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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Europe, #Epoque contemporaine, #Amour
[Musique - Opéra de Monte Carlo] Au lieu de tomber à pic, « Amica » tombe à plat !

La première d’Amica à l'Opéra de Monte-Carlo date du 16 mars 1905, la dernière à l'Opéra de Monte-Carlo du … 21 mars 1905. Et hormis quelques représentations en Italie et en Argentine, au début du siècle, l’œuvre avait disparu de la circulation sans doute en raison de sa complexité scénique et vocale et de sa courte durée. Commandée en juin 1904, Mascagni termina l’orchestration début janvier 1905 puis l’Intermezzo mi-février pour une première en mars. La création s’était donc faite dans l’urgence.

Chose assez surprenante, Jean-Louis Grinda, le metteur en scène, a choisi de replacer l’œuvre dans son contexte. Mais rien n’est représenté par évocation ; tout, des costumes à la ferme alpine et ses accessoires en passant par les montagnes, est produit avec un réalisme plat que même le film de l’intermezzo ne contredit pas.

Pour parachever l’affaire, déjà fort mal engagée, l’absence de direction d’acteurs transforme les protagonistes et le chœur en plombs scéniques qui s’alignent en rang d’oignon, qui entrent à cour pour sortir à jardin, qui ne jouent pas dans le premier acte avec la verticalité du décor renforçant ainsi la platitude générale.

Si la musique est effectivement une heureuse surprise, les voix ne suivent pas : la diction est très approximative, les voix d’Enrique Ferrer (Giorgio) et de Lucio Gallo (Rinaldo) sont forcées, Annie Vavrille (Magdelone) est couverte par l’orchestre. Amarilli Nizza (Amica) livrée à elle-même pourrait s’en sortir si elle maîtrisait le français. Seul André Heyboer sauve l’honneur en campant un Camoine dynamique tant dans la voix que le jeu de scène.

Enfin, outre les effets scéniques sans utilité (le couteau, la verticalité du décor, l’interminable travelling en plongée sur les Alpes pendant l’intermezzo), d’autres effets deviennent parasites faute d’aboutissement : la liaison avec le cinéma et l’expressionnisme sur l’ouverture laissait espérer un parti pris artistique audacieux : j’ai attendu et, comme Sœur Anne, n’ai rien vu venir.

La création de 1905 avait été réalisée dans l’urgence nécessitant des ajustements, la mise en scène de 2013 semble respecter également cette réalité.

Amica : Opéra en deux actes de Pietro Mascagni (1863 – 1945) sur un livret de Paul de Choudens (sous le pseudonyme de Paul Bérel) – Coproduction : Opéra de Monte-Carlo, Opéra de Rome et Teatro Carlo Goldoni de Livourne - Mise en scène : Jean-Louis Grinda - Direction musicale : Gianluigi Gelmetti - Chef de chœur : Stefano Visconti - Décors : Rudy Sabounghi – Costumes : Teresa Ancone – Lumières : Laurent Castaingt

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Epoque contemporaine, #Bad boys
[Musique - Opéra de Monte Carlo - Auditorium Rainier III] Bryn Terfel et Gareth Jones : le pack gallois à Monaco

Choix gaélique cornélien ces derniers mois : concert Bad Boys de Bryn Terfel organisé par l’opéra de Monte-Carlo ou le Roi d’Ys d’Edouard Lalo, œuvre qu’on ne donne jamais, à l’opéra de Montpellier ? Finalement, la version de concert proposée par Montpellier a eu raison de mon hésitation … quitte à attendre le Roi d’Ys, attendons qu’il soit dans ses meubles.

Nouveau choix cornélien la semaine dernière, le Printemps des Arts programme en même temps un Portrait Bartok avec la création mondiale de Villa Adriana, commande du Printemps des Arts à Laurent Cuniot.

Finalement, ce sera Bryn Terfel et Bad Boys, spectacle qui accompagne la promotion de son disque du même nom. Au menu, que des méchants, des affreux, des traitres, des pourris qu’ils soient des damnés comme Kaspar, Mefistofele et Méphistophélès piochés respectivement chez Weber, Boito et Gounod, un traitre comme Iago piqué chez Verdi, un tortionnaire comme Scarpia tiré de Puccini, un charlatan comme Dulcamara emprunté à Donizetti, un bandit comme Mack pris chez Kurt Weil, un baronnet assassin comme Roderic dans Ruddigore d’Arthur Sullivan sans doute jamais joué en France. Bryn Terfel avait déjà occupé la scène magistralement dans le rôle-titre de Falstaff de Verdi en 2010 à Monaco. Il commet l’exploit de nous rendre sympathiques tous ces parias à force de jouer avec le public, l’orchestre et le chef Gareth Jones.

