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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #environnement, #Nature, #Violence, #Politique
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Les chanteurs, avant de monter sur scène, ont pour habitude de s’adresser un In bocca al lupo (dans la gueule du loup) pour conjurer le mauvais sort. La coutume veut que le destinataire réponde par Crepi il lupo! (qu'il crève, le loup !). Ainsi est résumée toute l’intrigue de cet intéressant documentaire de Jérôme Ségur qui s’appelle la Gueule du loup.

La Gueule du loup donne la parole aux tenants des différentes thèses : les « pro-loup » comme les « anti-loup », suit surtout les éleveurs du Mercantour mais s’autorise des incursions en Seine-et-Marne ou en Auvergne. Il questionne les praticiens du pastoralisme, les universitaires, chercheurs et autres grands érudits, les défenseurs de la biodiversité, laisse soigneusement de côté les politiques qui n’apparaissent que furtivement à l’écran dans une position souvent inconfortable. Les témoignages sont souvent relancés par Jérôme Ségur pour faire sortir aux plus taciturnes toute leur rancœur.

La Gueule du loup intéresse d’abord car il montre la fragilité des hommes et leurs éternelles contradictions. Qu’ils soient éleveurs, chercheurs, écrivains, hommes politiques, tous en arrivent à un point de contradiction qui les rend d’autant plus attachants qu’il les fend en deux entités opposables. Les éleveurs ont la testostérone vocale facile, vocifèrent, menacent mais montrent également leur impuissance face à la situation. Les hommes politiques promettent ce qui existe déjà et disputent la palme de l’opportunisme aux écrivains sur le loup dont l’opinion varie en fonction des rapports de force. L’auvergnat amoureux de la nature qui se promène avec un pendentif enfermant une crotte de loup se plaint d’être marginalisé alors que son mode de vie l’y contraint. Le directeur du zoo d’Amnéville assène ses vérités qui ne résistent pas à l’analyse de l’historien Jean-Marc Moricet.

C’est un peu comme si le loup ouvrait à nouveau des fractures ancestrales, faisait resurgir des angoisses, des fantasmes et le spectateur n’est nullement épargné par ses propres contradictions lui qui a l’habitude de défendre le savoir faire agricole français, la beauté et la richesse de son terroir, tout en achetant dans les hypermarchés quantité de viande, plats cuisinés et autres produits de la filière agro-alimentaire internationale, très éloignée du sort des éleveurs.

La Gueule du loup raconte l’histoire des hommes qui ont vu le loup et qui se querellent à son propos. Car chacun le sait, tout le monde a vu le loup, qui un matin au réveil, qui un soir à la tombée du jour, qui par un après-midi printanier. Certes tout le monde l’a vu mais les seuls visibles à l’écran seront ceux du parc aux Loups de Saint-Martin-Vésubie ou du zoo d’Amnéville en Lorraine.

C’est l‘éternelle l’histoire de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours… mais, preuve que le documentaire a atteint son objectif, le spectateur sort au bout d’une heure vingt avec bien plus de questions que lorsqu’il est entré.

La Gueule du Loup - Film documentaire de Jérôme Ségur - France – Sortie : 9 mars 2016 - 1h 20

La Gueule du Loup de Jérôme Ségur - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLa Gueule du Loup de Jérôme Ségur - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLa Gueule du Loup de Jérôme Ségur - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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