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un-culte-d-art.overblog.com

Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Epoque contemporaine, #Europe, #Violence
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Cela commence par un personnage bavard à Pôle-Emploi contestant en reprenant sempiternellement les mêmes arguments le bienfondé de la formation de grutier qu’il vient de suivre. Nous le retrouverons bavard une deuxième fois lors de la tentative de vente de son mobil-home. En dehors de cela, Vincent Lindon ou plutôt Thierry se murera dans un quasi silence et sera le témoin muet de tout un cycle.

La Loi du marché de Stéphane Brizé pose la question des rapports de force dans le monde de l’entreprise. Pour mieux lui rendre force, Stéphane Brizé entoure Vincent Lindon de non professionnels qui vont donner au film une patte réaliste, naturaliste. La caméra suit le personnage de Thierry, le filme souvent de dos, souvent de trois-quarts quasiment jamais de face, il est témoin des événements sans voix comme médusé. Il est le lien entre l’événement et le spectateur qui s’identifie à lui, s’interrogeant du coup sur ses propres limites.

Clairement la question du choix est posée et le film ne fait évidemment pas l’économie de sa ritournelle d’humiliations qui pourrait confiner au voyeurisme si elles n’étaient pas là pour nous indiquer la complexité du choix : jusqu’à quel point, peut-on subir ? Que peut-on accepter ? Dans cette soumission à l’autorité, quel élément exogène va briser le cercle ? L’expérience de Milgram sur la soumission à l’autorité n’est jamais très éloignée.

Claire Etcherelli dans Elise ou la vraie Vie publié en 1967 évoquait déjà le monde du travail dans les usines Renault. Elle s’interrogeait ainsi vers la fin de son récit : « Quelle force nous a manqué ? Où est la faille qui ne nous a pas permis de dominer ce qu’il est facile d’appeler le destin ? Jusqu’à quel degré sommes-nous coupables ? Ces belles fleurs qui se mêlaient en nous aux herbes vénéneuses n’auront donc servi qu’à tresser des couronnes mortuaires. Ce que nous avions à défendre, ce que nous avions à conquérir, nous le laissons derrière nous. »

Puis avant de clore définitivement son histoire elle lance « Je me retire en moi mais je n’y mourrai pas ». Cinquante ans après Thierry agit de même…

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