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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Amour, #Tourisme, #Adolescence, #Vieillesse
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Évoquer La Mort à Venise renvoie souvent le public au film de Luchino Visconti sorti sur les écrans en 1971, plus rarement à la nouvelle de Thomas Mann publiée en 1912 et encore plus rarement à l’opéra testament de Benjamin Britten sur un livret de Myfanwy Piper créé au Festival d’Aldeburgh en 1973.

Il faut dire que la patte de Luchino Visconti, les décors vénitiens, la magie du montage permettant de se jouer des problèmes d’espace et de temps et la désormais populaire 5ème symphonie de Mahler rendaient la concurrence difficilement surmontable pour un opéra quasi monologue reposant presqu’intégralement sur le ténor avec une partition à laisser plus d’un amoureux du belcanto aussi chaud qu’un glaçon d’Antarctique.

Cette année, pourtant, l’opéra de Nice a eu l’immense courage de recréer Death in Venice de Benjamin Britten dans une mise en scène d’Hermann Schneider et sous la direction musicale de Roland Böer. De salle comble en première partie, la salle s’est fortement réduite à l’entracte : bâillement à peine étouffé à gauche, roupillon à droite, coups d’œil respectifs au moindre son strident devant et quelques « c’est chiant » susurrés derrière ont assuré à ceux qui ne boudaient pas leur plaisir une grande aisance en deuxième partie.

Si Roland Böer à la baguette imprime à l’orchestre de Nice sa rigueur et son énergie, il faut également saluer la parfaite interprétation d’Anthony Ballantyne, connu de tous les mélomanes et qui tient sa partie piano à la perfection. Inutile également de souligner l’extrême qualité de l’interprétation vocale et du jeu du ténor Hans-Jürgen Schöpflin, grand habitué du répertoire de Britten en général et de l’écrivain Gustav von Aschenbach en particulier. Il est d’ailleurs secondé à la perfection là aussi par le baryton Davide Damiani, qui, en véritable caméléon, interprète huit rôles : voyageur, vieux dandy, vieux gondolier, directeur de l’hôtel, guide à Venise, barbier de l’hôtel, chef des musicien et voix de Dionysos.

Le chœur de Nice est très sollicité pour cet opéra. Non seulement, il rend crédible la vie mondaine du Venise du début du siècle mais il imprime un tempo à l’ensemble qui contribue à la réussite générale. Du chœur se détachent tous les rôles secondaires sous lesquels on reconnait Frédéric Diquero en verrier et musicien de rue, Karine Ohanyan en mendiante, Sandrine Martin en fille française, splendide sous son ombrelle face au baryton Ioan Hotenski sous son chapeau haut-de-forme.

Si Death in Venice est une œuvre majeure, méconnue ou malaimée du XXème, la raison en est peut être sa trop grand proximité de création avec le film. Or, dans la proposition d’Hermann Schneider, le spectacle vivant et l’opéra reprend ses droits, revendique sa spécificité et renoue avec son succès. Dans sa production, Hermann Schneider ne court pas après le changement de tableau : tout l’opéra se déroulera dans un décor unique surprenant au départ le spectateur habitué que le spectacle le promène sur la plage, à la gare, sur les canaux, etc. Tout se déroule en intérieur, de grandes baies vitrées en fond de scène faisant office d’extérieur et permettant à Tadzio et ses amis de s’ébattre sur la plage.

La scénographie de Bernd Franke est clairement réaliste avec sa grande bibliothèque, son bureau et ses canapés et clairement symbolique avec ses murs lépreux qui annonce la fin d’un monde, ce décor qui s’ouvre pour symboliser les canaux (faisant ainsi entrer l’extérieur à l’intérieur) ou le fossé qui se creuse entre le mentor et son éphèbe, entre l’écrivain et son fantasme, entre la réalité et l'illusion. En effet, le parti pris de mise en scène montre clairement au spectateur l’écrivain en création, tout ce qui nous est donné à voir semble représenter le cheminement créatif de l’écrivain ; Gustav von Aschenbach ou Thomas Mann dans sa bibliothèque se lance dans un nouvel ouvrage qui convoque un lieu, une situation, une émotion, des souvenirs, un fantasme. Le fait que Gustav von Aschenbach ne quitte jamais la scène et que Tadzio termine la première partie et entame la seconde en sorte de pied de lampe posé sur le bureau de l’écrivain semblent confirmer cette hypothèse.

Prenant ainsi ce parti pris, la production s’éloigne alors radicalement de la production cinématographique, explique le choix de Tadzio non plus éphèbe blond du film mais jeune homme brun cheveux gominés, rôle dansé dans lequel Lohan Jaquet met d’ailleurs toute sa grâce et toute sa séduction. En reprenant ses codes, en les assumant, Schneider assume la scène aux dépends de l’image, nous donne une magistrale leçon de mise ne scène et redonne à l’œuvre de Benjamin Britten une place qui n’aurait jamais due se faire éclipser.

Opéra de Nice - Death in Venice (Mort à Venise) Benjamin Britten ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice - Death in Venice (Mort à Venise) Benjamin Britten ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice - Death in Venice (Mort à Venise) Benjamin Britten ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Nice - Death in Venice (Mort à Venise) Benjamin Britten ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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