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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Europe, #Epoque contemporaine, #Adolescence
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Deux des grandes vertus du nouveau film de Cristian Mungiu Baccalauréat résident dans sa capacité à continuer à questionner  longtemps après l’avoir vu et dans sa capacité à surprendre quand bien même le spectateur en connaitrait l’histoire.

Film après film, le cinéma roumain n’en finit plus de régler ses comptes avec la période communiste ou la corruption actuelle. Baccalauréat qui traite de la corruption actuelle sur fond de retour au pays après 1991 n’échappe donc pas à la règle. En fait Baccalauréat est construit comme une fable dont la morale serait : « il n’y a pas de grande ou petite compromission, en mettant le doigt c’est le corps qu’avale la corruption »

Baccalauréat fait partie de ces films à double détente. Le spectateur peut sortir de la salle en ayant l’impression d’avoir vu un film d’école. Les plans séquence renforcent l’inquiétude générale, chaque plan est pensé, la profondeur de champ travaillée, les barres de séparation entre les acteurs reviennent à foison, les sur-cadrages des personnages notamment du père sont légion. Dans sa construction, le film joue beaucoup avec les non-dits pour rebondir scène après scène.

En fait, rien n’est laissé au hasard, tout est savamment calculé : la répétition systématique des mêmes procédés souligne  la banalisation du processus de corruption entré dans une routine, le sur-cadrage de Roméo insiste sur son enfermement progressif dans un système qu’il ne contrôle  plus,  la séparation des personnages par une porte, une fenêtre qui ne donne que sur une profondeur de champ bouchée semble ne laisser aucun espoir pour l’avenir.

Même le prénom du personnage central, Roméo, paraît calculé. De l’image de Roméo, il n’en a rien. Il trimbale son prénom comme un mensonge comme le film promène les trajectoires de ses personnages dans un mensonge permanent. Les personnages  multiplient les non-dits, le film les multiplie également en injectant régulièrement des situations sans réponse.  Roméo et Magda sont rentrés en Roumanie en 1991 mais le film restera muet sur leur parcours. Marius, le petit ami d’Elisa, fille de Roméo, était-il ou non présent sur la scène de l’agression ? Aucune certitude. Roméo refera-t-il sa vie avec Sandra ? Mystère.

Restent ces mystérieuses agressions invisibles, ces pierres qui sont jetées dans l’appartement de Roméo et Magda, dans leur voiture, projectiles qui semblent sortir de nulle part. Agresseur réel ? Agresseur symbolique ? Fantasme d’un agresseur invisible pour se dédouaner ? Recherche d’un bouc émissaire qui vient toujours de l’extérieur ? Le film se gardera bien de fournir une explication, laissant le spectateur se perdre en conjectures.  

Non, décidément ! A la réflexion, Baccalauréat est tout sauf un film d’école.

 

Bacccalauréat – Film dramatique de Cristian Mungiu avec Adrian Titieni, Maria Drăguș, Lia Bugnar - Roumanie, France, Belgique - Date de sortie : 7 décembre 2016  - Durée : 2h 08min

Baccalauréat - Film de Cristian Mungiu - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBaccalauréat - Film de Cristian Mungiu - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Baccalauréat - Film de Cristian Mungiu - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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