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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #Urbanisme, #Politique, #Tourisme, #utopie, #Lumière, #architecture
Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Coincé dans la confluence de l’Adda et du Brembo, le visiteur pense d’abord, amusé à une sorte de jeu de piste puis, contrarié, à une sorte de farce puis, furibard, souvent renonce faute de panneaux qui indique ce site… classé au patrimoine mondial de l'humanité établi par l'Unesco. Il faut carrément arriver au bord de la commune de Capriate San Gervasio proche de Bergame pour trouver Crespi d'Adda, nom de la cité ouvrière du XIXème siècle bâtie par la famille Crespi.

Dans la lignée des patrons éclairés, chrétiens ou libéraux du XIXème, les Crespi souhaitent à la fois se lancer dans l’aventure capitaliste avec une usine de tissage, durant la première révolution industrielle en Italie et de prendre soin de "leurs" ouvriers en leur offrant des conditions de vie qui, pour l’époque, semblent fort avantageuses.

Le site de confluence des deux cours d’eau permet aux Crespi, Cristoforo Benigno d’abord puis Silvio son fils par la suite, de profiter de vastes terrains dont personne ne veut pour implanter les grandes unités industrielles, profiter de la force motrice de l’eau et surtout construire leur utopie : un "Village idéal au travail" à côté de leur usine.

Ainsi, "depuis le berceau jusqu'au cercueil", de son château, l’entrepreneur Crespi veille sur son monde d’ouvriers auxquels il a attribué une maison avec un jardin et un potager, maisons souvent jumelles, veille sur les services nécessaires à leur épanouissement : une église, une école, un hôpital, un centre culturel, un théâtre, un stade, des thermes, une caserne de pompiers, amène, grande première l’éclairage publique dans la cité, veille sur le trépas de tous.

Mais le collectivisme n’empêche pas l’empreinte sociale du lieu. La grande rue sépare le site en deux entités opposées : l’usine le long de l’Adda et les maisons des ouvriers de l’autre. Les services publics école, thermes dispensaire et église forment le cordon sanitaire entre les deux mondes, les deux temps de la vie de l’ouvrier. Le château du patron est en revanche isolé à côté de l’usine entouré de hauts murs tandis que les notables : le médecin et le curé sont logés sur les hauteurs. L’utopie paternaliste se marque topographiquement jusqu’au cimetière qui, comme la fin de vie, se situe au bout d’une route sans retour mais où les patrons enfouis dans un mausolée sont entourés de leurs ouvriers aux tombes plus rustres.

Las ! Le paternalisme ne résistera pas davantage que d’autres utopies au temps et l’expérience Crespi d’Adda mourra avec la faillite de l’usine lors de la crise mondiale, avec les événements qui secoueront l’Italie puis l’Europe à cette époque et par les changements de la condition ouvrière.

L’intérêt du site réside dans sa conservation : tout semble s’être assoupi. En fait le site industriel suivra crise après prospérité, prospérité après crise, les aléas de tout site industriel européen et survivra jusqu’en 2004 l’empêchant de sombrer dans le délabrement. Les maisons occupées par nombre de descendants d’ouvriers d’alors se sont embellies et l’emplacement même du site, loin des voies de communication majeures a empêché sa reconversion en une zone commerciale.

S’il veut vivre en tant que mémoire, Crespi d’Adda, heureusement classé par l’UNESCO au titre de la mémoire ouvrière et de la mémoire utopiste, doit cependant trouver un juste équilibre entre le mausolée qu’il tend à devenir (Valorisation a minima, indications spartiates, accessibilité non visible) et le parc d’attraction qu’il ne doit surtout pas devenir. Il ne manque à ce site aucune bonne volonté, il manque simplement à ce site un projet structurant qui pourrait faire résonner encore le brouhaha pendulaire du monde ouvrier quand il entre et quitte l’usine.

La Sortie de l'usine Lumière à Lyon fut le premier film tourné avec le Cinématographe des frères Lumière. Une mémoire industrielle est donc un fabuleux matériau de mémoire et de création artistique, Crespi d’Adda en a les vertus, Crespi d’Adda en aura-t-il un jour l’ambition ?

