Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

un-culte-d-art.overblog.com

Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #Tourisme, #environnement, #Urbanisme, #Moyen âge, #architecture
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Les voyageurs n'ont ordinairement pour observer que les lunettes qu'ils ont apportées de leur pays et négligent entièrement le soin d'en faire retailler les verres dans les pays où ils vont selon Jean Potocki. Sa réflexion est valable aussi pour nos contrées françaises. Tout le monde ou presque vous dira connaître Castellane par exemple : ses portes, son église Saint-Victor, son roc, sa tour pentagonale et, pour les plus audacieux, Notre-Dame du Roc et les ruines de Petra Castellana. Le site est d’ailleurs constitué de quatre entités pour lesquelles le nombre de visiteurs s’effiloche à mesure que l’altitude s’élève : la ville même de Castellane, les remparts et la tour pentagonale, les ruines de Petra Castellana et Notre-Dame du Roc. Les touristes découvrent les quatre sites de manière ante-chronologique sans réfléchir forcément au sens de leur visite, sans forcément remettre leurs découvertes en contexte. Reconstituer un puzzle de quatre pièces ne semble pourtant pas un tour de force surhumain.

En flânant sur le marché de la place Marcel Sauvaire, le visiteur ne manquera pas de voir l’alignement des maisons et l’apparition d’une habitation tour d’angle à proximité de la mairie tout en apercevant plus loin la tour pentagonale. Un rapide tour circulaire permet donc facilement d’imaginer une ville de la fin du Moyen-âge ceinte de remparts dont les ouvertures (Portes de l’Horloge et de l’Annonciade à chaque bout de la ville) sont encore visibles. Si généralement, les remparts sont précédés de douves, il n’y a qu’un pas pour penser que la place Marcel Sauvaire a dû se constituer par comblement des douves pour faire place comme dans toute ville de l’époque moderne à un champ de foire ou à une place d’armes avant que la République triomphante fin XIXème n’y implante son imposante mairie.

Poursuivant ses pérégrinations, le touriste en quête de sens observera donc le Verdon, le vieux pont du Roc, les remparts et la tour pentagonale au Nord-est, suivra ce qu’il reste des remparts en cours de réhabilitation et comprendra les limites de la cité de la fin du Moyen-âge. Dans un périmètre réduit avec au centre l’église Saint-Victor dont le nom évoque immédiatement les moines de l’abbaye Saint-Victor de Marseille, la ville occupe un site défensif dont les remparts la protègent d’attaques venant de la montagne et le Verdon d’attaques venant du sud.

C’est en s’élevant vers le Roc que le visiteur peut enfin découvrir Castellane vu d’en haut ; le tracé des remparts devient dès lors une évidence. Le fonctionnement de la ville au Moyen-âge apparaît clairement et le débordement de la ville notamment au XIXème se visualise. Que les hommes soient allés percher une église sur le Roc à 180 mètres n’aurait pas de quoi surprendre. Qu’une vierge « ferroviaire » (entendez contemporaine de l’avènement du chemin de fer) surplombe une église en hauteur, comme la dévotion mariale de la fin du XIXème en fait une tradition, n’aurait rien d’original si l’œil aguerri du visiteur ne repérait pas un problème de concordance chronologique entre la vierge du dessus et l’église du dessous, le tout à proximité de ruines d’un site appelé Petra Castellana.

Et là tout devient clair : en ces temps troublés du haut moyen âge et de ses invasions perpétuelles qui ravagent de manière endémique la vallée, les habitants et leur seigneur ont choisi délibérément de se mettre à l’abri très en hauteur selon une tradition toute méditerranéenne (Voir La garde Freinet http://un-culte-d-art.overblog.com/2015/04/patrimoine-la-garde-freinet-var-fort-freinet-parcours-de-sante-a-la-guillaume-le-liberateur.html). Située sur les flancs de la montagne qui dominent la ville actuelle à l’arrière du Roc, Petra Castellana est donc née des peurs de cette époque troublée. L’actuelle Notre-Dame du Roc, mainte fois remaniée, fut en fait l'église du château des seigneurs de Castellane, Boniface Ier au XIème étant le premier baron. Des fortifications et des édifices existants à cette époque, il ne reste aujourd’hui que les bases. Le village se construit comme tout village du haut Moyen-âge autour de son église dont les ruines sont encore visibles. Vers le XIIème siècle, un début de désaffectation de Petra Castellana au profit du bourg autour de Saint-Victor se fait sentir sans doute en raison d’une augmentation de sa population et d’un retour à la paix dans la région.

Il m’est revenu en mémoire, lors de cette montée dans le passé qui laisse du temps à la réflexion, un ouvrage de Georges Duby sur l’an Mil qui regrettait le retard pris en France par les fouilles archéologiques de sites du Haut Moyen-âge. J’ai découvert alors qu’un projet de fouilles, conduit par le Service départemental d’archéologie de la DRAC-PACA, allait s’ouvrir en juin 2016 afin de proposer une datation pour la construction de l’enceinte de Petra Castellana, dont l’élévation atteint par endroit 7 mètres de hauteur. Première étape en attendant une campagne de fouilles sur la vie quotidienne ?

Castellane et Petra Castellana ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCastellane et Petra Castellana ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCastellane et Petra Castellana ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Castellane et Petra Castellana ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCastellane et Petra Castellana ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCastellane et Petra Castellana ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Castellane et Petra Castellana ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Commenter cet article