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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Amour, #Violence, #Opéra, #Patrimoine, #Bad boys, #mort, #Jalousie, #Moyen âge, #Mythe
"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Créé en 1853, Il trovatore, opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare d'après le drame espagnol El Trovador d'Antonio García Gutiérrez de 1836 fait partie de la trilogie dite populaire avec Rigoletto et la Traviata. A ce titre, il présente la difficulté comme les deux autres ouvrages d’avoir été souvent monté et donc de ne manquer aucunement de références.

Respecter le texte, donner du sens, proposer une lecture originale de l’œuvre, c’est donc à cet exercice que s’est attelé Francisco Negrin  qui avait déjà signé la mise en scène de Macbeth de Giuseppe Verdi en 2011-2012.  Sa proposition s’élabore avec la complicité de Louis Désiré qui retrouve son champ de compétence avec la scénographie et Bruno Poet à la création lumière.  Le parti pris de mise en scène se lit dans la scénographie de Louis Désiré. Chacun des acteurs tel Sisyphe poussant son rocher pousse son destin symbolisé par une barre verticale à l’avant-scène qui servira tantôt à séparer l’espace, certaines fois à séparer entre eux les personnages antagonistes et qui deviendra, poussé par elle, ô suprême supplice, le propre poteau du bûcher d’Azucena.

Partant de ce constat visuel, Francisco Negrin nous montre que nul n’échappe à son destin voire le tricote à chacun de ses gestes, se le construit à chacune des étapes de sa vie. Les chanteurs et le chœur, parfaitement dirigés, occupent l’espace, le modèlent, le modulent. Un groupe d’enfants permet de jongler avec les strates temporelles, ils sont l’avenir,  ils renvoient dans le souvenir, ils marquent la temporalité. De la même manière, une flamme omniprésente  marque l’origine de la vengeance et rappelle aussi la vacuité d’échapper à son destin : le bûcher est annoncé. Les lumières complètent habilement cette proposition accentuant les couleurs froides de l’action, transformant certaines fois d’un rouge vif l’action en une scène incandescente. 

Dans la fosse, Daniel Harding, un an après sa brillante prestation au Printemps des Arts dirige un orchestre philharmonique visiblement aux anges si l’on en croit l’ovation que les musiciens lui ont réservée à chacune de ses entrées. Le public est évidemment sur la même longueur d’onde. Sur scène, le plateau est homogène et de haute tenue même si José Antonio Garcia déçoit un peu en Ferrando.  Nicolas Alaimo (le Comte de Luna) fait trembler la scène de sa sonore colère, Francesco Meli (Manrico) endosse le rôle titre avec fougue. La voix est belle, bien timbrée mais l’absence de transposition du célèbre Di quella Pira, le met fugacement en difficulté.  Maria Agresta est une fabuleuse Leonora, elle rend parfaitement toutes les facettes du personnage. Enfin, Marina Prudenskaja étonne en Azucena. Précocement vieillie, elle devient par une démarche chaotique qui ne se départira jamais une extraordinaire sorcière cabossée par les épreuves.

En ne reniant rien de la temporalité de l’époque, de l’atmosphère, sans chercher à faire une transposition hasardeuse pour metteur en scène pressé, Francisco Negrin donne un nouveau souffle au Trouvère en faisant ressortir d’une solide exégèse du livret et de la musique, une proposition très fataliste semblant illustrer à merveille la réflexion de Thomas Mann dans la Montagne magique : On ne veut jamais que son destin.

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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