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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra
Piano seul©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Piano seul©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« Les gens chics sont l’hiver à Monte-Carlo » proclamait une affiche des années folles. Que nenni ! Les gens chics sont ce soir à Cresendo ! Car, comme l’a dit en substance André Peyrègne lors du concert de gala du 6 décembre 2014, l’ultime de l’association monégasque présidée depuis plus d’un quart de siècle par Jean-Marc Bosquet, « Un crescendo de 26 ans bat largement celui du Boléro de Ravel »

Près de trois heures de musique, un orchestre de 34 musiciens dirigé par Bruno Membrey, huit solistes, neuf chanteurs lyriques, une adhérente centenaire et une salle comble… Ce n’était assurément ni un inventaire à la Prévert, ni un enterrement mais un hommage à la musique et à ses vertus humanistes. Crescendo a retracé 26 ans d’existence en une seule soirée invitant, à une exception près, uniquement des artistes qui avaient été programmés. Crescendo ayant vocation à proposer toutes les formes musicales, le public est ainsi passé de la Truite de Schubert ou de Don Giovanni de Mozart à une anthologie du Tango et de la milonga en passant par un extrait des Misérables de Claude-Michel Schönberg.

La première partie de la soirée était réservée à des formations de musique de chambre qui ont fait l’essentiel de la programmation de Crescendo depuis 26 ans nous permettant d’entendre à nouveau un octuor à vents, le quatuor Monoïkos, Philippe Loli, un des membres d’Aïghetta Quartett, le violoniste Kristi Gjezi et la pianiste Maki Belkin ou encore Philippe Ermelier, mémorable interprète de Danilo dans la Veuve joyeuse produite par l’association en 2007. Mais cette première partie était également l’occasion de rendre hommage aux pianistes solistes ou accompagnateurs qui ont soutenu Crescendo depuis les origines comme Lia Uhry et quoi de plus décoiffant que le Galop Marche d’Albert Lavignac pour entendre simultanément Maki Belkin, Maxence Pilchen, Stephanos Thomopoulos et Marcelle Dedieu-Vidal, autre fidèle de Crescendo.

Dans la seconde partie, l’orchestre des soirées lyriques composé principalement de musiciens de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo et dirigé par Bruno Membrey a retrouvé un pianiste, Maxence Pilchen et quelques chanteurs lyriques qui ont donné vie à des personnages de productions lyriques montées par l’association. Guy Bonfiglio y avait été remarqué, entre autres, pour Bartolo dans il Barbiere di Siviglia de Rossini (2006) ou encore le Comte Robinson dans Il Matrimonio segreto de Domenico Cimarosa (2009). Quant à Frédérique Varda, elle a incarné pour Crescendo Nadia dans la Veuve joyeuse de Franz Lehár (2007), Norina dans Don Pasquale de Donizetti (2008) ou encore le rôle-titre de Lakmé de Léo Delibes (2010).

Tout ayant une fin c’est sur un extrait du deuxième acte de la Chauve-souris de Johann Strauss (à partir de « Versez-nous le champagne ! » … évidemment !) que la soirée s’est brillamment terminée permettant à Marie-Paule Lavogez, Sandrine Martin, Mario Marrone, Frédéric Diquero et Benoît Gunalons de rejoindre l’ensemble des chanteurs lyriques de la soirée.

