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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Moyen âge, #Patrimoine
[Littérature – Poésie –Langue française] François Villon et Christine de Pisan… sans réforme

« Assassinat de la langue française », « nivellement par le bas », « Ministre de l’Éducation nationale forcément coupable », que n’entend-on pas à propos d’une réforme facultative de l’orthographe proposée… il y plus d’un quart de siècle, époque où la Ministre de l’Éducation nationale avait … 13 ans ? Histoire d’élever le débat, j’invite donc tous les amoureux de la langue française, visiblement vent debout ces temps-ci, à (re)prendre connaissance de ce fabuleux poème de François Villon popularisé par une chanson de Georges Brassens dans une version … déjà réformée avant de poursuivre par un petit poème de Christine de Pisan, contemporaine de la guerre de Cent ans. Le tout en français non réformé de l’époque évidemment… pour leur plus grande joie !

Poème Ballade (des dames du temps jadis)- François Villon

Dictes moy ou, n’en quel pays,

Est Flora la belle Rommaine,

Archipiades ne Thaïs,

Qui fut sa cousine germaine,

Echo parlant quant bruyt on maine

Dessus riviere ou sus estan,

Qui beaulté ot trop plus q’humaine.

Mais ou sont les neiges d’antan?

Ou est la tres sage Helloïs,

Pour qui chastré fut et puis moyne

Pierre Esbaillart a Saint Denis?

Pour son amour ot ceste essoyne.

Semblablement, ou est la royne

Qui commanda que Buridan

Fust geté en ung sac en Saine?

Mais ou sont les neiges d’antan?

La royne Blanche comme lis

Qui chantoit a voix de seraine,

Berte au grand pié, Beatris, Alis,

Haremburgis qui tint le Maine,

Et Jehanne la bonne Lorraine

Qu’Englois brulerent a Rouan;

Ou sont ilz, ou, Vierge Souvraine?

Mais ou sont les neiges d’antan?

Prince, n’enquerez de sepmaine

Ou elles sont, ne de cest an,

Qu’a ce reffrain ne vous remaine:

Mais ou sont les neiges d’antan

Seulete suy sans ami demourée - Christine de Pisan

Seulete suy et seulete vueil estre,

Seulete m'a mon doulz ami laissiée,

Seulete suy, sanz compaignon ne maistre,

Seulete suy, dolente et courrouciée,

Seulete suy en languour mesaisiée,

Seulete suy plus que nulle esgarée,

Seulete suy sanz ami démourée.

Seulete suy a huis ou a fenestre,

Seulete suy en un anglet muciée,

Seulete suy, pour moy de plours repaistre,

Seulete suy, dolente ou apaisiée,

Seulete suy, riens n'est qui tant me siée,

Seulete suy en ma chambre enserrée,

Seulete suy sanz ami démourée.

Seulete suy partout et en tout estre,

Seulete suy, ou je voise ou je siée,

Seulete suy plus qu'autre riens terrestre,

Seulete suy de chascun délaissiée,

Seulete suy durement abaissiée,

Seulete suy souvent toute esplourée,

Seulete suy sanz ami démourée.

Princes, or est ma doulour commenciée :

Seulete suy de tout'dueil menaciée,

Seulete suy plus tainte que morée,

Seulete suy sans ami demourée.

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