Daniel Oren devait assurer la direction musicale, ce fut au final un Carlo Montanaro très en forme qui dirigea l’orchestre transformant cette soirée qui devait être festive en un événement hommage de qualité.

Tosca - Opéra de Monte-Carlo - Mise en scène : Jean-Louis Grinda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comTosca - Opéra de Monte-Carlo - Mise en scène : Jean-Louis Grinda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comTosca - Opéra de Monte-Carlo - Mise en scène : Jean-Louis Grinda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Tosca - Opéra de Monte-Carlo - Mise en scène : Jean-Louis Grinda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Religion, #Patrimoine, #Epoque moderne, #mort
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Encore quelque peu sonné par les nouvelles de la veille, le public est néanmoins présent à la salle Garnier à Monaco pour le concert de ce dimanche matin. L’ironie de l’histoire veut que soit programmé aujourd’hui le Requiem en ré mineur, KV 626 de Wolfgang Amadeus Mozart. Trois bonnes raisons ont poussé le public à sortir : la très furieuse envie de montrer que « décidément non ! Ces [censuré] ne nous paralyseront pas de peur », l’envie d’entendre dans de bonnes conditions cette œuvre majeure et une irrépressible mais humaine envie de rendre hommage. Certes le Requiem est religieusement marqué mais celui-ci est suffisamment ancien pour avoir quitté sa sacralité religieuse au profit d’un syncrétisme patrimonial audible donc par les religieux, les agnostiques et les athées de tout poil et de toute obédience.

Dès son arrivée, Kazuki Yamada en français demande que tout le monde se lève pour une minute de silence surprenant le public anglophone. Que Kazuki Yamada commence à parler français, rien que de très conforme à ce qu’il avait promis lors de la conférence de presse. Mais comme il avait précisé que dans un an il parlerait la langue de Molière, son appel à l’hommage en français sonne aujourd’hui comme une très élégante révérence envers les victimes.

Passé l’hommage, Kazuki Yamada montre toute la facette de son talent déjà entraperçu et plus qu’entendu lors de la Trilogie Romaine d’Ottorino Respighi un mois plus tôt. Il cumule en lui rigueur, douceur et énergie comme trois forces équitablement équilibrées, en parfaite harmonie. Il imprime à l’orchestre la force qu’il marque dans sa gestuelle, il le tempère, le retient lorsqu’il le faut et dirige l’ensemble avec une précision d’horloger suisse.

Pour mener à bien de tels enjeux en de telles circonstances, mieux vaut bien s’entourer et de ce point de vue, Kazuki Yamada est parfaitement secondé : par l’orchestre d’abord et Liza Kerob en particulier, par le chœur de la radio hongroise ensuite, déjà entendu dans le Stabat Mater de Gioachino Rossini en ouverture de saison et par quatre talentueux solistes : la soprano Ilaria Del Prete, la mezzo-soprano, Marina Domashenko sans doute un cran en dessous de ses trois partenaires, le ténor Giuseppe Filianoti qui de glabre est devenu barbu et la basse Mirco Palazzi qui, de barbu est devenu glabre sans qu’il faille y voir, bien évidemment, le moindre signe.

La force et le mystère qui entourent ce requiem, la chaleur et la ferveur de son interprétation, sa résonance dans nos âmes et dans nos cœurs encore plus réceptifs en la circonstance ont placé pour une heure nos corps et dans nos têtes en lévitation, en communion, en harmonie avec un monde plus pacifique.

Comme il l’avait entamé, Kazuki Yamada a terminé son concert en toute élégance s’effaçant derrière les solistes, déambulant entre les pupitres pour faire applaudir tout l’orchestre, souhaitant faire saluer Liza Kerob qui décline l’offre, accompagnant le chef de chœur Zoltan Pad sur le devant de la scène pour qu’il reçoive un légitime hommage.

Si un biographe souhaite un jour se lancer dans la biographie de Kazuki Yamada, il aura un titre tout trouvé : L’élégance de Maître Kazuki Yamada.

