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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Littérature, #Epoque moderne, #Europe, #Amérique du Nord, #Amour, #Jalousie, #mort, #Patrimoine
"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Parmi les ouvrages proposés cette saison par l’opéra de Monte-Carlo, Manon de Jules Massenet faisait partie des plus attendus. Attendu d’abord car le Manon de Jules Massenet se fait plus rare sur les scènes que le Manon Lescault de Giacomo Puccini, attendu ensuite parce qu’il marquait non Il ritorno d'Ulisse in patria (n’en déplaise à Claudio Monteverdi) mais le retour de Jean-François Borras dans sa patrie d’adoption. Comme à divers titres, Philippe Ermellier, Rodolphe Briand et Jeff Biziau étaient aussi de la partie, l’attente n’en était que plus forte.

De L'Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, sorte de « roman-mise en abyme » plutôt sombre de l’abbé Prévost mettant en avant un narrateur  racontant que le chevalier des Grieux lui avait dit que…, la musique a clairement élagué pour faire de l’héroïne Manon Lescault, le sujet central. En fait, la musique est allée même jusqu’à transformer l’esprit du roman et le spectateur lyrique aurait tort de se référer à la réflexion de Montesquieu dans ses Mémoires qui disait : « Je ne suis pas étonné que ce roman, dont le héros est un fripon et l'héroïne une catin [...] plaise, parce que toutes les mauvaises actions du héros [...] ont pour motif l'amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse ». 

Si l’œuvre de Giacomo Puccini met en avant une Manon plus avide de plaisir, Massenet la voit, lui,  plus tourmentée par le doute, les choix.  De ce point de vue, la pièce de Jules Massenet est celle qui tourne le plus autour de la personnalité de Manon.  Pour accentuer ces différents traitements, la mise en scène d’Arnaud Bernard nous montre clairement  dès l’ouverture que le drame a déjà eu lieu ; la mort de Manon montrée d’entrée de jeu sur une plage est une sorte de clin d’œil au roman qui raconte de manière indirecte des faits passés depuis longtemps.

Pour venir à bout de cette œuvre et de ses différents tableaux, la scénographie d’Alessandro Camera joue beaucoup sur les panneaux coulissants qui découpent l’espace. Au flash-back qui suit la mort de Manon sur scène répond le découpage de la scène en différentes profondeurs de champ, la narration cinématographique n’est jamais bien loin.  Ces panneaux en s’ouvrant et se fermant modulent l’espace et permettent le passage dans les différents lieux que le roman comme les livrets imposent. Sur ces panneaux se distinguent des formes humaines stylisées, des ombres qui finissent par assister à tout le spectacle et qui renvoient là aussi à la structure du roman qui est le récit des souvenirs de quelqu’un qui a connu…  D’une histoire intime, le roman et les livrets en font une histoire publique. Dernière référence au roman, les costumes eux sont résolument XVIIIème siècle.

Le chœur complète la scénographie en se mouvant à l’intérieur de ces registres mais, contrairement aux chanteurs, sa direction est inégale notamment au moment de l’arrivée de la diligence en début de spectacle où les choristes bougent les bras dans un mouvement de balancier rythmé par des coups de fouet rendant l’ensemble fort peu crédible et fort peu élégant. Cette réserve est cependant balayée par la profusion de la fête de Cours-la-Reine très réussie.

Sur le plateau, Philippe Ermelier met le public en bouche d’entrée avec son rôle de l’hôtelier mais quel dommage qu’il soit si peu employé étant vocalement et scéniquement très présent… lorsqu’il apparaît. Charlotte Despaux, Jennifer Michel et Marion Lebègue campent le trio respectif, Poucette, Javotte et Rosette, très en voix et en énergie.  Marc Barrard joue un comte Des Grieux... avec noblesse tandis que Lionel Lhote incarne un Lescault de la garde du Roi maquignon à souhait, renouant là aussi avec le personnage du roman. Quant à Rodolphe Briand, sur lequel se sont acharnées poudreuse et maquilleuse, il excelle en Guillot de Morfontaine que le public aime et déteste à la fois, que le public prend tout à tour en pitié ou en grippe.  

Jean-François Borras, qui avait dû pour des raisons de santé laisser la place à Arturo Chacón-Cruz, revient en forme pour camper un éblouissant Chevalier à la diction parfaite, avec une aisance dans la voix comme dans le jeu. Il est LE chevalier ébloui par « son » apparition, « sa » Manon. Comme Des Grieux, Jean-François Borras passe d’un rôle à l’autre, d’un état à l’autre avec le même engagement et le même enthousiasme. La jeune soprano lyrique française Vannina Santoni qui a remplacé dans la deuxième distribution Sonya Yoncheva souffrante, aurait pu se sentir peu à l’aise. Il n’en a rien été, elle s’est glissée dans la peau de Manon avec une facilité déconcertante, évoluant aisément dans la scénographie, habitant le personnage dans ses doutes, ses joies ses peines ses trahisons. La voix est belle, la diction est bonne… quelle belle surprise, quel beau duo !

Et comme la direction d’Alain Guingal a été à la hauteur de l’orchestre, excellente, inutile de vous dire que malgré les affres  du chevalier Des Grieux et de Manon Lescault, la soirée fut des plus réussies !

"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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