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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra
Opéra de Monte-Carlo - "Simon Boccanegra" de Giuseppe Verdi en version de concert ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Monte-Carlo - "Simon Boccanegra" de Giuseppe Verdi en version de concert ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L’opéra de Monte-Carlo proposait en mars Simon Boccanegra de Giuseppe Verdi avec un plateau à couper le souffle : Ludovic Tézier en Simon Boccanegra, Sondra Radvanovsky en Amelia Grimaldi, Carlo Colombara, remplaçant Andrea Mastroni souffrant en Jacopo Fiesco, Ramon Vargas en Gabriele Adorno et André Hejboer en Paolo Albiani sous la direction musicale de  Pinchas Steinberg.

Évidemment, un plateau à faire pâlir le plateau de l’opéra de Toulon-Provence-Méditerranée qui avait donné l’œuvre dans une mise en  scène de Gilles Bouillon sous la direction musicale de Giuliano Carella en mai 2015 avec Dario Solari (Simon Boccanegra), Celia Costea (Amelia), Hector Sandoval (Gabriele Adorno), Wojtek Smilek (Jacopo Fiesco), Federico Benetti (Pietro) et le même André Heyboer (Paolo Albiani). Ce plateau était évidemment déjà loin d’être déshonorant (http://un-culte-d-art.overblog.com/2015/05/musique-opera-de-toulon-simon-boccanegra-en-cinemascope-en-plein-festival-de-cannes.html).

Mais l’opéra de Monte-Carlo a donné à voir à son public une version de concert hyperstatique avec chanteurs plantés devant leur pupitre tandis que la mise en scène de Gilles Bouillon à Toulon était agréable à voir et à entendre. Les mélomanes très avertis n’ont certes pas boudé leur plaisir, d’autres ont trouvé le temps un peu long. Je sais toute la condescendance de certains grands mélomanes lorsque des critiques sur les versions de concert sont adressées : combien avons-nous  vu de paires d’yeux se lever vers le ciel, manière classique d’exprimer un « Pauvre garçon, il aurait voulu voir les chanteurs sauter à la corde ! ».

Pour ceux qui ont trouvé le temps un peu long, il faut leur reconnaître que l‘œuvre n’a pas été écrite pour cela. Une œuvre d’opéra est certes une écriture pour voix projetée mais  elle est surtout une écriture pour corps engagé dans un jeu d’acteur. Selon le célèbre adage, au théâtre on parle avec ses pieds… difficile donc de s’exprimer lorsque l’on est figé, même tentée comme Sondra Radvanovsky d’esquisser des gestes qui deviennent complètement déconnectés du contexte. Une œuvre d’opéra est un savant dosage entre voix, musique et mise en scène, qu’il en soit supprimé un des aspects et le spectacle devient par définition bancal, pas forcément inintéressant mais bancal.

Mieux vaut aucune mise en scène qu’une mauvaise mise en scène est une réponse qui est souvent faite à quoi la réponse pourrait être : vous aviez commandé du poisson, Monsieur, mais mieux vaut pas de poisson qu’un mauvais poisson, il vous sera donc servi de la salade ou encore Nous pourrions vous louer cet appartement Monsieur le Sans logis mais mieux vaut pas de logement qu’un mauvais logement. La vacuité de l’argument tombe sous le sens.

Mais les voix (ou la musique) se suffisent à elle-même est une autre réponse souvent entendue. Sauf que nous ne sommes ni dans le cadre d’un concert, ni dans le cadre d’un récital et que  les modes d’entrée dans une œuvre d’opéra sont multiples sans être uniquement musicales.  Si seuls les grands mélomanes, ceux qui pensent musique, qui réagissent musique, qui vibrent musique, étaient dans les salles, elles seraient sans doute bien vides. Or chacun vient à l’opéra par une porte d’entrée bien précise : le théâtre, la scénographie, les voix, la musique, la compagnie, les codes sociaux, le snobisme, peu importe d’ailleurs pourvu qu’ils se taisent et éteignent leurs écrans ; cela ne signifie pas qu’ils n’entendent rien au reste, mais qu’ils ont une porte d’entrée, une approche différente que la représentation d’opéra leur donne et que ne leur donne pas nécessairement la version dite de concert.   

Évidemment, Certaines personnes comme Jean-Louis Grinda trouvent que pour certains ouvrages,  les enjeux dramaturgiques ne sont pas forcément exceptionnels et que la version de concert permet d’avoir vraiment de façon très brute et très immédiate, la composition des personnages par tel ou tel artiste qui aurait été engagé pour jouer ces rôles-là. Certains grands mélomanes le suivent dans cette perspective et goûtent leur plaisir à entendre l’œuvre dépouillée de tout artifice. C’est fort compréhensible, mais de grâce, n’oublions pas tout l’autre pan du public… et sans condescendance.

Opéra de Monte-Carlo - "Simon Boccanegra" de Giuseppe Verdi en version de concert ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Opéra de Monte-Carlo - "Simon Boccanegra" de Giuseppe Verdi en version de concert ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Opéra de Monte-Carlo - "Simon Boccanegra" de Giuseppe Verdi en version de concert ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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