Kazuki Yamada - Opéra de Monte-Carlo - Place du Casino - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comKazuki Yamada - Opéra de Monte-Carlo - Place du Casino - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comKazuki Yamada - Opéra de Monte-Carlo - Place du Casino - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Kazuki Yamada - Opéra de Monte-Carlo - Place du Casino - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Amour, #Jalousie
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Pour son ouverture de saison, l’opéra de Nice joue une valeur lyrique sûre absente pourtant depuis quinze ans de la scène niçoise : La Traviata de Giuseppe Verdi. Difficile de rater une telle œuvre diront certains, difficile de réussir une œuvre aussi souvent montée objecteront d’autres. Sur le papier, la Traviata de Nice avait tout pour réussir : Philippe Auguin à la baguette pour sa première Traviata, Pascale Chevroton à la mise en scène contemporaine de l’œuvre, un plateau composé de Cristina Pasaroiu dans le rôle de Violetta, le baryton Vittorio Vitelli en Giorgio Germont, père d’Alfredo, lui-même tenu par le ténor Giuseppe Varano, présenté comme un habitué du rôle.

Cruelle déception pour cette proposition qui ne tient pas le passage du papier à la scène, qui s’abime entre sa conception et sa représentation. Il reste au final peu de choses à sauver de cette soirée étrange où le spectateur sans réellement regarder sa montre s’est souvent demandé s’il y avait un pilote dans l’avion.

La conception même de Pascale Chevroton déçoit dès l’ouverture du rideau : la mise en abyme, le théâtre dans le théâtre, saute immédiatement aux yeux avec des loges d’opéra occupées par le chœur qui assistera, voyeur, à la longue déchéance de l’héroïne. Le procédé auquel a été rajouté un flash back finit par faire éculé. La conception de Pascale Chevroton passe ainsi de poncifs mille fois vus (la Traviata affriolante, fort dévêtue, la Traviata première communiante, la Traviata qu’on veut payer… par chèque) au contresens le plus total. S’il est permis d’imaginer Giorgio Germont attiré par les charmes de Violetta aux tous premiers instants de la rencontre, il devient contraire au texte et à son esprit qu’il lui saute dessus à la fin de l’entretien. C’est pourtant ce qui est donné à voir. Le dédoublement de Traviata au dernier acte aurait pu être un élément intéressant mais il arrive trop tard.

Si l’orchestre philharmonique de Nice est toujours performant, que dire des tempi lents imposés à l’œuvre par Philippe Auguin, plombant la liesse générale des moments de fêtes et transformant certains airs en une sorte de complainte russe particulièrement hachée. Même la vidéo de Paulo Correia, pourtant très inspiré d’habitude, semble léthargique.

Vittorio Vitelli campe fort heureusement un Giorgio Germont qui évite à la production un naufrage total et Cristina Pasaroiu, prend de l’aisance à mesure des scènes et des actes et termine par un merveilleux Addio del passato. Reste le cas du ténor Giuseppe Varano annoncé comme souffrant : est-ce la maladie qui le fait marquer autant ? En tout cas, le bruit s’est rapidement répandu dans le milieu que nul n’avait entendu le son de sa voix depuis le début des répétitions. Etait-il déjà souffrant auquel cas il eût été plus judicieux de procéder à son remplacement. Après tout, Georges Petean a merveilleusement interprété au pied levé, certes dans une production qu’il avait jadis fréquentée, Rigoletto à Antibes et Manon Feubel s’est lancée à l’aveugle et au dernier moment dans un remplacement-sauvetage de Donna Leonora dans la Force du destin à Monaco. Remplacer un ténor souffrant dans un rôle autant joué qu’Alfredo Germont ne semblait pas impossible. D’autant que la prestation de Giuseppe Varano au troisième acte est carrément fausse, ce qui pour un spécialiste du rôle même souffrant confine au scandale.

Restent fort heureusement, les seconds rôles Karine Ohanyan en Annina, Frédéric Diquero en Gastone, Thomas Dear en Baron Douphol ou Ahlima Mhamdi en Flora Bervoix. Un grand merci à eux, pour leur investissement, leur présence, leur générosité. Bref, un grand merci à eux pour avoir contribué à sauver Traviata !

Opéra de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #baroque, #Epoque moderne
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Vent de panique à la salle Garnier bondée pour le concert spectacle de Nathalie Stutzmann et Orfeo 55 : deux mélomanes russes à mes côtés non contentes de papoter finissent par sortir les portables et surfer sur facebook pendant que la lumière se fait diaphane. D’un geste autoritaire, je leur fais rentrer les portables « Ne vous inquiétez pas » me répond fort élégamment ma voisine. Aucune inquiétude en effet nos savoureuses mélomanes ne sont pas revenues après l’entracte… elles devaient avoir soif. Merveilleuse opération pour mon délicat postérieur qui quitte illico presto le strapontin qui m’avait été octroyé au grand risque d’être plié.

