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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Opéra, #Musique, #Danse
« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Tous les spectateurs qui avaient goûté à l’intelligente mise en scène de son film documentaire Cleveland contre Wall Street présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2010 se sont certainement précipités pour découvrir son nouveau film L’Opéra qui retrace la  saison 2015-2016 dans les coulisses de L’Opéra de Paris. Curieusement, tout le public des désormais célèbres retransmissions d’opéra en direct (comme si cela avait une incidence quelconque sur son déroulement) du Met’ brillait par son absence. Chose d’autant plus curieuse qu’il semble a priori plus cohérent de visionner un film documentaire dans une salle de cinéma et d’assister à une représentation d’opéra dans un théâtre lyrique mais peut-être ce public de connaisseurs attend-il la retransmission d’un film documentaire dans un stade de foot ou dans un lieu qui ne s’y prêterait pas.

Ceux qui avaient apprécié Cleveland contre Wall Street ne s’attendaient donc pas à un reportage avec le milieu, le début et la fin d’une production mais à une approche plus originale. En fait, loin des arcannes juridiques, financières, administratives, promotionnelles, Jean-Stéphane Bron s’est surtout attaché à remettre l’humain au cœur du dispositif. L’humanité de L’Opéra, ce sont non seulement ses différents champs (danse, concert, lyrique) mais également ses corps (les administratifs, les techniciens, les artistes, les usagers) et ses grades (soliste, choriste, musicien, directeur musical, directeur chorégraphique, directeur général, danseur, mélomane, mécène, etc.) pour reprendre un langage administratif.

Pour faciliter la visibilité dans les méandres de l’opéra, Jean-Stéphane Bron suit plus particulièrement quelques personnages : Stéphane Lissner, directeur général, Philippe Jordan, directeur musical ou Benjamin Millepied, éphémère directeur chorégraphique mais également quelques personnes plutôt habituées à l’ombre comme la régisseuse plateau. Le jeune baryton Mikhail Timoshenko endosse le rôle fort envié du fil rouge ; le public le retrouve de manière récurrente dans ses débuts à l’opéra, véritable incarnation de l’intemporalité de la scène s’ancrant dans la tradition et se tournant vers l’avenir.  

L’opéra filmé dans son quotidien évite le sensationnalisme des conflits trop marqués sans pour autant sombrer dans la candeur ou l’hagiographie. Stéphane Lissner est souvent représenté dans une grande solitude dans son bureau, dans sa loge, dans les bâtiments. Il est représenté en « dénoueur » de conflits plutôt combattif que ce soit lors des appels à la grève ou lors du départ de Benjamin Millepied. Les crispations entre le chœur et le metteur en scène reviennent de manière récurrente. Et évidemment, le renoncement à la dernière minute de Gerald Finley  pour tenir le rôle de Hans Sachs dans Die Meistersinger von Nürnberg (Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg) de Richard Wagner rajoute de l’électricité dans une équipe qui doit le remplacer au pied levé.

C’est donc bien toute l’humanité de ce microcosme qui fait la force du film dans lequel l’humour n’est jamais bien loin : les régisseuses plateau qui fredonnent  en coulisses les airs de  Die Meistersinger von Nürnberg et qui sont obligés de changer de tonalité régulièrement, la tête ahurie de Mikhail Timoshenko à qui le grand Bryn Terfel demande son aide pour apprendre le rôle de Boris Godounov, les enfants de l’opération « Les Petits violons » décontenancés par les instruments, la réunion administrative sur la quadrature du cercle « baisse du prix des billets, équilibre budgétaire »,  tout concourt aussi à la bonne humeur.

Mieux que les représentations du Met’… en direct, visionner dans une salle de cinéma enfin rendue à son objet premier le film documentaire L’Opéra de Jean-Stéphane Bron est un acte militant et mélomane. Pour les représentations d’opéra, le public pourra toujours se reporter sur la salle la plus proche, même à 200 kilomètres, pour les voir dal vivo réalisant ainsi dans la foulée un autre acte tout aussi mélomane et militant.

 

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron – Suisse, France - Date de sortie : 5 avril 2017 – Durée : 1h 50’

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com « L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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