Cité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Cité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #Tourisme, #Epoque moderne, #Europe, #Religion, #architecture
Chartreuse de Pavie ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Chartreuse de Pavie ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Si les agences de voyage étaient inspirées, elles auraient proposé depuis longtemps un parcours Amadeo en Italie du nord marquée de ses empreintes architecturales. Mais sont-elles inspirées ? Ont-elles les commerciaux formés à cet effet ? Et surtout… the last but not the least ! Public potentiellement curieux es-tu là ?

Et pourtant Giovanni Antonio Amadeo n’est pas l’inconnu des lacs. Originaire de Pavie, il est un des sculpteurs italiens de la Renaissance toscane en Lombardie, à cheval sur les XVème et XVIème siècles, élève de Guiniforte Solari qui était également son beau-père, ce qui ne gâte rien.

Sa construction la plus emblématique est sans doute la Chartreuse de Pavie dont la façade s’arbore en porte-étendard des guides touristiques. C’est à la mort de son maître de beau-père Guiniforte Solari en 1481 qu’il lui succède en tant qu’architecte général commissionné pour refaire la célèbre façade. Retour aux sources pour l’architecte dont la présence était déjà signalée dans les années 1466. Commandée par les Visconti et terminée par les Sforza, la Chartreuse, comme son nom l’indique, abritait les Chartreux de Saint Bernard qui devaient financer la fin de la construction notamment la façade. Abandonnée à plusieurs reprises par les différents ordres, les moines cisterciens l'occupent depuis les années 1960 et là commencent les embûches. Car pour visiter la Chartreuse occupée par des Cisterciens en pleine méditation, il faut passer obligatoirement par le frère guide qui vous assène une visite en italien dans le texte sur un air de chapelet avec une voix de crécelle. Plus d’un a renoncé. Inutile d’essayer de voir la Chartreuse sans lui, le frère tourier qui le suit comme son ombre, ouvre et ferme les portes et ramène les brebis égarées. Voulez-vous voir les cloîtres ? Il vous faut passer par le frère guide touristique qui vous gratifiera au passage devant des japonais médusés d’une petite prière collective.

Si vous oubliez l’offrande fortement recommandée à la Chartreuse de Pavie, vous risquez d’être rejoint par le divin courroux à la chapelle Colleoni à Bergame, monument funéraire du condottiere Bartolomeo Colleoni et de sa fille Medea construite par le même Giovanni Antonio Amadeo. Aussitôt pécheurs, aussitôt punis, le courroux divin s’est exprimé pour nous lors de ce « dies irae » par la fermeture des portes et la noyade dans un flot de touristes cherchant chacun son petit drapeau ou son petit parapluie de survie porté par un guide qui s’abstient désormais de s’époumoner car branché qu’ll est par micro aux ouïes de ses ouailles. L’ouïe de l’oie oit-elle ? aurait questionné Raymond Devos.

Oublier de surcroît que les églises sont inabordables un dimanche à 11 h 00 en Italie relève du pur blasphème. Or le site de la chapelle, une ancienne sacristie, jouxte l'église voisine de Santa Maria Maggiore, prise d’assaut par les fidèles sur commande divine pour bouter les affreux pingres de Pavie. Il ne s’en est pas fallu davantage pour nous faire pérégriner dans le reste de la ville haute de Bergame, loin des hordes touristiques qui, profitant de l’aubaine, faisaient les boutiques. Riche de son passé vénitien que ce soit en architecture civile ou en architecture militaire, la ville haute de Bergame est une splendeur. Finalement le courroux divin a du bon !

Bergame : chapelle Colleoni et autres joyaux ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBergame : chapelle Colleoni et autres joyaux ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBergame : chapelle Colleoni et autres joyaux ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Bergame : chapelle Colleoni et autres joyaux ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBergame : chapelle Colleoni et autres joyaux ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBergame : chapelle Colleoni et autres joyaux ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #environnement, #Tourisme, #Amour, #mort
Lac de Como ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Lac de Como ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Quelle page de la littérature française vient immédiatement à l’esprit lors d’un séjour sur un lac ? Le Lac d’Alphonse de Lamartine bien sûr ! THE LAKE que chacun a appris dans sa scolarité. Mais le brave écolier se souvient-il au bout de tant d’années de la teneur même du poème qu’il a ânonné ?

Le Lac dit en substance :

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !

Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,

Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,

Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,

Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,

Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages

Qui pendent sur tes eaux.