Le concert de Bryn Terfel est ponctué principalement d’ouvertures d’opéras interprétés par l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo et par les chœurs dirigés par Stefano Visconti. Qu’on ne s’y trompe pas ! Les ouvertures n’ont pas été choisies au hasard. Si Bryn Terfel, rend ses personnages sympathiques, ils sont rattrapés par la force du destin et sont voués comme Don Giovanni, comme Faust à la damnation. Les ouvertures d’opéra sont là pour nous rappeler la justice immanente : l’enfer. Quant à la seule pièce non lyrique de ces interludes : la danse macabre de Saint-Saëns bien portée au violon par Liza Kerob, elle accompagne tous ces personnages vers leur destin.

Tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si la soirée ne s’était pas achevée par un bis, selon moi, peu inspiré : un extrait de la comédie musicale Les Misérables.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Europe, #Epoque contemporaine
[Cinéma - Archives audiovisuelles de Monaco - Grimaldi Forum - Monaco] Coup de blanc pour "La Baie des Anges"

Agnès Varda, Rosalie Varda-Demy et Mathieu Demy avaient fait le déplacement à Monaco pour cette avant -première mondiale de la Baie des Anges, tourné sur la Côte d'Azur en 1962, dans sa version restaurée. En présence de SAS le Prince Albert II et de SAR la Princesse Caroline de Hanovre, Serge Toubiana pour la Cinémathèque française et Vincent Vatrican pour les archives audiovisuelles de Monaco accompagnaient la famille Varda - Demy.

La restauration de la copie dans les deux formats a été réalisée par Ciné Tamaris et La cinémathèque française, avec le soutien du fonds culturel franco-américain, des archives audiovisuelles de Monaco et de la SOGEDA Monaco. Événement artistique et pédagogique pour moi puisque j'ai vu ce film il y a quelques années dans sa version non restaurée.

La transformation du générique, long travelling arrière sur la Promenade des Anglais accompagné d'un concerto pour piano signé Michel Legrand, remet déjà les pendules à l'heure. Le noir et blanc est impeccable et, surtout, la bande son ne connaît plus ces sautes d'humeur, ces oscillation dans son volume. Comme ce thème musical revient périodiquement accompagner le gros plan sur la roulette, il m’était resté en mémoire. La bande son gomme également le grésillement sur les voix. Nous n'en sommes que plus attentifs.

Agnès Varda a signé il y a quelques années un court documentaire sur Pierre Soulages et sa technique-conception de l'outre-noir. Ce soir, elle rend hommage avec ses deux enfants à Jacques Demy et son film qui pourrait être un hommage à l'outre-blanc.

C'est la deuxième chose qui nous surprend dans cette restauration. Je savais qu'on pouvait ré-hausser la couleur, j’assiste médusé au ré-haussement du blanc. Le film de Jacques Demy travaille beaucoup sur l'ensoleillement du midi à grand coup de blanc et de surexposition, l'ensemble étant accentué par la chevelure «Harlow gold» de Jeanne Moreau.

La restauration fait du film de Jacques Demy un film solaire, un film lumineux dans toutes les acceptions du terme.

La Baie des Anges, après un crochet par Paris et Los Angeles, ressortira dans les salles et l’exposition consacrée à Jacques Demy se tiendra du mercredi 10 avril 2013 au dimanche 4 août 2013 à la Cinémathèque française - musée du Cinéma à Paris.

La Baie des Anges – Film de Jacques Demy – France – Noir et blanc - 35 mm et numérique – 90’

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Europe, #Epoque contemporaine
[Musique - Printemps des Arts - Opéra Garnier - Monaco] François-Frédéric  Guy, Tedi Papavrami et Xavier Philips annoncent le Printemps

Cinq ans après sa performance des trente-deux sonates de Beethoven, le Printemps des arts de Monaco réinvite le pianiste François-Frédéric Guy. Si Beethoven est toujours d'actualité, François-Frédéric Guy est accompagné de Tedi Papavrami au violon et de Xavier Philips au violoncelle pour explorer la musique de chambre du compositeur.

Plusieurs concerts successifs sont prévus dans ce portrait Beethoven, mêmes artistes, même format : une sonate piano – violon, une sonate piano – violoncelle et un trio.

