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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Europe, #Epoque contemporaine, #Amour
Cinéma Rialto - Nice - « 120 Battements par minute » de Robin Campillo

Cinéma Rialto - Nice - « 120 Battements par minute » de Robin Campillo

Il existe différentes manière d’aborder un film. Tout dépend de notre état d’esprit, notre humeur, notre vécu, nos traumatismes, nos souvenirs.  Pour la génération née à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, pour peu qu’ils soient passés directement de l’adolescence aux années SIDA, le risque de prendre le film de Robin Campillo 120 Battements par minute en pleine face est bien réel. Les comédiens ont leur âge, ils dansent sur leur musique, ils gueulent faux Tell me why ou Runaway Boy plus fort que les Bronski Beat voire ils ont soigné leurs malades, accompagné leurs amis ou sont passés directement dans la discothèque à peine sorti de l’enterrement… comme dans le film qui restitue bien ces années où la jeunesse  danse sur un volcan. Déjà morts, encore vivants a titré Emmanuel Burdeau dans son article sur Médiapart… c’est exactement cela.

La grande force de frappe du film de Robin Campillo tient à cette fidèle restitution des années de plomb, celle où la vie devient dans certains groupes notamment chez les accompagnants une partie réelle de chaises musicales : à chaque fois l’un se retrouve sur le carreau… Déjà morts, encore vivants. Ce réalisme des RH (réunions hebdomadaires)interminables, des engueulades à répétition, de la déchéance des corps, des soutiens à apporter, des tensions à supporter, des nécessaires moments de décompression en groupe au son de la house music omniprésente, des pouvoirs publics qui semblent tétanisés, de ces mères aimantes qui accompagnent dignement leur enfant, tout ceci renforce le lien émotionnel qui entoure le film, de son filigrane militant qui enveloppe les activistes d’Act Up-Paris. 

Mais ce n’est pas un film militant auquel cas il ne s’adresserait temporairement qu’à quelques dinosaures encore vivants. C’est un film, une œuvre, sans doute une grande qui relate avec sa chronologie, son histoire, ses partis pris, la vie de ces activistes qui ont fait prendre un tournant à toute la société occidentale. Le film débute par une RH avec accueil des nouveaux, sorte de rentrée des classes et se termine avec la mort ou plutôt par un dernier geste héroïque post-mortem comme un pied de nez à la mort. Dans l’intervalle c’est le combat, le combat entre l’entrée dans la vie, dans le groupe et l’issue fatale. Si le film colle au réel, il se construit comme une décantation, il va du général au particulier, des réunions hebdomadaires agitées à la relation plus apaisée entre Nathan et Sean. Comme la maladie, le film isole les éléments. La mise en place des personnages au début du film joue sur les temporalités : on passe d’aujourd’hui à hier avec une voix tantôt off tantôt in qui récapitule. Le passé, le présent et le futur se confondent déjà dans cette urgence de la vie, dans cette urgence à agir. Pour bien marquer l’hétérogénéité d’Act Up-Paris, Robin Campillo multiplie les points de vue en début de film : la poche de sang  qui s’écrase sur le visage d’un représentant officiel est vue de différentes manières, véritable métaphore des discussions à couteaux tirés à venir.

Le film joue avec son propre sujet. Le film suit des activistes, il les repoussera dans les derniers retranchements sans fard en jouant sur les points forts, les point faibles, les contradictions, les prises de tête, les prises de risques, les dérapages du groupe. Act Up-Paris joue sur les symboles, la communication, le film fera de même : il est à la fois œuvre majeure, outils de communication pour un réveil des consciences et élément d’une mémoire collective. Act Up-Paris  manie à la perfection la performance, le culot, la spontanéité, le film jouera avec une certaine crudité des images, la crudité des situations, la crudité des slogans. En fait, Robin Campillo réussit avec un funambulisme entre supportable et insupportable, communication et respect, activisme et écoute à restituer les mentalités collectives du groupe qui, devant l’urgence, s’essaie à toutes les tactiques.

Enfin le film est porté par une pléiade d’actrices et d’acteurs, chacun pleinement investi dans son personnage de fiction lui-même synthèse de situations réelles. Non seulement ces jeunes sont forts en gueule à la manière d’Adèle Haenel qui semble avoir fait reprendre du service à son personnage de Madeleine Beaulieu dans les Combattants mais ils engagent aussi tout leur corps dans la bataille. Antoine Reinartz (Thibault) incarne la communication, la force de frappe sans laquelle Act Up-Paris n’aurait eu cet écho. Tout en lui communique, quelle que soit la situation : il cristallise donc contentements et mécontentements, rancœurs et admiration.  Nahuel Pérez Biscayart, fantastique dans le rôle de Sean sera le maître du temps c’est par son corps supplicié que défileront les quelques mois qui lui restent à vivre passant de la trémoussante pom-pom girl à un corps supplicié par le sarcome de Kaposi. Arnaud Valois incarne Nathan qui dans la Bible est un prophète, un annonciateur. Il est tout aussi lumineux, joue en revanche sur l’ambiguïté de sa gueule d’ange : ange gardien ou ange de la mort ? Il est à l’image du film, de nous, des personnages, d’Act Up-Paris, génialement ambivalent.

Déjà morts, encore vivants disait d’eux Emmanuel Burdeau… et nous spectateurs à la fin du film sommes toujours vivants… et encore plus qu’avant !

 

 

« 120 Battements par minute » - Drame de Robin Campillo Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz – France - Date de sortie : 23 août 2017 – Durée : 2h 20’

Cinéma Rialto - « 120 Battements par minute » de Robin Campillo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCinéma Rialto - « 120 Battements par minute » de Robin Campillo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCinéma Rialto - « 120 Battements par minute » de Robin Campillo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Rialto - « 120 Battements par minute » de Robin Campillo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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