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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Amérique du Nord, #Violence, #mort
"Jackie" - Film de pablo larrain - Cinéma Rialto - Nice  ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Jackie" - Film de pablo larrain - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Evidemment, lorsqu’est prononcé le prénom de Jackie, chacun consciemment ou inconsciemment rajoute Bouvier, Kennedy ou Onassis. Les plus fervents défenseurs de Pablo Larrain ont sans doute pensé à la crise de la quarantaine lorsqu’ils ont vu le titre du nouveau film : Jackie. Ils avaient sans doute oublié que Pablo Larrain a l’art du détour : du Chili de Pinochet qu’il a longtemps sondé, la dictature est vue tantôt d’une morgue (Santiago 73, post mortem), d’une émission de sosie (Tony Manero) ou d’une agence de communication (No).

La communication politique, celle qui nous fait penser immédiatement à Kennedy lorsqu’est prononcé le prénom de Jackie, voila l’angle d’attaque de Pablo Larrain. Jackie poursuit la réflexion déjà engagée dans No. Jamais dans ce film ne seront prononcés les noms Bouvier ou Onassis, nulle photo de mariage non plus, pas davantage d’épanchement sur les amours de John Fitzgerald avec Marilyn mais un jeu de miroirs constant entre la réalité et le virtuel, entre la sincérité et l’artificiel, entre le dit, le non-dit et le « pas à dire », entre images d’archives et images de fiction, entre couleurs et noir et blanc.

Jackie se polarise sur quelques années de la vie d’une femme, de part et d’autre de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 24 novembre 1963. Jackie décortique toute la communication politique des années de gloire (la Maison blanche) aux années de drame (l’assassinat et les obsèques). Le film met également en avant la dualité du personnage de Jackie : personne souvent entièrement phagocytée par son personnage, véritable objet médiatique et quelquefois femme soulageant sa peine soit auprès d’un journaliste mais la communicante revient en force soit auprès de son confesseur.

Et à ce jeu là, Natalie Portman excelle. Elle est quasiment de tous les plans et campe une Jackie Kennedy souvent  en représentation, plus rarement en intimité, cette Jackie Kennedy complexe, déséquilibrée en permanence par sa dualité. Mais la virtuosité de Pablo Larrain passe aussi par l’hybridation des images qui donne au film sa raison d’être. En reprenant des images d’archives pour la télévision en noir et blanc, Pablo Larrain y adjoint des images fictionnelles en couleur dans un cadre plus large montrant le reportage en train de se faire. La mise en abyme est réussie : l’objet de communication politique est décortiqué simplement par ce procédé purement cinématographique.

Etait-il possible de se passer de la scène de l’assassinat ? Difficilement car tout le monde garde en mémoire le réflexe, l’instinct de survie de Jackie à Dallas après la première balle : elle tente une sortie par l’arrière de la voiture où elle est protégée par un garde du corps. Comment éviter cet événement qui ne dure que quelques secondes mais qui est un élément clé pour comprendre la complexité du personnage, ses réflexes, son recentrage permanent, sa réadaptation à toute situation nouvelle.

Le ton du film n’est pas nouveau : Jackie reprend le thème de la communication politique largement abordé dans No, reprend la dualité des personnages de Santiago73, post mortem, reprend l’hybridation des images de Tony Manero, reprend une interrogation fréquente de Pablo Larrain : jusqu’à quel point croire en ses rêves ? Jusqu’à quelles limites acceptables sont-ils réalisables ? De ce point de vue, Jackie n’est pas un film lénifiant, Jackie n’est surtout pas un biopic, Jackie est une étude de cas sur les rapports complexes de la vanité et la communication politique. Belle démonstration !

 

 

« Jackie » – Drame  de Pablo Larraín avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig – États-Unis - Date de sortie : 1er février 2017 – Durée : 1h 40min

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