Salle des Variétés - Monaco - Orchestre (direction Bruno Membrey) Thierry Véra, Samuel tupin, Christiane Bonnay et Federico Andrès-Hood ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comSalle des Variétés - Monaco - Orchestre (direction Bruno Membrey) Thierry Véra, Samuel tupin, Christiane Bonnay et Federico Andrès-Hood ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comSalle des Variétés - Monaco - Orchestre (direction Bruno Membrey) Thierry Véra, Samuel tupin, Christiane Bonnay et Federico Andrès-Hood ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Salle des Variétés - Monaco - Orchestre (direction Bruno Membrey) Thierry Véra, Samuel tupin, Christiane Bonnay et Federico Andrès-Hood ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Guy Bonfiglio, Frédérique Varda, Bruno Membrey et Philippe Ermelier ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comGuy Bonfiglio, Frédérique Varda, Bruno Membrey et Philippe Ermelier ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comGuy Bonfiglio, Frédérique Varda, Bruno Membrey et Philippe Ermelier ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Guy Bonfiglio, Frédérique Varda, Bruno Membrey et Philippe Ermelier ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Marcelle Vidal-Dedieu, Maki Belkin, Stephanos Thomopoulos et Maxence Pilchen (Mains supplémentaires Lia Uhry et Bruno membrey) ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMarcelle Vidal-Dedieu, Maki Belkin, Stephanos Thomopoulos et Maxence Pilchen (Mains supplémentaires Lia Uhry et Bruno membrey) ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMarcelle Vidal-Dedieu, Maki Belkin, Stephanos Thomopoulos et Maxence Pilchen (Mains supplémentaires Lia Uhry et Bruno membrey) ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Marcelle Vidal-Dedieu, Maki Belkin, Stephanos Thomopoulos et Maxence Pilchen (Mains supplémentaires Lia Uhry et Bruno membrey) ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Amérique latine, #Opéra
José Cura, portrait
José Cura, portrait

Immensément connu pour ses rôles dans de nombreux opéras, le spectacle de musique argentine proposé par le ténor José Cura était évidemment très attendu. Las, mardi, salle Garnier, une partie du public a simplement pu comprendre sur le vif la profonde différence entre une star et un artiste.

Dans un dispositif scénique réduit à sa plus simple expression avec Kristine Okerlund au piano et Anthéa Sogno, en récitante, José Cura, perché sur sa chaise, donne le ton. La soirée sera « cool, entre potes », d’ailleurs il fait venir le régisseur sur scène, en l’appelant par son prénom, le serre dans ses bras… Du reste, il est habillé comme l’as de pique… « Entre potes » on vous dit !

Le spectacle se déroule sans aucune surprise : José Cura papote, Anthéa Sogno, plantée dans son fauteuil, récite un poème que José Cura (nez dans la partition !), accompagné de Kristine Okerlund, chante. Au bout de quelques minutes à peine, l’ennui nous gagne et ce n’est pas le manque évident de préparation et de répétition qui nous sortira de cette torpeur. La soirée promet d’être longue … très, très longue !

Cruelle erreur ! Le spectacle est finalement venu de la salle elle-même. Non contents d’être complètement statiques, José Cura et Anthéa Sogno n’avaient à l’évidence pas pris la peine de vérifier au préalable acoustique et amplitude sonore. L’un comme l’autre étant difficilement audibles, c’est un « Plus fort » qui a fusé de la salle interrompant un poussif monologue.

Comme le ton était à la soirée « entre potes », José Cura a répondu par une boutade avant qu’un « Chantez s’il vous plaît !» ne fuse à nouveau transformant en quelques secondes la soirée « entre potes » en une soirée « Princesse outragée ». « Ne vous inquiétez pas, Madame, je vais chanter jusqu’à ce que vous n’en puissiez plus ! » a déclaré la star vexée rajoutant du coup une prétention sans nom à un manque de professionnalisme évident pour un spectacle d’une banalité affligeante.

« Je me mets à nu devant vous » a rajouté la star instillant un nombrilisme mal-à-propos collant parfaitement à ce gâchis scénique. La salle qui s’est amplement vidée pendant l’entracte lui a tacitement répondu « Allez donc vous rhabiller ! ».

La star José Cura a fait son show…. mais où était donc l’artiste José Cura ce soir là ?

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Epoque moderne, #Amour, #Violence, #Europe, #Mythe
Roméo et Juliette de Gounod - MES Jean-Louis Grinda
Roméo et Juliette de Gounod - MES Jean-Louis Grinda

Petit moment d’égarement passager au Grimaldi forum pour la représentation de l’opéra de Gounod, je ne reconnais pas les premières notes de Roméo et Juliette et c’est au moment où tout le monde se lève que je réalise que l’hymne monégasque avec chœur retentit pour la fête du Prince. Désolé pour ce lèse-majesté dû à mon incorrigible étourderie.