Pour l'ouverture du Printemps des Arts à l'opéra Garnier, sonate n°1 pour violoncelle et piano en Fa majeur, la célèbre sonate piano – violon dite «le Printemps et trio n°5 pour violon, violoncelle et piano dite Geistertrio.

Il faut reconnaître à François-Frédéric Guy cette force d'interprétation dans Beethoven en récital ou en formation. Visiblement, le tandem qu'il forme avec le violoncelliste Xavier Philips fonctionne à merveille, davantage que le duo qu'il forme avec Tedi Papavrami, qui tout en restant d’excellente qualité, semblait un peu moins assuré qu'à l'accoutumée.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Danse, #Afrique, #Epoque contemporaine, #Racines
[Danse - Salle Juliette Gréco - Forum Jacques Prévert - Carros] J’y suis allé

Salle comble à Carros pour le spectacle Ce que le jour doit à la nuit de la compagnie Hervé Koubi. Dans la salle, beaucoup d’enfants et de jeunes, beaucoup de familles. Il faut dire que la compagnie en résidence au forum Jacques Prévert a posé ses valises à Carros et a été au contact de la population pendant plusieurs semaines.

Chose inhabituelle, Hervé Koubi se sent obligé de prendre la parole avant le spectacle pour contextualiser sa création. Il parle de ses origines, de son prénom breton, de son père, de la vieille photo jaunie d’un vieil homme en costume traditionnel algérien qui est son grand-père, de sa double culture, de son voyage découverte en Algérie.

Douze danseurs émergent peu à peu d’un magma humain : ils s’extirpent les uns des autres comme un peuple qui apparaît de sa terre. Le groupe va ensuite évoluer parfois en deux groupes de six dans deux chorégraphiques parallèles sur le plateau, tantôt par plus petits groupes, ces groupes qui se retrouvent parfois en confrontation finissent pas intégrer la même chorégraphie d’ensemble puis par s’en détacher, à nouveau, un à un.

Toute la chorégraphie d’Hervé Koubi va jouer constamment sur cet aller-retour fait d’intégration et de sortie des corps dans le groupe. La présence extrêmement physique des danseurs va accentuer ce côté confrontation. Belle écriture pour représenter les vagues migratoires qui ont fabriqué l’Algérie, ses volontés de métissages, ses résistances à l’assimilation, ses moments de communion, ses instants dramatiques de tension, ses séparations.

La musique passe de la musique concrète (sons de cloches) à la musique baroque (stabat mater et quatre saisons de Vivaldi) ou à la musique traditionnelle arabe avec une facilité déconcertante et se comporte comme les corps, elle est alternativement concrète, européenne ou arabe, se confronte voire devient de temps à autre hybride.

Quant aux costumes créés par Guillaume Gabriel, il sont identiques pour tous et ressemblent à s’y méprendre à une acculturation : un pantalon blanc sorte de sarouel contemporain recouvert au dos par un pan de tissus blanc qui pourra à l’occasion servir de linceul.

Dans une dernière image sur un soleil couchant (Maghreb ne signifie-t-il pas pays du soleil couchant ?) les danseurs disparaissent très lentement dans la nuit sur une phrase lancinante d’un poète arabe reprise jusqu’à la nuit noire et dont la traduction française est « j’y suis allé ».

« Ce que le jour doit à la nuit » - Pièce chorégraphique pour douze danseurs de rue - Chorégraphie : Hervé Koubi - Création Musicale : Maxime Bodson - Musique : Hamza El Din par Kronos Quartet, Jean-Sébastien Bach, musique Soufi - Création lumière : Lionel Buzonie - Création Costumes : Guillaume Gabriel

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque moderne, #Opéra
[Musique - Opéra de Monte Carlo - Grimaldi Forum] De la technique et de l’âme musicales

Le spectacle de Cecilia Bartoli proposé dans la saison de l'opéra de Monte-Carlo s'appelle «Mission». J'ignore encore de quelle mission elle se sent investie. Peut-être celle de retrouver dans les archives et les bibliothèques des œuvres et des compositeurs inconnus, mal connus ou méconnus. C'est déjà, effectivement, une mission en soi.

Le concert de Cecilia Bartoli et de «I barocchisti», orchestre baroque de la Suisse romande composé de 21 musiciens, dirigés depuis le clavecin par Diego Fasolis, s'est concentré sur l’œuvre lyrique d'Agostino Steffani qui a vécu de 1654 à 1728. L'orchestre «I barocchisti» ponctuant avec les ouvertures des différentes œuvres lyrique d'Agostino Steffani, les parties récital avec orchestre baroque de Cecilia Bartoli.

