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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Théâtre, #Amour, #Jalousie, #Epoque moderne
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Shake pour Shakespeare ? Non, Shake pour secouer car c’est bien à une grande secousse shakespearienne que Dan Jemmett s’est livré pour Shake d’après La Nuit des rois de William Shakespeare créé en 2002 au Théâtre de la Ville à Paris. La longévité de la pièce reprise treize ans plus tard au Théâtre national de Nice est un signe de l’intérêt qu’elle suscite. Tout peut être reproché à Dan Jemmett sauf de ne pas avoir de parti pris de mise en scène.

Des dix-sept rôles de la pièce, Dan Jemmett ne retient que cinq comédiens qui changent en permanence d’identité, de fonction et une marionnette. De l’Illyrie, Dan Jemmett ne retient qu’un décor de cabanes de plage, image que les télévisions nous renvoient de cette côte depuis l’indépendance et la pacification de la Croatie. Un vieil électrophone, crachant des standards des années 60, renvoie en revanche aux comédies cinématographiques de plage et de vacances. Impossible de ne pas penser aux Vacances de Monsieur Hulot ou plutôt à ses tribulations et impossible de ne pas évoquer Certains l’aiment chaud de Billy Wilder et ses nombreuses métamorphoses sur les plages de Floride.

Utilisant tous les ressorts de la comédie et du registre comique, Dan Jemmett use et abuse des cabines de plage comme entrée et sortie du plateau, comme lieu d’espionnage, comme lieu de la métamorphose. Les portes claquent et les scènes s’enchainent. Dan Jemmett convoque une marionnette et un faux ventriloque (en fait Sir Toby Belch, parent d'Olivia et Sir Andrew Aguecheek, compagnon de Sir Toby) qui résument à eux-seuls la parole rapportée, objet de toutes les tensions. Il fait tourbillonner ses personnages qui se métamorphosent à vue à coup de perruque, de chapeau. Le personnage du bouffon d’Olivia use et abuse du comique de répétition avec ses histoires de docteur qui finissent par faire rire tant elles s’accumulent.

Le secret du succès de cette pièce tient donc dans la caricature qui flirte souvent avec l’outrance sans jamais l’atteindre, dans l’énergie du plateau qui tient en haleine le spectateur, dans la direction d’acteurs au millimètre qui ne laisse aucune prise à « l’à peu près » mortel pour le rythme imposé à la pièce et au texte qui ressort constamment avec d’autant plus de force qu’il replace l’enjeu sur le drame que, dans cette farandole, le spectateur serait prêt à oublier.

Il ne faut surtout pas s’imaginer que Dan Jemmett trahit les propos de Shakespeare. Le texte est présent, d’autant plus présent d’ailleurs qu’il est paradoxalement porté par le tourbillon sur scène. Dire qu’il « revisite » l’œuvre de Shakespeare serait un raccourci un peu facile et sans nuance. Il serait plus sage de dire que comme tout bon dramaturge, comme tout bon metteur en scène, il s’est replongé dans l’œuvre pour en tirer la substantifique moelle chère à François Rabelais : le contexte et l’ambiance portés par les mots.

La grande différence entre une mise en scène outrancière faite pour choquer et provoquer une vaine polémique et le travail de Dan Jemmett repose donc principalement sur le fil qu’il tisse lentement et sur lequel il marche prudemment : il ne transpose pas la Nuit des rois dans une autre époque, il rend la pièce de Shakespeare intemporelle. Il n’en tire pas de mauvaise ficelle, il tente d’en rendre l’ambiance originelle. Reste à adhérer à la proposition, à entrer dans la danse, à se laisser porter, c’est toujours la limite d’une œuvre avec son public.

TNN - Shake - Dan JemmettTNN - Shake - Dan JemmettTNN - Shake - Dan Jemmett

TNN - Shake - Dan Jemmett

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