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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Opéra, #baroque, #Littérature, #Patrimoine, #Mythe, #Musique
Opéra de Monte-Carlo - La Cenerentola - Cecilia Bartoli et les Musiciens du Prince ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Monte-Carlo - La Cenerentola - Cecilia Bartoli et les Musiciens du Prince ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Ce fut l’événement de l’année 2016 : la création de l’ensemble baroque Les Musiciens du Prince en Principauté de Monaco sur une proposition de Cecilia Bartoli en collaboration avec l’Opéra de Monte-Carlo, concept immédiatement soutenu par  S.A.S. le Prince Albert II et de S.A.R. la Princesse de Hanovre. La famille princière assistait d’ailleurs au concert inaugural (Haendel) du 8 juillet 2016 dans la Cour d’Honneur du Palais.

Renouer avec la tradition des musiques de cour des grandes dynasties royales et princières européennes des XVIIème et XVIIIème siècles sur un territoire singulier comme le territoire de la Principauté était effectivement une proposition originale par son anachronisme en ces temps où les orchestres sont plutôt mis à mal et par l’implication de la famille princière dans le développement des arts en Principauté.

Cecilia Bartoli annonçait également vouloir faire découvrir au public  des œuvres très peu voire jamais jouées ou interprétées. C’est effectivement une des principales qualités de Cecilia Bartoli de « désarchiver » des œuvres tombées dans l’oubli depuis des temps immémoriaux. Sa redécouverte de Niobe, regina di Tebe, opéra en trois actes d'Agostino Steffani est encore ancrée dans certaines mémoires.   

Bref, chacun ne pouvait que se réjouir d’entendre un ensemble baroque venant compléter la gamme des propositions musicales de la Principauté  déjà richement dotées avec l’Opéra, l’Orchestre philharmonique et le printemps des Arts. Par ailleurs, cette formation numériquement plus réduite pouvait se produire en différents points de la Principauté notamment à la salle Garnier qui offrait un écrin idéal. Enfin, le fait de redécouvrir, recréer, réinterpréter des œuvres oubliées, perdues, abandonnées faisait également écho avec la tradition de création des œuvres à Monaco.

Quelle ne fut donc pas la surprise de certains esprits chagrins à l’annonce de la volonté de Cecilia Bartoli de célébrer le bicentenaire de la création de La Cenerentola de Gioachino Rossini, œuvre effectivement fort peu connue, fort peu jouée, fort peu interprétée, avec un ensemble baroque venant empiéter sur le répertoire de l’orchestre philharmonique dans la très intime Salle des Princes du Grimaldi Forum, ses 1800 places et son plateau de 700 m2.  Annoncée en version de concert, La Cenerentola était au final ni tout à fait de concert ni tout à fait mise en scène non plus.

Perdus dans un public entièrement ceciliâtre ou bartophile lui réservant une ovation en fin de concert, quelques grincheux faisaient la moue, l’ennui les ayant rapidement gagnés. Le plateau n’est certes pas en cause réunissant des artistes rompus au répertoire rossinien : Sen Guo et Irène Friedli, membres de la troupe de l’Opéra de Zurich chantent  respectivement les rôles de Clorinda et de Tisbe, Carlos Chausson maîtrise parfaitement le rôle de Don Magnifico qu’il a l’habitude de chanter, Alessandro Corbelli  même malade vient à bout de sa performance en Dandini, Ugo Guagliardo et ses ailes chantent… Alidoro. Edgardo Rocha en Prince est une assez agréable découverte. Cecilia Bartoli renoue avec le rôle même si, dans une telle salle, les aigus se perdent facilement. Le chœur planté sur son estrade module ses interventions par rapport à ses prestations habituelles avec l’orchestre philharmonique.

Emmenés par Gianluca Capuano, les Musiciens du Prince forment certes une très bonne formation musicale mais le lieu est-il réellement adapté à ce type de formation ? Comme le chœur, l’orchestre ne couvre pas les voix mais finit certaines fois malgré toutes les qualités de chacun de ses interprètes par se perdre dans l’immensité. Enfin, la version ni-ni (ni de concert, ni mise en scène) offre un curieux mélange. Mis en espace par Claudia Blersch, les comédiens entrent à cour, sortent à jardin, et la régularité de leurs entrées et sorties est contrebalancée par des costumes fabuleux qui  fonctionnent à merveille sur un public peu interrogatif de la nécessité de partis pris de mise en scène. Or dans une œuvre aussi théâtrale que la Cenerentola de Gioachino Rossini qui puise à la fois chez Charles Perrault pour le conte et chez Marivaux pour l’inversion des personnages et des valeurs, ce ne sont pas trois perruques et six robes aussi délirantes soient-elles qui peuvent combler le vide. Le spectacle tient ainsi davantage de la musicale en costumes.

Cependant, La Cenerentola de Gioachino Rossini allie plusieurs qualités : elle est visuelle donc elle plaît à un très large public, elle est portée par la très médiatique Cecilia Bartoli, l’œuvre est connue ou du moins renvoie à notre enfance. Le spectacle est déjà destiné à tourner dans nombre de pays européens à l’exception notoire de l’Italie. C’est un joli outil de communication, très efficace pour poser les Musiciens du Prince dans  le panorama musical européen et pour assurer la promotion de la Principauté. Reste à espérer entendre l’an prochain, les Musiciens du Prince dans un répertoire baroque faisant sortir de l’ombre une partition oubliée dans un lieu plus en adéquation avec leur objet… comme il était écrit.  

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