Les ouvertures exécutées par l'orchestre ont représenté des moments de découverte et de plaisir absolus, des moments de respiration, même si la salle des Princes n'est décidément par le lieu acoustique idéal pour ce type de musique plus intimiste. Ce sont bien ces ouvertures qui m'ont fait tenir jusqu'à la fin.

Les parties réservées à Cecilia Bartoli (rappelons que la communication ne s'est faite que sur son nom) m'ont laissé nettement plus réservé. Dans la moitié des airs, Cecilia Bartoli fait entendre sa technique qui n'appartient qu’à elle, sa marque de fabrique : elle roucoule et le public se pâme. Dans l'autre moitié, selon moi plus intéressante, notamment dans Niobe, Regina di Tebe, Cecilia Bartoli laisse de côté sa technique de chant, m'émeut davantage sans toutefois me transporter complètement.

Le public, qui la connaît visiblement par média (il faut dire qu’elle a un plan com’ à faire pâlir nos hommes politiques) et par disque interposés, finit par applaudir sur la musique lorsqu’elle entame son bis avec … un « tube » de Haendel. Comme dans n’importe quel concert de variétés quand le chanteur entonne un air attendu !

Le public peut respirer après une heure d’écoute de l'illustre inconnu Agostino Steffani ; il entend enfin une référence, ça le rassure.

Pas de chance, j'ai entendu quelques jours après le concert quelques extraits d'opéra (pas des récitals, des représentations) dans lesquels chantait la québécoise, haute en couleurs, Marie-Nicole Lemieux. Je ne sais pas alors quelle mouche m'a piqué mais j'ai commencé à réfléchir à la différence entre une technique musicale et une âme musicale. Je me suis dit que ça, c'était une vraie mission ... de réflexion. Allez savoir pourquoi !

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque moderne, #Europe
[Musique - Théâtre des Variétés - Monaco] Ils sont baroques à Crescendo

Quatre musiciens (une violoniste, une violoncelliste, un flûtiste et un claveciniste), trois nationalités (Tchèque, lettone et française) et un dénominateur commun : la scuola cantorum de Bâle dont ils sont tous les quatre lauréats. Au programme de « Perles de l’esprit baroque », Telemann et ses contemporains notamment Jean-Sébastien Bach et Carl Emanuel Bach.

Plusieurs choses me plaisent dans la musique de chambre baroque : le côté intimiste et le côté funambule. Le côté intimiste est produit par le faible niveau sonore de certains instruments comme le clavecin qui pousse à tendre l’oreille, à se rapprocher du musicien pour être en meilleure communion avec lui. Le côté funambule, c’est le côté périlleux du baroque sur instrument ancien, le spectateur a souvent l’impression qu’on est au bord de la justesse musicale. Cela apporte un petit côté curieux, une petite touche extravagante qui tranche avec les grandes symphonies du XIXème siècle réglées, millimétrées.

Ma copine Stéphanie, exceptionnellement présente dans la salle, me fait remarquer que la gestuelle des musiciens baroques projette au sol un jeu d'ombre très intéressant à observer. Il se trouve qu'en plus, elle a raison. Décidément, les musiciens baroques ne sont pas comme les autres.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque contemporaine
[Musique - Théâtre des Variétés - Monaco] Cure de jouvence à Crescendo

Delphine Perrone et Héloïse Hervouët auraient pu nous déclamer le Cid hier. Si « aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années », la virtuosité, la complicité et le talent des deux musiciennes a enchanté le public. Pas besoin de chercher bien loin les talents actuels : l’une est violoncelle solo par intérim à l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo, la seconde, formée à l’académie Rainier III de Monaco, habite Cap d’Ail.

Le programme composé de deux parties a fait la part belle à la musique française avec, en seconde partie, un hommage à Claude Debussy et surtout Francis Poulenc.

Pour marquer encore davantage la commémoration, Delphine Perrone commente la sonate pour violoncelle opus 143 de Francis Poulenc. Considérée comme une œuvre mineure, on entend dans cette sonate les ingrédients d’autres œuvres de l’artiste et notamment Les Animaux modèles, interprétés cette saison par l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo sous la direction de Georges Prêtre.

Les commémorations ont ceci de bon qu’elles permettent de concentrer les efforts sur un objectif particulier et d’entendre (enfin !) des œuvres peu jouées.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Europe, #Epoque contemporaine
[Musique - Opéra de Monte Carlo - Auditorium Rainier III] Une version de concert est-elle un geste artistique ou économique ?