L’impression générale sur ce Roméo et Juliette pourrait presque être rigoureusement l’inverse de l’impression que j’ai eue pour Anna Bolena à Toulon. Ici, la mise en scène rigoureuse de Jean-Louis Grinda fait mouche. Pas de temps mort, un plateau toujours en mouvement même dans les scènes les plus lentes, une scénographie faite d’angles et d’arrondis qui sied aux « humeur » de la pièce ou plutôt de ses protagonistes et qui représente les différents lieux de Vérone, une création lumière qui nous fait habilement passer des moments de lutte aux moments intimes, des costumes rouges et bleus efficaces, l’ensemble fonctionne.

En revanche ce qui ne fonctionne pas ce sont les rôles éponymes. Si les rumeurs après la générale faisant grand cas du vibrato d’Anne-Catherine Gillet, qualifié par certains d’insupportable, c’est plutôt la faible puissance des voix qui m’ont davantage contrarié. Sans doute dans l’écrin feutré de la salle Garnier, les voix d’Anne-Catherine Gillet et du ténor sicilien Paolo Fanale eussent porté davantage mais dans l’immensité du Grimaldi forum, elles se perdent et il nous faut sans cesse tendre l’oreille.

En revanche, tous les rôles dits secondaires sans exception, Carine Séchaye, le page de Roméo, Christine Solhosse, la nourrice pour les femmes mais aussi Lionel Lhote en Mercutio, Xavier Rouillon (Benvolio), Marcel Vanaud, le Comte Capulet, Christophe Berry en Tybalt, Jean Teitgen (Frère Laurent) ou Philippe Rouillon en intraitable Duc de Vérone pour les hommes tiennent la pièce à bout de chant. Accompagnés de danseurs et de figurants, tous les artistes occupent l’espace, lui donnent corps et donnent vie à l’ensemble.

Quant à la direction musicale de Laurent Campellone, elle est précise, allie dynamisme et intimisme, et finit par nous faire oublier la faiblesse des deux protagonistes sensés à l’origine emporter l’adhésion.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque moderne, #Epoque contemporaine, #Europe
Tristan Pfaff et Camille Thomas
Tristan Pfaff et Camille Thomas

Quinze jours après l’annonce de la programmation officielle, petite mise en bouche ante festivalière ce jeudi 20 novembre 2014 au Théâtre des Variétés de Monaco avec un concert proposé par l’association des amis du Printemps des arts.

Si Marc Monnet est aux commandes du Printemps des arts depuis plus de dix ans, Jean Dastakian, nouveau Président de l’association des Amis du Printemps des arts est aux manettes depuis quelques mois en remplacement de Jean Castellini , nouveau Conseiller de Gouvernement pour les Finances et l'Économie de la Principauté.

Pour son premier concert, l’association des Amis du Printemps des arts, avec la très étroite complicité de Marc Monnet, directeur dudit Printemps des Arts, a invité deux jeunes solistes : la violoncelliste Camille Thomas, remarquée aux très contestées Victoires de la Musique Classique en 2014 et Tristan Pfaff, pianiste -Lauréat du Concours Long-Thibaud.

Camille Thomas et Tristan Pfaff nous ont régalés avec trois sonates : La sonate en ré mineur de Claude Debussy que j’appelle Pierrot fâché avec la lune depuis son interprétation et son histoire par Delphine Perrone et Héloïse Hervouët (voir article du 18 Mars 2013), la sonate Arpeggione de Franz Schubert qui pourrait avoir comme sous-titre « ou comment passer de six à quatre cordes sans encombres » car, composée pour l’arpeggione, instrument aujourd’hui disparu, elle a été adaptée pour divers instruments dont le violoncelle et une sonate de Dmitri Chostakovitch.

Camille Thomas et Tristan Pfaff ont donc lancé la « saison du Printemps des arts et de ses amis » devant une salle, hélas clairsemée. Le public, voilà l’enjeu qui attend les Amis du Printemps des Arts.