Contrairement à nous, contemporain d’Alzheimer, le lac doit donc garder trace des multiples rencontres amoureuses et autres amourettes romantiques des humains de passage, dans tous les sens du terme. Certes, le lac de Como n’est pas celui du Bourget mais je suppose qu’il lui est assigné les mêmes fonctions par le poète. Or, le lac de Como ayant vu construire la villa de Pline le Jeune au 1er siècle avant J.-C., a donc assisté au défilé de millions de touristes selon une échelle exponentielle. Déjà qu’il se cogne sur ses berges les imbéciles cadenas d’amour, vous imaginez la mémoire saturée du pauvre Lac par les « Chéris », les « Je t’aime », les « Et toi tu m’aimes aussi ? », les « C’est qui cette Nathalie ? » car il a dû en entendre également des vertes et des pas mûres au point de nous faire regretter son désespérant mutisme.

Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !

Suspendez votre cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours !

Délice ? Qui n’a pas songé à ces paroles devant un lac mais qui n’a pas également pesté, immédiatement après, contre la langue française et ses chausse-trappes avec des mots comme délice, amour et orgue, masculins au singulier et féminins au pluriel. Bref l’amour le plus grand, parmi les plus grandes que j’ai vécues au son d’un joyeux orgue parmi les plus joyeuses me remplit d’un beau délice parmi les plus belles. Oui ! je sais je suis RI-DI-CU-LE ! Revenons à Lamartine

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,

Que les parfums légers de ton air embaumé,

Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,

Tout dise : Ils ont aimé !

Alors sans hésitation, allez prendre l’air, le frais, l’apéritif et tout ce que vous voudrez à Bellagio et sur les berges du lac de Como ! Partez en bateau ! Allez susurrer sans cesser des mots doux à qui vous voudrez (les animaux de compagnie sont acceptés) ! Prenez quinze mille photos que vous ne regarderez jamais ! Et laissez vous bercer par Lamartine, son lac et tous les autres !

Bellagio et le lac de Como ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBellagio et le lac de Como ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBellagio et le lac de Como ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Bellagio et le lac de Como ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBellagio et le lac de Como ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBellagio et le lac de Como ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Bellagio et le lac de Como ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Théâtre, #Danse, #Politique, #Patrimoine
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Jusqu’à présent la compagnie des Farfadets animée par Sophie Cossu avait toujours réussi à surprendre. Avec Confessions urbaines dans les bus de la ville, Unis sont et Gelsomina sur scène, les créations souvent collectives de la compagnie offraient dans le paysage monégasque une respiration. La proposition toujours intéressante, la direction d’acteurs souvent efficace n’empêchaient pas que certains partis pris pussent se discuter, mais l'ensemble formait une belle unité.

C’est donc en confiance que le spectateur s’est rendu à la nouvelle proposition de la compagnie des Farfadets intitulée Figures toujours libres. Après le choc des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, les Farfadets dans leur ensemble ont souhaité travailler sur la liberté d’expression, la liberté d’écrire. La tâche, ambitieuse, consistait donc à produire un spectacle en appui sur une anthologie de textes retraçant la liberté de créer.

Il sera donc avéré, neuf siècles après, que Saint Bernard de Clairvaux avait raison : L'enfer est plein de bonnes volontés ou désirs autrement dit, L’Enfer est pavé de bonnes intentions. Toute la générosité des Farfadets, bien réelle et bien visible, n’y pourra rien, la création s’est rapidement engagée dans une impasse comme si la liberté se montrait rebelle y compris à ses plus fervents défenseurs.

Le premier écueil que la compagnie n’a sans doute pas su éviter est le choix même des textes. En puisant dans un choix très classique, la compagnie n’a pas surpris comme d’habitude en reprenant des textes, certes d’une grand beauté littéraire, mais usés jusqu’à la corde dans ce type de création : l’éternelle querelle autour de Tartuffe ou l’immanquable « J’accuse » étaient tant attendus que leur effet est tombé à plat.

Le deuxième écueil tient lui davantage au parti pris de représentation : à trop vouloir coller physiquement à leurs auteurs la représentation est devenue mimétique rendant l’apparition de Simone de Beauvoir caricaturale ; à trop vouloir coller à l’époque, le propos s’est éloigné de sa dimension universelle pour devenir didactique soit aux yeux de certains spectateurs à l’inverse de l’acte de création. L’intermède de la fable Le Loup et l’agneau en version chorégraphique a finalement eu, quant à lui un effet, salutaire.