En mettant les pieds dans le plat, je me demande si je ne vais pas encore entamer sérieusement mon capital sympathie déjà bien érodé. Mais, imperturbablement, je préfère m’interroger tous les jours plutôt que de gober tout ce qu’on me sert sans me poser la moindre question.

J’ai lu un jour un article d’André Peyrègne, critique musical et directeur du conservatoire national à rayonnement régional Pierre Cochereau de Nice, qui disait en gros « mieux vaut pas de mise en scène qu’une mauvaise mise en scène ». Suivaient des exemples trop caricaturaux pour être honnêtes.

Parce que, selon moi, la véritable interrogation est ailleurs. Elle serait plutôt : « un opéra, dont on donne une version de concert aussi merveilleuse soit-elle, a-t-il été écrit pour cela ? ». Cette question de fond en amène immédiatement une suivante en ces temps où les versions de concert fleurissent partout : « Une version de concert est-elle un geste artistique ou économique ? ».

Si j’en crois les mélomanes (du moins ceux qui connaissent la musique et en qui j’ai toute confiance) présents pour le concert de Richard Wagner dirigé par Jonas Alber, les artistes choisis (Ann Petersen, Robert Dean Smith, Dagmar Peckova) pour interpréter le premier acte de « La Walkyrie » et le deuxième acte de « Tristan et Isolde » étaient excellents. Je ne suis pas assez musicien pour apprécier aussi finement qu’eux et, hormis la basse coréenne (Kwangchul Youn), pour laquelle il aurait fallu être franchement sourd pour ne pas la remarquer, je ne me suis jamais réellement investi dans mon rôle de spectateur.

Je ne suis pas un grand amateur des mises en scène outrancières, des interprétations scabreuses ou des gestes parasites à l’opéra ou au théâtre mais il me manque là une dimension importante qui finit par gâcher mon plaisir. Aussi quand je vois les artistes esquisser des gestes à l’avant-scène pendant qu’ils chantent, je ne peux m’empêcher de penser qu’il leur manque, à eux aussi, une dimension, une gestuelle.

Il est de coutume de dire dans la profession qu’ « au théâtre, on parle avec ses pieds » … voila pourquoi j’ai eu l’impression de temps à autres d’assister à un « opéra bancal » mais aux coûts de production bien moins élevés.

Concert Richard Wagner - « La Walkyrie » acte 1 - « Tristan et Isolde » acte 2 - Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo - Direction musicale : Jonas Albera

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Europe, #Epoque contemporaine, #Amour
[Musique - Opéra de Monte Carlo] Les deux mondes des  deux Violetta

Deux distributions pour La Traviata à l’opéra de Monte-Carlo, l’une avec Désirée Rancatore et Antonio Gandia dans les rôles de Violetta et Alfredo, l’autre avec Sonya Yoncheva et Jean-François Borras. C‘est moins par goût de la découverte que nous avons opté pour la deuxième distribution que par le souci d’entendre Jean-François Borras qui revient chanter chez lui à Monaco.

Le choix a été particulièrement judicieux car, outre que Jean-François Borras campe un Alfredo très convaincant avec le timbre frais que nous lui connaissons, Sonya Yoncheva que nous ne connaissions pas a littéralement « cassé la baraque » dans le rôle de Violetta que ce soit du point de vue de la voix, de la présence scénique ou de l’interprétation.

Dans cette soirée, où décidément rien ne devait aller de travers, la mise en scène contemporaine très intelligente de Jean-Louis Grinda, nous a épargné une énième transposition spatio-temporelle scabreuse du drame au profit d’une relecture de l’œuvre qui souligne ses aspects contemporains … ou intemporels.

Le dispositif scénique fait écho aux deux mondes de Violetta : le monde de la misère et le monde de la vie heureuse. Ils se transforment tour à tour comme les costumes. Un seul élément restera dans toutes les situations : les lézardes du mur qui se prolongent par un plafond complètement décrépi, tâches indélébiles dont Traviata ne pourra jamais se laver : son humble origine.

Cette année, non seulement Jean-Louis Grinda nous présente dans sa saison des ouvrages peu donnés, mais nous propose une relecture contemporaine de nos classiques sans artifices inutiles.

« La Traviata » - Opéra en trois actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Francesco Maria Piave d'après la pièce d'Alexandre Dumas, La Dame aux camélias - Mise en scène Jean : Louis Grinda - Direction musicale : Marco Armiliato - Décors : Rudy Sabounghi - Costumes : Jorge Jara - Lumières : Laurent Castaingt - Chorégraphie : Eugénie Andrin - Chef de chœur : Stefano Visconti

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