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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord, #Proche orient, #Adolescence, #guerre
Cinéma Rialto - Soy Nero de Rafi Pitts

Cinéma Rialto - Soy Nero de Rafi Pitts

D’accord, la présentation du film Soy Nero de Rafi Pitts six mois après sa sortie en salle peut ressembler à du grand n’importe quoi. Mais la qualité de ce film découvert tardivement fait que le silence à son sujet serait particulièrement injuste. Ensuite, ce film sorti avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche prend désormais un tour et un ton nouveaux. En bref, le plus gros problème de ce film est sa date de sortie prématurée mais qui aurait pu imaginer que…

Soy  Nero est avant tout une histoire de frontières, de dualité. De quelque endroit qu’ils se placent, les protagonistes butent toujours sur un mur (la frontière américano-mexicaine), sur des grillages (les quartiers de Los Angeles), sur des grilles (la villa à Beverley Hills), sur des chicanes (un pays qui pourrait être l’Irak). Et quand elles ne sont pas physiquement matérialisées, les frontières sont symboliques entre les riches et les pauvres, les civils et les militaires, les étendues à perte de vue et les espaces contraints.  

Soy Nero est également une histoire de lutte pour l’intégration. Jesus le frère de Nero se débat pour vivre correctement à Beverly Hills , Nero qui prend au passage l’identité de son frère a un tout autre projet : il veut devenir green card soldier et profiter ainsi du Dream act (acronyme pour Development, Relief, and Education for Alien Minors, ou développement, secours et éducation pour les mineurs étrangers) qui prévoit d'accorder une carte de résident permanent (sous conditions) à certaines personnes entrées illégalement en tant que mineurs aux États-Unis. Voila pourquoi Nero n’avoue que 17 ans au compteur !

Soy Nero est une histoire d’entêtement et de courage : Nero est reconduit à la frontière, il revient, Nero est arrêté par la police, il négocie, Nero veut devenir green card soldier, il y parvient. Et Johnny Ortiz incarne parfaitement à l’écran cette farouche volonté.  Nero est aussi une histoire d’honneur : Nero pourrait vivre de petits boulots, il veut un vrai métier, Nero pourrait vivre avec des papiers d’emprunt, il préfère la green card, Nero pourrait choisir la tranquillité avec petits risques au quotidien, il choisit le danger au quotidien pour une potentielle tranquillité à l’arrivée.

Ce triptyque qui nous conduit de la frontière américano-mexicaine au Proche-Orient en passant par Beverly Hills, pourrait se révéler simplement narratif, il est en fait plus subtil que cela. Et quand le générique du film surgit alors que vous n’avez pas eu le temps de réagir, vous vous posez subitement cette question angoissante : Nero avait-il encore son fusil dans la dernière scène ou non ? Et cette question d’apparence anodine finit par vous tarauder car elle commande la compréhension de la fin du film de son avant dernière scène et de son antépénultième non qu’elle transforme radicalement le destin du personnage mais qu’elle en modifie les circonstances. Et vous voila contraints de revoir le film.  

 

 « Soy Nero » - Drame de Rafi Pitts avec Johnny Ortiz, Rory Cochrane, Aml Ameen - Allemagne, France, Mexique - Date de sortie : 21 septembre 2016 - 1h 58min

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