Le dernier écueil et non le moindre réside dans la direction d’acteurs étonnamment filandreuse pour cette création alors que son objet même en imposait une solide. Elle fut à l’instar du mur d’images illustrant la fin de la pièce, une succession de portraits dont il était permis de se demander ce qu’ils faisaient ensemble.

Si l’article est à la hauteur de la déception ressentie par son auteur, ne lui en veuillez pas car n’oubliez jamais que sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ; et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits comme le répète pour l’éternité notre cher Figaro.

"Figures toujours libres" - Compagnie Les Farfadets - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Figures toujours libres" - Compagnie Les Farfadets - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Figures toujours libres" - Compagnie Les Farfadets - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Bad boys, #Amérique du Nord, #mort, #Amour, #Violence
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Les temps passe, les films défilent et toujours la même verve, toujours la même ardeur. Dans son nouvel opus, L’Homme irrationnel, Woody Allen suit un enseignant de philosophe et questionne le crime parfait. Abe, le professeur de philosophie interprété par Joaquin Phoenix sera t-il dès lors un des protagonistes d’un film authentiquement hitchcockien ? se demande immédiatement le spectateur.

Dans La Corde, Alfred Hitchcock lançait Brendon et Philipp, deux étudiants dans la réalisation d’un crime parfait car nullement lié aux mobiles habituels (la vengeance, l’argent, la rivalité amoureuse, etc.) ; dans L’Homme irrationnel, le mobile est présent, le crime permet en effet de résoudre une situation par élimination d’un élément contrariant mais il n'est pas non plus habituel.

Parallèlement, Alfred Hitchcock dans L’inconnu du Nord-Express ou dans Le Crime était presque parfait, creusait l’hypothèse du crime parfait reposant sur l’intervention d’un tueur parfaitement inconnu de la victime soit par embauche d’un tueur à gages, soit par échange d’assassinats programmés. Dans L’Homme irrationnel, l’assassin est effectivement un meurtrier « indirect » qui n’a avec sa victime aucun lien physique.

Comme dans les trois films Hitchcock, l’élément humain prend une importance capitale dans L’Homme irrationnel et, si tout a été pesé, pensé, mûrement réfléchi, il reste toujours un certain nombre de grains de poussière qui viennent dérégler la splendide machine théorique à tuer. Les assassins sont humains, hélas terriblement humains.

Intervient alors dans le film de Woody Allen, une jeune fille, lointaine descendante d’Hercule Poirot qui reconstitue pièce après pièce le long puzzle sans bouger de son fauteuil en se servant uniquement de ses petites cellules grises. Le film d’ailleurs rend un autre clin d’œil à Agatha Christie car, comme dans les énigmes de Miss Marple, un crime quel que soit son statut en appelle un autre.

Comme nul n’est si bien servi que par lui-même, Woody Allen finit par se citer lui même et L’Homme irrationnel devient un anti-Match Point. Comme dans Match Point l’arrestation d’un innocent, devient un des tournants du film. Mais là s’arrête la ressemblance car dans Match Point, Chris Wilton le personnage interprété par Jonathan Rhys-Meyers, passe d’une apparente candeur au début du film à un arrivisme abject mais le spectateur éprouve malgré tout pour lui une forte empathie. Le propos de L’Homme irrationnel est à l’inverse. L’image de l’assassin ne permet pas une franche empathie et surtout, le film se fait moral voire moralisateur dans son épilogue.

Non ! Rien ne sera révélé dans cet article. Mieux vaut voir le film.

L’Homme irrationnel – Film de Woody Allen avec Joaquin Phoenix, Emma Stone – 1 h 37 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comL’Homme irrationnel – Film de Woody Allen avec Joaquin Phoenix, Emma Stone – 1 h 37 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comL’Homme irrationnel – Film de Woody Allen avec Joaquin Phoenix, Emma Stone – 1 h 37 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L’Homme irrationnel – Film de Woody Allen avec Joaquin Phoenix, Emma Stone – 1 h 37 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Théâtre, #Patrimoine, #Europe, #Epoque moderne, #Epoque contemporaine, #Amour, #Bad boys
© CDN La Criée Marseille
© CDN La Criée Marseille

Certains pensaient assister aux Précieuses ridicules, d’autres venaient pour de beaux costumes d’époque et de non moins beaux décors de la même période, d’autres enfin étaient présents pour entendre sonner les alexandrins, seuls les troisièmes obtinrent ce qu’ils étaient venus chercher.