Après l’opéra imaginaire de Georg Friedrich Händel créé par la même Nathalie Stutzmann et le même Orfeo 55 que le public monégasque avait eu la chance de voir en 2013 (cf. http://un-culte-d-art.overblog.com/-musique-op%C3%A9ra-de-monte-carlo-marivaudages-%C3%A0-tous-les-%C3%A9tages), la proposition de Nathalie et d’Orfeo 55 est de rendre hommage ce soir aux oubliés de la Grande Histoire, aux faire-valoir des rôles-titres que le public a tendance à négliger. Le concept n’est pas nouveau. Bryn Terfel et ses Bad-Boys l’avaient rodé dans la même salle. Le projet de ce soir est donc moins construit que l’opéra imaginaire, plus thématique sans fil rouge réel.

Cela n’a évidemment pas empêché le public de prendre énormément de plaisir dans la fréquentation de ces Héros de l’ombre, ces second ou troisième couteaux sans lesquels l’intrigue confinerait à la platitude absolue. Dans sa plus grande parité (neuf hommes et neuf femmes), Orfeo 55 accompagne Nathalie Stutzmann. Pour la circonstance, le terme « accompagné » est d’ailleurs fort peu judicieux. « Communie avec », « co-interprète », « contribuent à la résurrection » seraient des termes plus adéquats tant la complicité et la fongibilité de l’ensemble et de sa directrice semblent absolues.

Générosité est sans doute le second terme qui vient à l’esprit à l’issue de la représentation. La générosité, visible sur le plateau finit par envahir la salle et ce ne sont pas les quatre pièces de Georg Friedrich Händel (Ariodante, Silla, Scipione et Amadigi di Gaula) interprétées à chacun des rappels notamment le succulent duo chant-théorbe Senti, bell’idol mio tiré de Silla qui vont le démentir. La force de cette représentation tient à l’engagement intégral de l’orchestre, à la précision déjà constatée de la direction d’orchestre, au timbre et à l’interprétation de Nathalie Stutzmann. Elle se fait aérienne, engage tout son corps dans la direction d’orchestre, comme si la force lui venait de l’air qui l’entoure, de l’atmosphère dégagée par l’orchestre, elle se fait plus terrienne lorsqu’elle chante comme si la force lui venait de la terre.

L’impression est toujours intacte. L’article intitulé Tout mon amour dan cet élixir (http://un-culte-d-art.overblog.com/2014/06/musique-opera-de-monte-carlo-monaco-tout-mon-amour-dans-cet-elixir.html), se terminait par « je découvre avec le même plaisir ce soir Nathalie Stutzmann, chef d’orchestre … aurais-je goûté de cet élixir ? Serais-je un inconditionnel ? Assurément ! ».

Assurément, je n’ai pas changé d’avis.

Monaco - Opéra de Monte-Carlo - Héros de l'Ombre - Nathalie Stutzmann et Orfeo 55 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Opéra de Monte-Carlo - Héros de l'Ombre - Nathalie Stutzmann et Orfeo 55 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Opéra de Monte-Carlo - Héros de l'Ombre - Nathalie Stutzmann et Orfeo 55 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Europe, #Epoque contemporaine
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Pour clôturer en musique le traditionnel Forum des associations culturelles monégasques qui s’est tenu le weekend dernier à l’auditorium Rainier III, la direction de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo nous invite à l’Est du continent européen pour une soirée consacrée à Aram Khatchaturian et à Dmitri Chostakovitch. Choix intéressant pour une manifestation qui draine un public extrêmement varié, salle paradoxalement peu pleine au regard du nombre d’exposants.

Pourtant, Mascarade, suite d’Aram Khatchaturian, régulièrement pillée comme musique d’accompagnement, dont la valse est souvent reprise… en bis, est une œuvre rarement jouée qui peut convenir à un public varié. Elle est suffisamment joviale pour entrainer l’adhésion et l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo suffisamment virtuose pour en donner toutes les couleurs. Conduite de surcroît par un chef d’orchestre comme Tomas Netopil, qui allie paradoxalement très grande précision et effacement devant l’orchestre qu’il conduit pourtant à la perfection, elle emporte l’adhésion. Autre paradoxe de l’œuvre : la suite se métamorphose en un mini concerto pour violon. David Lefebvre y excelle et peut donner toute la mesure à son talent.

