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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord, #Epoque contemporaine, #Amour, #Politique
"Loving" - Jeff Nichols - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Loving" - Jeff Nichols - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Loving n’est pas une histoire d’amour ! Loving c’est l’Histoire d’Amour de Mildred et Richard Loving. D’entrée, le spectateur plonge dans la mise en abyme : ceux qui s’aiment s’appellent amour. Mildred et Richard Loving s’aiment, ils décident de se marier mais dans l’état voisin car en 1958 les mariages mixtes ne sont pas autorisés en Virginie. En se réinstallant en Virginie, ils deviennent hors- la-loi. Loving suit alors leur exil puis leur combat jusqu’à la cour suprême.

Dans ce type de film tiré de surcroît d’une histoire réelle, le risque du cliché n’est jamais bien loin : les méchants sont facilement moches, les bons fortement auréolés, le mouchoir est à proximité, les acteurs plus vrais que les modèles et les grands espaces omniprésents. D’autant plus dangereux que Jeff Nichols filme les grands espaces, les méchants, les héros d’un jour qui sont une copie quasi conforme des originaux et l’injustice criante.

L’intérêt du film réside donc non dans la négation de ces clichés mais dans leur traitement en finesse et Jeff Nichols se complait à jouer avec eux. Le couple Joel Edgerton et  Ruth Negga est mimétique du couple Mildred et Richard Loving, il accentue alors leur côté héros malgré eux. « Dites au juge que j’aime ma femme » dit Richard Loving aux avocats chargés d’aller porter la parole devant la cour suprême. C’est simple, vain mais montre bien l’écart entre ses préoccupations et les enjeux qui le dépassent. Les héros sont filmés dans leur simple humanité, dans leur quotidien de gens frustes, taiseux, qui ne demandent rien d’autres que de vivre ensemble.

La froideur des personnages des méchants permet d’éviter  le piège des méchants très moches : le shérif comme le juge appliquent la loi. Il n’est pas dans leurs attributions de shérif ou de juge de porter un jugement sur la légitimité : ils appliquent en toute légalité. Pas de cris, pas de sadisme, pas de Ku-Klux-Klan, la loi toute la loi, rien que la loi aussi imbécile soit-elle. Cela ne rend pas les méchants plus sympathiques mais cela leur laisse leur simple humanité. Eux aussi sont filmés dans leur quotidien de petite lâcheté, de gens qui ne prennent pas parti.

Et puis il y a la patte Jeff Nichols : le film fait écho à Take Shelter dans son traitement de l’angoisse. A plusieurs reprises, la tension monte, une voiture suit Richard Loving, une voiture arrive en trombe dans la propriété reculée des Loving, le chef de famille fait rentrer précipitamment les siens dans la maison, s’arme, puis rien, la tension retombe. Le spectateur retrouve la sensation qui animait Curtis LaForche dans Take Shelter : l’angoisse. Sauf que Curtis LaForche s’angoissait de cyclones potentiels alors que Richard Loving s’angoisse de la folie des hommes potentiellement bien plus meurtrière.

 

« Loving » - Drame et Romance de Jeff Nichols avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas – États-Unis, Royaume-Uni - Date de sortie : 15 février 2017 – Durée : 2h 03min

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