Pour le reste du public et notamment les très nombreux scolaires présents à cette séance en soirée, jour de vacances, les deux heures dix de spectacle n’ont pas eu l’air de prendre des allures de supplice au vu du calme régnant dans la salle Pierre Brasseur du Théâtre National de Nice.

Pourtant ces Femmes savantes, si elles se piquent toujours autant de philosophie, ont élu domicile dans les années 70 et la maison bourgeoise qui les abrite est un modèle de capharnaüm. Le maître de maison dépassé par le féminisme ardent de sa femme qui s’entête à décider l’inverse de ce qu’il souhaite, se venge dès qu’il le peut sur sa sœur moins revêche. Ajoutez à cela des domestiques qui ont compris depuis longtemps que baragouiner quelques syllabes de grec les dispense grandement de tâches domestiques et un ballet de désirs amoureux qui s’entremêlent, s’entrechoquent, s’entre-disent et se contredisent et vous aurez une véritable pétaudière post soixanthuitarde.

Dans cette scénographie où tous les gadgets ont été pensés pour surligner le kitsch, les alexandrins de Molière loin de détonner renforce cette impression d’élévation pseudo-intellectuelle surannée qui hante les groupies de Monsieur Trissotin. Cette atmosphère années 70 est renforcée par la patte comique « made in Deschiens » de la metteure en scène Macha Makeïeff, désormais directrice de la Criée à Marseille : explosions de laboratoires comme au bon vieux temps des Muppet’s, couples déjantés comme nos bons Docteur Cinoque et Madame Foldingue.

L’ensemble surprend mais fait sens ; il est animé incontestablement par un vrai parti pris de mise en scène auquel Macha Makeïeff n’a surtout pas, et c’eut été une erreur, sacrifié la diction et la clarté du propos. Cependant, certains aspects du parti pris de mise en scène semblent sans doute trop appuyés. Si le choix du ténor Thomas Morris en Bélise donne au personnage cet air masculin que les femmes veulent prendre et cet à-propos quand il chante les vers qu’il devrait dire, sa réplique à savoir Trissotin, sacrifié à la mode du temps en apparaissant en une espèce de Conchita Würst n’apporte pas grand-chose au personnage. En revanche, le personnage de Chrysale dépassé et désespéré ou, plus encore, le personnage d’Armande, traité en vieille fille avant l’âge à l’affût de tout sont particulièrement bien traités.

Le parti pris réel, la direction d’acteur parfaite et la diction merveilleuse des acteurs font de ce spectacle une grande réussite d’ailleurs parfaitement goûtée par le public et notamment les plus jeunes que quelques sur-lignages forcés auraient tendance à rendre moins dynamiques. Spectacle marqué par des sortes de références-réflexes, il apparaît daté au regard des jeunes directeurs de Centres dramatiques nationaux et aurait gagné peut-être à un peu plus de finesse. Cupidon est malade, rêverie autour du Songe d'une nuit d'été mis en scène par Jean Bellorini, directeur du centre dramatique national Gérard Philipe de Saint-Denis, programmé en janvier nous donnera peut-être un élément de réponse.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Arts plastiques, #arts numériques, #Opéra, #Cinéma
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Dans le cadre de l’année russe, l’association monégasque pour la connaissance des arts (A.M.C.A.), jeune et fringante trentenaire cette année, présidée par Elisabeth Bréaud, a décidé de réserver son ouverture de saison dédiée au thème « Mythes, symboles et allégories » à un hommage du pianiste Mikhaïl Rudy au peintre Marc Chagall. Hasard des calendriers ou bégaiement de l’histoire ? La proposition de Mikhaïl Rudy croise également musique et vidéo avec une illustration musicale des esquisses animées du plafond de l’Opéra de Paris de Marc Chagall.

