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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Amour, #Jalousie, #Religion, #Politique, #Patrimoine, #Moyen âge
Tannhäuser - Opéra de monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Tannhäuser - Opéra de monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Ce devait être l’événement de l’année à l’opéra de Monaco : la reprise de la version de Paris en français de Tannhäuser 156 ans après sa disparition prématurée. Si Tannhäuser fut créé en allemand le 19 octobre 1845 à Dresde sous la direction de Richard Wagner, une version remaniée dite « de Paris » fut montée à l’opéra Le Peletier en mars 1861 grâce au soutien de la princesse Pauline de Metternich. Rien ne fut laissé au hasard pour s’attirer les faveurs du public parisien. Paris exigeait un ballet ? Si Paris vaut bien une messe, Paris valait bien un ballet.

A la grande colère de l’influent Jockey club, habitué à débarquer dans la salle au second acte après ripailles pour voir les danseuses, Richard Wagner plaça le ballet là où il était le plus pertinent : au Venusberg dans le premier acte. Difficile de l’imaginer ailleurs, sauf pour le jockey club, ni dans la grande salle d'apparat de la Wartburg au deuxième acte, où se déroulent les concours de chant et moins encore dans La vallée de la Wartbourg au troisième acte au milieu des pèlerins revenant de Rome. Entre le chahut organisé par les habitués de l’opéra traditionnel et le charivari provoqué par le jockey club,  les représentations de Tannhäuser en français s’arrêtèrent après la troisième... jusqu’à sa résurrection en février 2017.

S’il n’était évidemment pas attendu de manifestations sonores dans la salle de la part des membres du Yacht club ou de l’Automobile club de Monaco, l’enjeu était tel que rien ne devait être négligé dans l’élaboration de cette redécouverte. C’est donc le directeur lui-même qui a signé la mise en scène de Tannhäuser. Pour pouvoir jouer des temporalités et des espaces qui diffèrent entre intérieur, extérieur et espace symbolique ou virtuel, Jean-Louis Grinda a fait appel à la scénographie de Laurent Castaingt, très habile pour élaborer un syncrétisme visuel. Le décor est unique, il consiste  en une grande voûte céleste, sur laquelle un œil observe, qui se transformera acte après acte par d’habiles projections en salle du Moyen-âge, en paysage d’hiver, en antre de Vénus. La forme permet notamment des projections très variées pouvant aller jusqu’aux multiples corps lascifs du Venusberg exprimant ainsi fort justement l’érotisme du lieu.

Il fallait bien entendu un plateau d’exception avec pour chacun, sauf à être bicentenaire, une prise de rôle. Accompagné par un chœur toujours bien en place vocalement et scéniquement dirigé par Stefano Visconti et par des apparitions récurrentes des répliques de Vénus chorégraphiées par Eugénie Andrin, les chanteurs pouvaient évoluer sereinement.  La diction de Steven Humes en Landgrave impressionne. Aude Extremo hérite du terrible rôle de Vénus, très présent dans le premier acte et revenant dans le dernier après une heure et demie de silence. Il lui sera donc pardonné les quelques petites imperfections vocales.  Annemarie Kremer (Elisabeth) conquiert très rapidement son public  et conquiert également Wolfram campé par un Jean-François Lapointe, merveilleux dans le rôle. Enfin contrairement à sa contreperformance dans cette même salle pour son très décevant concert d’il ya deux ans, Jose Cura tient le rôle titre de bout en bout et impressionne.

Il fallait enfin à la tête de l’orchestre quelqu’un qui ait suffisamment de folie pour se lancer dans l’aventure, suffisamment de rigueur  pour contenir l’ensemble, suffisamment de sensibilité pour comprendre l’œuvre et ses enjeux. Nathalie Stutzmann excelle dans la direction car elle réunit ces trois qualités. De culture franco-germanique, elle comprend tout ce qu’elle peut tirer de cette version en français qui lui permet contrairement à la version allemande de jouer sur les legati et les déliés que la langue française permet. Sa culture musicale, vocale, instrumentale lui permet un dialogue permanent avec les musiciens pour aller chercher dans les moindres détails, le son adéquat, la musique idéale. Les quelques accords au violoncelle sur le départ des pèlerins par exemple aura été recherché, discuté, négocié jusqu’à arriver à ce son qui n’est pas un beau son mais un son juste. Le bruit court que les relations entre Nathalie Stutmann et l’orchestre sont à ce point excellentes que l’envie de retravailler ensemble devient une évidente envie. Le public souscrit bien évidemment à cette idée.  

Il fallait à cette représentation exceptionnelle une équipe d’exception  pour que la résurrection dépassât la simple performance, la simple anecdote, le simple événement, elle fut à la hauteur de l’enjeu. Plus qu’un exploit, une merveille ! Plus qu’une  merveille, un enchantement !

Tannhäuser - Opéra de monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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