Tristan Pfaff et Camille Thomas ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comTristan Pfaff et Camille Thomas ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Tristan Pfaff et Camille Thomas ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Arts plastiques, #Epoque contemporaine, #Epoque moderne, #utopie, #Bande dessinée, #Amour, #Violence, #Mythe, #guerre, #Urbanisme
[Arts Plastiques – Hôtel des Arts – Toulon] Enki Bilal : ma madeleine de Proust

« Sur le printemps de ma jeunesse folle,

Je ressemblais l'hirondelle qui vole,

Puis ça, puis là; l'âge me conduisait

Sans peur ni soin où le cœur me disait. »

Et au hasard des rencontres, pourrais-je dire pour terminer cet églogue de Clément Marot, je faisais des découvertes qui n’arrivaient pas à étancher ma curiosité. C’est donc « sur le printemps de ma jeunesse folle » à l’époque de mes études universitaires que j’ai découvert les bandes dessinées d’Enki Bilal. Pour ma jeune personne, nourrie au graphisme d’Hergé, de René Goscinny, d’Albert Uderzo ou de Marcel Gottlieb dit « Gotlib », le choc fut rude et il me fallut un temps d’adaptation pour découvrir autre chose, une autre sensibilité qui venait perturber ma perception du 8ème art.

L’Hôtel des Arts de Toulon rend hommage à Enki Bilal et indirectement à ma jeunesse dans un foisonnement qui correspond à l’artiste … et à moi-même : multiplicité des supports (murs, toiles, pellicules), multiplicité des formats et multiplicité des techniques (gravures, peintures, films). L’exposition a, en outre, l’immense mérite de mettre de côté la simple chronologie des albums et des personnages ce qui aurait été très tentant au profit d’une mise en regard des thèmes et des emprunts.

Et au milieu de ces visions futuristes, dont la justesse parfois surprend toujours un peu, surnagent les thèmes intemporels : l’amour, la violence, la solitude et surtout quelques portraits aisément reconnaissables comme Montaigne ou Georges Perec qui traversent et traverseront les siècles comme autant de contrepoints aux utopies futuristes comme autant de bouées pour notre humanité.

Montaigne et Perec entourant un couple©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMontaigne et Perec entourant un couple©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMontaigne et Perec entourant un couple©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Montaigne et Perec entourant un couple©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Epoque moderne, #Amour, #Bad boys
[Musique – Opéra de Toulon] Anna Bolena entre en scène et tourne en rond

La roue tourne et Anna Bolena qui a trahi pour devenir la femme la plus puissante d’Angleterre, provoquant un schisme au passage, est à son tour trahie par sa suivante Giovanna Seymour. Rien de nouveau sous le soleil pour quoi connaît l’histoire de l’Angleterre ou à défaut celle de Barbe bleue mais l’intérêt de l’opéra de Gaetano Donizetti et de son librettiste Felice Romani réside dans la psychologie du personnage d’Anna Bolena dont la chute est clairement annoncée.

Musicalement, la production est une réussite. De Giuliano Carella à la baguette jusqu’au chœur de Christophe Bernolin, rien n’est négligé. Les artistes sont en grande forme : le duo de femme Ermonela Jaho, reine en déchéance et Kate Aldrich, future Reine sans illusion, fonctionne à merveille et leur duo attendu est applaudi. Ismaël Jordi, dans le rôle de Percy est convaincant ainsi que, dans une moindre mesure, Simon Orfila en Henry VIII. Svetlana Lifar interprète un Smeton très en forme et Thomas Dear (Rochefort) et Carl Ghazarossian (Hervey) sont efficaces.