Mikhaïl Rudy a bien connu Marc Chagall dans ses dernières années. Son premier concert en Occident avec Mstislav Rostropovitch et Isaac Stern (excusez du peu !) était d’ailleurs le cadeau pour le 90ème anniversaire de l’artiste.

En première partie de soirée, Mikhaïl Rudy, sans doute pour se délier les doigts, a interprété devant un public conquis les Vingt Visions fugitives de Serge Prokofiev puis la Sonate n°10 et deux Danses d’Alexandre Scriabine soit trois quart d’heure d’hommage endiablé à la musique russe.

Comme pour s’effacer, c’est du coin de la scène que Mikhaïl Rudy a interprété la deuxième partie de son programme, pour laisser place à la projection sur écran d’un film d’animation rendu possible par l’utilisation de nombreuses esquisses inédites pour le plafond de l’Opéra Garnier avec la complicité de la famille Chagall.

Les esquisses du très statique plafond se sont alors mises à se mouvoir pendant que Mikhaïl Rudy les accompagnait avec la Mélodie d’Orphée et Eurydice de Christophe Willibald Glück transcrite pour piano par Giovanni Sgambati, la Fantaisie en Ré mineur de Wolgang Amadeus Mozart, La Mort d’Isolde de Richard Wagner transcrite pour piano par son beau-père Franz Liszt et enfin, l’étude pour les quartes et l’étude pour les huit doigts de Claude Debussy et la Valse de Maurice Ravel transcrite par lui-même pour le piano.

Cette proposition originale qui permet de découvrir l’univers de Marc Chagall de manière fort ludique n’échappe pas à la règle commune des propositions croisées musique et vidéo, comme si certaines œuvres, certaines pièces voire certains compositeurs étaient plus « compatibles » avec l’image. Si l’impression d’un accompagnement musical s’est fait sentir avec les trois premiers compositeurs, l’osmose entre le son et l’image s’est révélée totale avec les interprétations de Claude Debussy et Maurice Ravel, le tourbillon du plafond répondant au tourbillon enivrant de la Valse.

Est-ce une coïncidence ou les compositeurs nés avec le cinéma sont-ils plus ciné-compatibles ? Cela n’aurait d’ailleurs rien d’étonnant !

Association monégasque pour la connaissance des arts (A.M.C.A.) - Mikhaïl Rudy : Chagall, la couleur des sons ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comAssociation monégasque pour la connaissance des arts (A.M.C.A.) - Mikhaïl Rudy : Chagall, la couleur des sons ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Association monégasque pour la connaissance des arts (A.M.C.A.) - Mikhaïl Rudy : Chagall, la couleur des sons ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Premières en cascade à l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo pour ce début de saison.

Donné dans son intégralité pour la première fois à Monaco, la Trilogie Romaine de l'italien Ottorino Respighi, contemporain de Maurice Ravel, se compose de trois poèmes symphoniques : Fêtes romaines, Les Fontaines de Rome et Les Pins de Rome, créées entre 1917 et 1929. Quel bonheur de venir écouter des œuvres peu données !

Autre symbole de bon augure, Kazuki Yamada dirige pour la première fois en tant que « futur chef titulaire », cette Trilogie romaine avant de prendre officiellement les manettes de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, à l’automne 2016. S’engager sur un concert multimédia pour signer son arrivée laisse évidement les curieux sur leur faim, impatients qu’ils sont de découvrir la prochaine saison.

Car troisième première, ce concert multimédia a été mis en scène par La Fura dels Baus, troupe de spectacle catalane qui fait actuellement une tournée remarquée en France avec son spectacle "M.U.R.S.", qui dénonce la dictature de des Smartphones.

Si la première impression est la bonne, l’Orchestre Philharmonique de Monaco aura de la chance d’être dirigé par un chef comme Kazuki Yamada : jeunesse, fougue, précision, rien n’a manqué dans la direction de cette œuvre qui alterne mouvements puissants et mouvements d’une infinie douceur, couleurs rouge sang et teintes plus reposantes des soirs italiens, impétuosité des hommes et profondes méditations.