Steven Osborne rejoint le plateau musical pour le Concerto pour piano n°2 en fa majeur opus 102 de Dmitri Chostakovitch. Loin de se diluer, le paradoxe se renforce. Steven Osborne est étonnant, à la fois puissant et délicat. Il semble complètement duel engageant toute sa force dans les premier et troisième mouvements, se révélant tout en retenue dans le second. Il rend ainsi la musique délicate, fragile comme si elle allait s’éteindre d’elle-même, réprimant du même coup la moindre toux venant de la salle, qui attend bouche bée la disparition de la dernière note. Impressionnant ! L’interprétation de son bis, un prélude de Rachmaninov confirme son extrême sensibilité et le rendu délicat des œuvres qu’il interprète. Un grand pianiste et un grand moment.

La dernière œuvre au programme, la symphonie n°15 en la majeur opus 141 aurait dû mettre fin à la dualité paradoxale ressentie jusqu’alors. Que nenni ! Etrange sensation à l’écoute de cette symphonie en quatre mouvements de 42 minutes qui évoque une sorte de symphonie testament. Elle rend hommage à nombre d’instruments, les solistes par pupitre ont un rôle actif et le remplissent à merveille. Elle surprend également car elle nous est peu familière mais emprunte beaucoup, cite énormément comme si le compositeur avait composé sa propre anthologie. La symphonie cite l’évidence : l’ouverture de Guillaume Tell de Gioachino Rossini qui revient à plusieurs reprises dans le premier mouvement ; elle cite ensuite l’impression avec l’auto-citation transposée de l’allegretto du concerto n°1 pour violoncelle ici rendu par un dialogue entre la flûte et les percussions ; puis elle tient en haleine l’auditeur piqué au vif qui cherche, croit reconnaître une mélodie de Prokofiev, se ravise, reprend. La symphonie finit par rendre l‘auditeur hyperactif et c’est une sensation fort agréable.

Soirée tout en paradoxe donc mais comme il parait que le chemin de la Vérité est celui du paradoxe …

Auditorium Rainier III - Aram Khatchaturian et Dmitri Chostakovitch - OPMC - Direction Tomas Netopil ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comAuditorium Rainier III - Aram Khatchaturian et Dmitri Chostakovitch - OPMC - Direction Tomas Netopil ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comAuditorium Rainier III - Aram Khatchaturian et Dmitri Chostakovitch - OPMC - Direction Tomas Netopil ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Auditorium Rainier III - Aram Khatchaturian et Dmitri Chostakovitch - OPMC - Direction Tomas Netopil ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Amour, #Mythe, #Danse, #Théâtre, #Antiquité, #Epoque contemporaine, #Racines, #Adolescence
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De loin l’illusion est parfaite, au fond de scène dans sa robe blanche de mariée, elle est là immobile bientôt rejointe par deux danseuses qui ont de l’énergie à revendre. Petit à petit seulement, à mesure que la lumière gagne en intensité, la robe de mariée se révèle être le plus prégnant des carcans, celui qui emprisonne une femme dans des traditions, des convenances, des habitudes qu’elle n’a pas forcément choisies. Elle ne devra ses déplacements qu’aux deux danseuses qui, s’étant débarrassé très tôt de leur costume d’hymen, sont parfaitement mobiles. Qui sont-elles d’ailleurs ? Des étrangères ? Des amies ? Des rivales ? L’état d’esprit de la mariée avec sa conscience et sa part d’ombre ?

Apparente sirène, nymphe ou autre personnage aquatique, fort handicapée par sa différence dans sa vie parmi les humains, la mariée tient de l’Ondine de Jean Giraudoux ou de la Rusalka d’Antonin Dvorak. Comme elles, elle occupe une place à part. Pourtant elle s’en démarque rapidement. Non la mariée n’est pas Ondine, elle n’est pas tombée amoureuse du chevalier errant, Hans von Wittenstein zu Wittenstein. Non, la mariée n’est pas davantage Rusalka, elle n’est pas l’amoureuse dépitée d’un prince volage.

Elle est tout simplement l’ « anormale », l’« asociale », la « à la marge » de la société qui lui impose ses règles. Elle est celle qui a dit oui pour ne contrarier personne, celle qui a dit oui pour ne pas faire de peine, notamment à son promis. Elle est fataliste, rebelle et fataliste à la fois, comme l’image miroir que lui renvoient ses deux acolytes danseuses. Les chaînes du mariage sont lourdes, il faut être deux pour les porter; parfois trois. La mariée ne contredira pas Alexandre Dumas, elle qui craque le jour de son mariage sur le beau moustachu. « Pas convenable » répètera –t elle en écho à la société.