C’eut pu être une réussite pour peu que la mise en scène fût à la hauteur (je ne suis pas sûr de l’avoir grammaticalement bien descendu). Le souci majeur de cette production c’est la maladresse de la mise en scène de Marie-Louise Bischofberger qui cherche à compenser ses manques par de l’outrance ou des artifices éculés. Comment peut-on concevoir une mise en scène en laissant de tels tunnels scéniques notamment à la fin. Il n’est certes pas question que la reine d’Angleterre, aussi déchue soit-elle, se mette à sauter à la corde pour combler les vides mais il y a mille idées pour qu’il se « passe quelque chose scéniquement » sans mettre musicalement le plateau en péril. Le spectateur cherche désespérément la parti pris artistique de la production et ce ne sont ni l’accoutrement très « Joséphine, ange gardien » de Smeton, ni les costumes « passe-partout » du plateau, ni le jeu de lumières convenu qui suit les personnages, ni les tentatives de faire coexister deux scènes sur le plateau pour symboliser le rêve qui peuvent lui donner l’ébauche d’une réponse.

Tous les efforts sont vains, la roue tourne pour Anna Bolena qui tourne elle-même en rond ; elle est heureusement sauvée par la musique et par son chant ...du cygne.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Théâtre, #Epoque contemporaine, #guerre, #Amour
Une Année sans été
Une Année sans été

Dans le film Kim Ki-duk, Printemps, été, automne, hiver … et printemps, le drame est omniprésent à toutes les saisons mais ce qui donne espoir c’est le renouvellent des générations qui, même si elles semblent commettre à nouveau les mêmes erreurs, se passent le flambeau, renouvellent l’espèce. C’est rassurant. Une Année sans été de Catherine Anne nous arrête brusquement dans notre humanité. Non il n’y aura pas d’été ni d’autres saisons d’ailleurs. On se demande même si c’est une histoire de vie ou de mort tant la (seule ?) survivante de la tragédie martèle en boucle ses souvenirs comme on égrène un chapelet, comme si elle été restée bloquée dans ses traumatismes, incapable d’avancer désormais.

Pas d’été car les cinq jeunes gens, dans leur insouciance, leurs désirs, leur envie de rupture, leur attirance et leur répulsion seront pris dans le grand tourbillon de 1914 : pas d’été. L’un (Dupré) veut être écrivain, et veut rompre avec l’usine paternelle pour écrire, l’autre (Anna) est allemande et à déjà rompu avec son passé pour travailler dans ladite usine paternelle, la troisième (Louisette) est à Paris loue avec sa mère des chambres et se rêve une autre vie …avec Dupré. Deux personnages vont compléter le tableau, Gérard, ludion, écrivain raté, qui se noie dans la fête et ne souhaite pas changer de vie et Mademoiselle Point, la seule qui n’a pas de prénom, prédestinée à devenir sténodactylo qui travaille sans se plaindre dans l’usine provinciale : entre mariage et fêtes deux choix de vie, deux personnages qui n’entendent pas en changer.

Le dispositif de mise en scène du metteur en scène Joël Pommerat (qui, pour une fois, ne met pas en scène ses propres écrits) est extrêmement travaillé. Une succession de scènes sur des fondus au noir permettent le changement rapide d’une scénographie pauvre mais redoutablement efficace qui nous transporte de Paris en Province. La pénombre générale des lieux seulement ouverts en fond de scène par deux petites fenêtres ou sur les côtés par des portes enferme les personnages dans leur questionnement et nous plonge dans ses temps qui s’assombrissent. Le travail du son nous présente des voix pas tout à fait humaines comme venues d’ailleurs, des lointains souvenirs des survivants.

Et évidemment, il y a le plateau composé de jeunes comédiens dirigés au millimètre et tout en retenue, rassemblant Rodolphe Martin (Dupré), Carole Labouze (Mademoiselle Point), Laure Lefort (Louisette) et Franck Laisné (Gérard). Mais la performance exceptionnelle revient à Garance Rivoual (Anna) que j’ai cru à son exceptionnel vrai-faux accent parfaitement allemande et qui se révèle être une comédienne française… au talent fou. Illusion, tout n’est qu’illusion ! En espérant que, contrairement à nos cinq jeunes, elles ne soient pas perdues.

Une année sans été, de Catherine Anne. Mise en scène : Joël Pommerat.

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