Reste que la mise en images par la Fura dels Baus s’affiche souvent comme un simple soutien de l’interprétation de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo plutôt qu’une réelle création allant, dans les Fontaines de Rome, jusqu’à la paraphrase. En revanche, dès qu’elle s’écarte du simple sur-lignage, l’interprétation de La Fura dels Baus entre en écho avec la musique et son interprétation y compris lorsqu’elle semble se poser en contrepoint de ce que le spectateur entend. Ainsi la référence au mythe d’Apollon et Daphné pour Les Pins de la Villa Borghèse, allusion à la splendide sculpture du Bernin conservée à la Galerie Borghese à Rome, vient-elle à la fin rappeler également que, comme Daphné se transformant en laurier pour échapper à son divin poursuivant, Rome sera toujours la Ville Éternelle malgré ses transformations.

OPMC - Monaco : Trilogie Romaine d'Ottorino Respighi - Direction : Kazuki Yamada - Mise en images : La Fura dels Baus ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com OPMC - Monaco : Trilogie Romaine d'Ottorino Respighi - Direction : Kazuki Yamada - Mise en images : La Fura dels Baus ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com OPMC - Monaco : Trilogie Romaine d'Ottorino Respighi - Direction : Kazuki Yamada - Mise en images : La Fura dels Baus ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

OPMC - Monaco : Trilogie Romaine d'Ottorino Respighi - Direction : Kazuki Yamada - Mise en images : La Fura dels Baus ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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© Archives départementales de Meurthe et Moselle
© Archives départementales de Meurthe et Moselle

Stupéfaction à la lecture des archives départementales de Meurthe et Moselle ! Messire François des Forges, prêtre et curé de Condé, diocèse de Nancy dans l'actuelle Meurthe et Moselle n’officiera plus dans le patient relevé des actes de naissances, mortuaires et mariages des ouailles dont il avait la lourde charge.

En effet, le mardi 6 avril 1683, son « Patron » l’a rappelé à lui sans doute en récompense de ses bons et loyaux services. Poursuivant sa mansuétude jusqu’au bout, Il lui a d’ailleurs envoyé, histoire de ne nullement regretter l’inanité de la vie terrestre, juste ce qu’il faut pour n’avoir point envie d’un trajet retour.

A quarante ans, Messire François « est décédé en la maison curialle (sic) de Faulx après cinq jours d’une colique néphrétique endurée avec beaucoup de patience et d’une entière résignation à la volonté de Dieu ».

Décidément, les desseins du Très-Haut sont inFondables !

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©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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« Cet article avait trois ans ! Gelmetti remplaçait Kreizberg » ainsi pourrait commencer ce pastiche des vers de Victor Hugo pour fêter les trois ans de ce blog et la première, plutôt ratée, de Gianluigi Gelmetti à la tête de l’orchestre philharmonique de la Principauté avec le Requiem de Verdi.

L’article de l’alors jeune blog concluait « et pour nous pauvres mélomanes … Kyrie eleison ! ». Trois ans plus tard et à la veille d’un départ annoncé, Gianluigi Gelmetti ouvre la saison du Philharmonique avec le Stabat Mater de Gioacchino Rossini et, fort heureusement, l’histoire ne s’est pas répétée.

En effet, le plateau artistique, composé de la soprano Cinzia Forte, de la mezzo-soprano Laura Polverelli, du ténor Celso Albelo et de la basse Mirco Palazzi pour les solistes et du Chœur de la Radio hongroise placé sous la direction de Zoltan Pad, a donné au Stabat Mater de Rosini toute sa ferveur spirituelle.

L’équilibre remarquable du plateau et l’exécution parfaite de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo sous la direction d’un Gianluigi Gelmetti, pour l’occasion inspiré, ont fait de cette première exécution du Stabat Mater à Monaco un événement important qui a conquis le public et restera à n’en pas douter une référence.

La parenthèse Gelmetti à la tête de l’orchestre philharmonique se referme donc sur une bonne impression… il eût sans doute mieux valu débuter comme cela trois ans plus tôt.

OPMC - Stabat Mater de Gioacchino Rossini Cinzia Forte, Laura Polverelli, Celso Albelo, Mirco Palazzi et Chœur de la Radio hongroise ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOPMC - Stabat Mater de Gioacchino Rossini Cinzia Forte, Laura Polverelli, Celso Albelo, Mirco Palazzi et Chœur de la Radio hongroise ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOPMC - Stabat Mater de Gioacchino Rossini Cinzia Forte, Laura Polverelli, Celso Albelo, Mirco Palazzi et Chœur de la Radio hongroise ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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