Composée de deux danseuses (Audrey Valarino et Charlène Parize) et d’une comédienne (Maud Narboni), le spectacle nous apprend en se construisant que « Toute petite déjà… », elle était rebelle. Elle se remémore ses souvenirs, fait référence à ses bottes rouges comme toute danseuse se rêve dans les Chaussons rouges de Michael Powell. Elle égrène ses souvenirs comme pour gagner du temps, comme pour éloigner le calice qui se dresse devant elle après l’autel, après la fête du mariage. Elle veut fuir.

Quel subterfuge peut employer une femme qui cherche à fuit un amour tant importun qu’inopportun ? La réponse est mythologique, elle se transforme, elle se métamorphose et contrairement à la Rusalka métamorphosée avant le mariage, la mariée devient Daphné fuyant Apollon, elle se transforme non en laurier rose comme sa mythique consœur mais en arbre.

En une heure, La Compagnie Le 6ème Etage de Jeff Bizieau et Pascal Renault nous fait virevolter dans son univers sur fond d’images (un peu trop ?) forestières en noir et blanc qui ne se coloriseront qu’à la métamorphose. Les deux compères illustrent ainsi brillamment dans cette fable de notre temps le propos d’Oscar Wilde qui jugeait fort opportunément que "Le mariage est la principale cause de divorce" … surtout avec soi-même ?

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Cinéma, #Europe, #Epoque moderne, #Epoque contemporaine
[Musique – Auditorium Rainier III - Orchestre Philharmonique de Monte Carlo – Monaco] Le miracle de l'Impressionnant Perahia !

L’envie était grande à l’origine au vu du programme proposé par l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo ce dimanche 1er novembre 2015de lier musique, cinéma et comédie. Le deuxième mouvement de la Symphonie La Surprise de Joseph Haydn a effectivement fait l’objet, à l’instar de la damnation de Faust dans la Grande Vadrouille de Gérard Oury, d’une scène d’anthologie musicale dans le film suédois Sound of Noise de Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson qui pourrait s’intituler « de la grande solitude du musicien devant une partition de Haydn quasiment vierge pour les timbales » (voir extrait joint).

Après le concert, le ton ne peut plus du tout être le même devant le miracle musical qui s’est produit ce jour là : l’unanimité du public. Le programme n’était pourtant pas fait pour attirer le mélomane en recherche de rareté: Concerto pour piano n° 1 en do majeur opus 15 et Concerto pour piano n° 2 en si bémol majeur opus 19 de Ludwig van Beethoven et la Symphonie n°94 en sol majeur dite la Surprise de Joseph Haydn. L’auditorium étant comble, ce qui devient rare, il est aisé d’en déduire que ceux qui n’étaient pas venus pour le programme étaient venus pour Murray Perahia et réciproquement.

Quelle que soit la raison de leur déplacement, nul n’a été déçu. Dirigeant l’orchestre philharmonique alternativement du pupitre ou du piano, Murray Perahia a ainsi administré au public, une leçon de musicalité, une leçon d’interprétation musicale et une leçon de direction d’orchestre. En tant que pianiste, Murray Perahia étonne par sa musicalité : le temps ne semble pas avoir de prise sur son aisance au piano, les legatti coulent toujours aussi finement et les nuances sonnent toujours aussi délicatement. En tant qu’interprète, Murray Perahia impressionne : il donne au public sa propre vision des œuvres sans en transformer le sens, il semble imposer ses cadences aux deux concerti qu’il maitrise parfaitement, en un mot il est au service de la musique. Quant à sa direction d’orchestre, elle emporte l’adhésion du public comme des musiciens : qu’il dirige du piano (quasiment par cœur) ou du pupitre, il est d’une précision redoutable fort bien secondé, il est vrai par Liza Kerob, premier violon, qui de coups de tête précis en coups de tête discrets, dirige les violons et les cordes qui l’entourent.

Les Italiens, nombreux dans la salle, ont immédiatement dégainé à la fin du concert leur lot de suffixes en -issimo et autre -ississimi pour qualifier la performance dans tous les sens du terme de Murray Perahia. Le reste du public a longuement ovationné le héros du jour relayé par les musiciens de l’orchestre tout aussi enthousiastes attendant en vain un bis. En ce jour fête de tous les saints chez les catholiques, Sainte Cécile avait pour l’occasion quelques sérieuses encolures d’avance sur ses consœurs et confrères en sainteté donnant au miracle musical du jour toute sa sacralité.

Orchestre Philharmonique de Monte Carlo - Murray Perahia ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOrchestre Philharmonique de Monte Carlo - Murray Perahia ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOrchestre Philharmonique de Monte Carlo - Murray Perahia ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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